Inconduites sexuelles: les générations divisées sur la vague de dénonciations

MONTRÉAL — Les jeunes Canadiens sont beaucoup plus enclins que leurs aînés à se ranger du côté des victimes dans la foulée de la vague de dénonciations d’inconduites sexuelles, selon un sondage.

L’enquête menée à la fin du mois de juillet par la firme Léger pour le compte de l’Association d’études canadiennes indique que les Canadiens sont divisés sur la crédibilité des victimes qui ont pris la parole sur leur écran pour dénoncer leur présumé agresseur.

Leurs témoignages, qui ont écorché de nombreuses personnalités des milieux artistique et politique, ont notamment été diffusés sur Facebook et Instagram.

Selon le sondage, 52 % des Canadiens jugent que ce moyen de dénonciation est injustifiable et que les victimes auraient dû passer par le système de justice.

En revanche, 48 % des répondants croient que cette mesure est justifiable et que les victimes devraient pouvoir s’exprimer publiquement. Chez les jeunes de 18 à 34 ans, ce chiffre grimpe toutefois à 67 %.

Parmi les 55 ans et plus, c’est l’inverse: près des deux tiers d’entre eux (65 %) estiment que ce moyen de dénonciation est inacceptable.

«Plus on est jeune, plus on est favorable à l’utilisation des médias sociaux, plus on croit les victimes, plus on a tendance à trouver que ces accusations-là sont crédibles», a résumé en entrevue Christian Bourque, vice-président exécutif et associé chez Léger.

Fait intéressant, c’est au Québec où la proportion de gens préférant la voie des tribunaux est la plus élevée, avec un total de 59 %.

Le sondage a été mené auprès d’un panel web de 1531 Canadiens du 24 au 26 juillet. Les experts en recherche et en méthodologie jugent qu’il est impossible d’attribuer une marge d’erreur à un sondage réalisé en ligne puisque la méthode d’échantillonnage est non probabiliste.

Par ailleurs, selon l’enquête, une majorité de Canadiens croit davantage les victimes qui dévoilent leur identité. Encore une fois, un écart générationnel se creuse: 52 % des 18-34 ans estiment que les victimes anonymes sont assez ou très crédibles, alors que seulement 18 % des 55 ans et plus en jugent tout autant.

Conséquences sur les oeuvres

Les différences générationnelles s’estompent quelque peu lorsqu’il est question des oeuvres des artistes dénoncés. Seulement 39 % et 38 % des 18-34 ans et des 55 ans et plus, respectivement, seraient d’accord pour bannir les oeuvres d’une personnalité dénoncée.

De plus, presque la même proportion des deux générations (42 % des 18-34 ans et 41 % des 55 ans et plus) serait prête à passer l’éponge sur les comportements d’un artiste s’il s’efforçait de changer.

Par contre, on remarque une distinction du côté du genre.

«Les femmes ont plutôt tendance à dire qu’on devrait bannir l’oeuvre, mais étant donné qu’on parle d’inconduite sexuelle dont la plupart du temps, ce sont elles les victimes, on peut peut-être comprendre qu’elles ont une réaction plus émotive face à cet enjeu-là», a analysé M. Bourque.

Les Canadiens peu distincts des Américains

La maison de sondage a également tenté de comparer l’opinion des Canadiens et des Américains sur la question.

Si les citoyens des deux pays se distinguent assez clairement sur le sujet de la COVID-19 depuis le début de la pandémie, mentionne M. Bourque, ils ont des points de vue assez similaires sur les dénonciations d’inconduite sexuelle. 

Alors que 52 % des Canadiens trouvent que ce moyen de dénonciation est injustifiable, 49 % des Américains ont la même opinion.

D’ailleurs, les répondants américains étaient plus nombreux à croire les victimes anonymes: 44 % adhéraient à cette opinion, contre 32 % pour les Canadiens.

Le sondage a été mené sur le web auprès d’un échantillon de 1001 Américains.

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Le sondage Léger, en bref:

Parmi les affirmations suivantes, laquelle s’approche le plus de la description de votre point de vue sur les accusations d’inconduites sexuelles (y compris d’agression sexuelle) sur les médias sociaux…

– Ce n’est pas justifiable, ces accusations devraient être portées par le biais du système judiciaire: 52 %

– C’est justifiable, les victimes doivent être libres de parler publiquement de leurs expériences: 48 %

Dans quelle mesure trouvez-vous crédibles les accusations d’inconduite sexuelle (y compris d’agression sexuelle) qui sont faites sur les médias sociaux lorsque…

– Elles sont faites de manière anonyme (c’est-à-dire que l’identité de la victime n’est pas communiquée): 32 %

– Elles sont faites par une victime ou en son nom (c’est-à-dire que l’identité de la victime est partagée): 60 %

Lorsque des personnalités publiques sont publiquement accusées d’inconduite sexuelle (y compris d’agression sexuelle), avez-vous tendance à croire…

– La personne qui accuse la personnalité publique: 40 %

– La personnalité publique accusée: 10 %

– Ne sait pas/Préfère ne pas répondre: 50 %

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Il n’y a pas qu’entre générations qu’il y aurait de significatives différences relativement à la perception d’inconduites sexuelles; par les un.e.s, ici, considérées tantôt plus ou moins mineures; par d’autres, là, tantôt estimées plutôt graves, majeures ou carrément inacceptables.

