Inconduites sexuelles: une «alarme pour tous les Oxfam», dit l’antenne du Québec

MONTRÉAL — Les allégations d’inconduite sexuelle qui éclaboussent l’antenne britannique d’Oxfam sont une «alarme pour tous les Oxfam et (doivent) le devenir pour la société entière», estime la branche québécoise de l’organisation de coopération internationale.

Jeudi, le gouvernement haïtien a dit suspendre les activités d’Oxfam Grande-Bretagne sur son territoire pour deux mois pendant la durée d’une enquête sur des allégations d’inconduite sexuelle remontant à 2011 et visant des employés de l’antenne britannique.

Les activités d’Oxfam-Québec, comme celles de deux autres antennes de l’organisation internationale — italienne et espagnole — se poursuivront en Haïti.

«Il n’y a pas un milieu de la société qui peut dire qu’il est à l’abri de cela. On voit le mouvement #MeToo… Tous les milieux doivent se poser la question sur « quelles sont nos pratiques pour protéger les gens et permettre aux gens de dénoncer de façon confidentielle, puis traiter ça et les appuyer? »», a fait valoir la directrice générale d’Oxfam-Québec, Denise Byrnes, en entrevue à La Presse canadienne.

La directrice générale a souligné la mise en place par Oxfam-Québec d’une «ligne d’écoute directe et anonyme» — à l’image de celle instaurée par l’organisation internationale dans la foulée des allégations —, pour les membres d’Oxfam ou les collaborateurs qui auraient vécu des gestes d’inconduite ou en auraient été témoins.

Oxfam-Québec travaille avec plusieurs partenaires locaux et des coopérants.

«On a des coopérants volontaires québécois (pour des séjours de quelques mois à deux ans). D’ailleurs, beaucoup sont des gens de première, deuxième, troisième générations (venus) d’Haïti ou d’Afrique, c’est le visage de la population du Québec», a affirmé Mme Byrnes.

À la suite des événements de 2011, Oxfam-Québec avait instauré, notamment, la signature, par tous les employés et les coopérants volontaires, de codes de conduite et de déontologie; des formations pour «institutionnaliser et rendre systématique la transparence» face à ces abus; la mise à jour de la politique contre le harcèlement qui existe depuis 1998 et la mise en place d’un comité interne à Oxfam-Québec pour lutter contre les violences fondées sur le genre.

«Je crois qu’on a en place toutes les bonnes pratiques, mais il y a une belle discussion actuellement dans le milieu de la coopération entre les organisations et avec la ministre (du Développement international) sur les pratiques et les politiques existantes dans toutes les organisations, et comment on peut prendre les meilleures pratiques, et en faire profiter tout le monde. Parce que (…) ce n’est pas tout le monde qui a les mêmes ressources. Je crois qu’il y a une volonté (de) travailler pour l’ensemble», a souligné Mme Byrnes.

Oxfam International a mis en place une commission indépendante qui analysera ses pratiques et sa culture internes.

Le gouvernement haïtien enquête sur la réponse d’Oxfam Grande-Bretagne aux révélations selon lesquelles certains de ses employés ont fait appel à des prostituées dans la foulée du séisme dévastateur de 2010. Le gouvernement cherche aussi à déterminer si certaines des prostituées étaient mineures.

Mme Byrnes avait indiqué récemment par communiqué qu’aucune organisation n’était à l’abri du «comportement malveillant» de certains individus, disant qu’Oxfam ne «ménagerait aucun effort pour éviter qu’ils joignent (ses) rangs».

«Nous souhaitons préciser que ni les employés ni les fonds d’Oxfam-Québec n’étaient en cause dans ces événements. En 2011, chaque Oxfam avait son bureau, ses équipes et gérait ses propres fonds», a rappelé l’organisation.

«On nous avait donné certaines informations par rapport à cela, mais pas toutes, a précisé Mme Byrnes en entrevue. On travaille différemment, donc aujourd’hui, si cela se passait, on aurait été avertis tout de suite et on aurait tout su, car on travaille plus ensemble. Mais à l’époque, ce n’était pas la même réalité.»