De telles différences apparaissent aussi notamment entre hommes et femmes, oui, mais plus encore, dirais-je, entre femmes elles-mêmes! Où constaterait-on à la fois le plus d’écart et de variété d’opinions. Comme l’a illustré, par exemple, ce collectif de femmes s’étant empressé de plaider en faveur d’une liberté d’importuner, comme l’illustrent ces énormes dissensions sévissant entre groupes féminins ‘officiels’ (reconnus) de défense des femmes, à propos e.g. ne serait-ce que de — (légitimité ou pas de) — la prostitution; ou comme en témoignerait, enfin, ce propos, assez inusité, merci, d’une femme, il y a peu, énonçant qu’elle aurait aimé l’être – violée (jadis), elle, de manière à pouvoir démontrer qu’on peut vivre avec ‘ça’ sans en être indûment incommodée indéfiniment ou insurmontablement.

Dans un papier, déposé ici il y a deux ans, (« Le Québec après #moiaussi »), son autrice Noémi Mercier y disait que « La moitié des hommes (et le tiers des femmes) sont d’accord pour dire qu’on confond la séduction et le harcèlement sexuel. » Voilà deux thèmes, suréminents, à propos desquels je voudrais ‘développer’ à mon tour ici, considérant que c’est « dans l’air » pas à peu près et que ce n’est pas près non plus d’en disparaître.

La question « femme(s) », féminin, est probablement LA Question de notre monde humain terrestre. De toutes, la plus complexe. La femme, le féminin s’avérant « plus compliqué », comme ont reconnu ou suggéré à juste titre et raison maints et maintes d’entre nous au fil des siècles.

Car, déjà, d’emblée, a priori, au plan philosophique même, il pourrait y avoir impasse ou aporie, du fait que s’il était exact qu’une femme peut réellement éprouver « désir de viol » (i.e. d’être violée), comme on le dit possible en psychanalyse; cela impliquerait que, contrairement à ce qu’énonce d’entrée la philo — (savoir qu’une chose et son contraire ne peuvent être [du moins pas en même temps]) — ne serait plus vrai; puisqu’une femme pourrait vouloir/souhaiter quelque chose en même temps que ne pas le vouloir/souhaiter; un viol étant par essence contre la volonté ne pouvant logiquement avoir lieu inversement en accord avec celle-ci même.

Toute fantaisiste ou théorique que la chose puisse sembler, n’en aurai-je pas moins eu la « chance » de la ‘vivre’, de l’entendre énoncée, telle qu’elle, ‘live’, moi-même, un bon soir de fin de session au cégep. Au sortir d’une nuitée festive à domicile, avec trois ou quatre filles et le prof, où l’une d’elles se sera exclamée en partant: « Hé! Ça ne s’est pas passé du tout comme on le craignait! On avait peur de se faire violer; on espérait! se faire violer… »

Alors, donc, si jamais ça ne se ‘vit’ pas; chose certaine, ça se dit en tout cas.

Autres ‘surprises’ de même nature ou de même genre:

1) Lisait-on in Le Monde, ces derniers temps, qu’une majorité, significative, des requêtes pour visionnement de porno violente proviendrait de femmes;
2) lisait-on en même temps in Le Point une entrevue en profondeur, avec un expert-spécialiste de la chose, que maintes des violences agies ou subies lors d’échanges sexuels ‘contractuels’ — (re: prostitution) — s’avéreraient comme consubstantiels, i.e. inhérents à la chose;
3) a-t-on pu entendre, il y a quelques décennies, une sage et digne Madeleine Gagnon, revenant d’un long périple à travers le monde, affirmer que les viols ne guerre ne seraient pas qu’affaire d’hommes; mais impliqueraient ‘consentement’ (« encouragement »?) tacite de mères, qui seraient fières d’esprit guerrier, vainqueur, de membres ainsi valeureux de leur progéniture;
4) peut-on lire, enfin, des ‘trucs’ tel celui-ci, lointain, d’une Ninon de Lenclos, opinant inéditement comme suit relativement à la chose :

« Je vous le dis de la part des femmes:
il n’y en a guère parmi nous qui n’aiment mieux être un peu brusquées que trop ménagées.
Les hommes manquent plus de cœurs par leur maladresse que la vertu n’en sauve. »

Néanmoins… Contre-exemple ou contre-témoignage. Un jour, ayant fait part à une proche amie lointaine (i.e. intime mais demeurant à des centaines de kilomètres et loin aussi dans le temps) qu’un monsieur avait exprimé opinion à la télé qu’il puisse arriver qu’une femme s’estime froissée de s’être vue comme « lâchée », désertée, ‘laissée là’, « abandonnée » — (sinon « rejetée » même?) — si vite (‘prématurément’) en cours de processus d’approche ou séduction, autrement dit de n’avoir pas été ou de ne pas s’être sentie désirée suffisamment l o n g u e m e n t ou intensément; cette amie mienne avait sèchement répondu: « Moi, en tout cas, avoir à choisir, en cas de ‘doute’…, j’aimerais mieux laisser une femme froissée que violée ! ». Voilà là LA Vérité. Toute. Nue. Inégalable en sagacité, sagesse et discernement.

N’empêche, demeure que « les femmes, c’est pas pareil »; les femmes, c’est, oui, plus complexe, plus ‘compliqué’. On ne peut ne pas le voir. Chaque jour. Partout.

Il y a une différence. Il y a différences. Et c’est en essayant, trop, d’obnubiler, nier ou oblitérer telle(s) différence(s) qu’on s’expose ou se voue le plus à l’être – inéquitable – à l’égard des sexes ou genres.

Car n’est-il pas vrai que, typiquement, le féminin (s’)investit plus en sa ‘mise’, en beauté; qu’il se préoccupe davantage du ‘bien paraître’, physiquement? N’est-il pas vrai que filles, femmes, pour la plupart, apprécieraient se sentir ou être considérées ‘mignonnes’, jolies, désirables (au sens le plus ‘plain’ ou ‘positif’)?

Or, une fois dûment reconnu qu’harcèlement, agressions, viols, violences physiques, morales ou psychologiques, piégeages sexuels, etc., n’ont pas lieu d’être à leur endroit; ne se pourrait-il que si on allait ‘soustraire’ aussi d’approches relationnelles vis-à-vis d’elles regards ‘intéressés’ durant plus d’une seconde ou deux, paroles ou autres gestes d’invitation-sollicitation « ordinaires » énoncées ou manifestés plus d’une fois — (parce que devenant [possiblement] considéré[e]s harcèlement) —; que la gent féminine en ressorte perdante à la fin, en ‘moyenne’ ou en somme, à la ‘totale’?

Peut-être faudrait-il faire un « sondage » auprès d’elle?… Mais a priori semble singulièrement invraisemblable qu’à fin de parvenir à un vivre-ensemble-convenable, adéquat ou respectueux, inter-sexes, qu’une majorité féminine estime que les relations entre ceux-ci devraient se voir expurgées d’à peu près tout ce qui, jusqu’à aujourd’hui…, en aurait fait le charme. Un exemple, « terminal », suffira.

La conjointe du PM Trudeau a raconté avoir envoyé carrément chez l’bonhomme celui-ci à un moment grand ‘M’ du processus d’approches séduction-sollicitation siennes vis-à-vis d’elle. Bon, bien, à l’aune de ce qui se dit, se lit ou s’entend ces temps-ci, émanant d’une gent parlant ou s’exprimant éminemment ‘fortement’ — (pour le dire ainsi aussi faiblement) —; le fait pour Trudeau d’être « revenu » [à la charge], d’avoir persisté, après s’être pourtant si crûment fait envoyer paître on ne peut plus clairement; pourrait ou devrait être considéré du harcèlement? Comme on voit, donc, il y a quelque chose qui ne « marche » pas ou ne « marchera » pas avec semblable approche d’expurgation de persistance/insistance/‘persévérance’ en processus de séduction « ordinaire », différant de véritables indus harcèlements. Et c’est la femme, la fille, le féminin qui y perdra[it] le plus, advenant l’avènement de telle aseptisation relationnelle (excessivement ‘préventionnelle’).

Car, certes, préviendrait-on ou réduirait-on ainsi, probablement, l’irruption ou reproduction d’histoires des plus sordides; mais restreindrait-on, symétriquement, probablement plus encore, quantité et qualité des plus belles histoires.

« Non c’est non » ? « C’est non tant que n’est pas dit ou manifesté explicitement ‘oui’ » ? Une page, multi-millénaire, de l’Histoire aurait été tournée alors ?

Il faudrait « revoir » (ou « refaire »?…) ce qu’en maintes facultés universitaires on appelait, il n’y a pas si longtemps encore, la « Psychologie des femmes » ?

‘Revoir’ aussi, voire abolir tout précepte tel « Qui ne dit mot consent » ?

Ah, de fait, figer face à d’indus — (pour employer un euphémisme) — comportements sexuels n’implique ou ne signifie en rien que tel silence ou inertie signifierait consentement à leur mise en oeuvre. A contrario, peut arriver qu’un silence, qu’une non-réaction, voire qu’un [‘premier’] non ne puisse invariablement vouloir dire, toujours-et-uniquement-exclusivement-seulement, qu’« on ne veut rien savoir » et ce définitivement.

Bref, reviendra, revient d’ores et déjà aux filles et femmes de (se) parler. Puisque ce n’est pas parce qu’il y a eu abus, débordements en un sens, si longtemps, qu’il faudrait maintenant inversement (laisser/faire) aller en abus, débordements, non moins excessifs, impropres ou déplaisants et inappropriés, en sens – trop – contraire.

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