Infirmières: Danielle McCann priée de préciser les moyens qu’elle entend prendre

QUÉBEC — Les partis d’opposition à Québec ont tous réclamé vendredi un plan d’action de la ministre de la Santé, Danielle McCann, afin d’abolir le temps supplémentaire obligatoire (TSO) chez les infirmières.

Plus tôt cette semaine, la ministre a déclaré que l’abolition du TSO était son «dossier numéro un». Or, elle n’a jamais précisé comment elle fera pour réaliser cet engagement électoral d’ici 2022.

À son bureau, on se limite à dire qu’elle travaille avec les présidents d’établissements, étudie les meilleures pratiques et qu’une somme de 200 millions $ a été prévue dans le budget pour embaucher du personnel.

Cette somme vaut aussi pour les autres corps d’emploi, pas seulement pour les infirmières. La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) demandait 350 millions $.

«On entend beaucoup de belles intentions mais jusqu’à maintenant on a vu très peu d’action, et dans le dossier du TSO, malheureusement on n’a vu aucune réalisation», a lâché le porte-parole libéral en santé, André Fortin.

Il exhorte la ministre à faire preuve d’une plus grande transparence sur la «façon de procéder» et les «démarches» qu’elle a entreprises. Cela fera en sorte de rassurer les infirmières et les patients, dit-il.

Le député Sol Zanetti, de Québec solidaire, réclame quant à lui un échéancier précis ainsi qu’une loi-cadre sur les ratios.

«Pour moi, ce n’est certainement pas clair qu’il y a une loi-cadre sur les ratios qui s’en vient, a-t-il affirmé en entrevue. Ce qui est clair, c’est que la ministre est favorable aux ratios, mais à qui ça va s’appliquer? Quelle étendue ça va avoir? À quelles professions? Est-ce que ça va dépasser le réseau public? Est-ce que ça va être négocié dans chaque convention collective différemment? Tout ça, pour moi, ce n’est pas clair.

«On veut un plan, on veut des dates», a-t-il résumé.

Même son de cloche du côté du Parti québécois, qui estime que le gouvernement caquiste a eu amplement le temps en six mois de produire un plan détaillé. «Le ministère de la Santé, ce n’est pas un petit ministère, a affirmé le député Sylvain Gaudreault. Ils ont les équipes pour être capables de préparer un plan d’action à la demande de la ministre.» 

Il croit que Mme McCann entretient la confusion lorsqu’elle parle des 200 millions $. «Ce n’est pas parce qu’on ajoute de l’argent que le système de ratios est implanté. Je sens toujours qu’elle entretient le flou là-dessus», a-t-il déclaré. 

Outre la loi-cadre, l’abolition du TSO doit passer par une stratégie gouvernementale de recrutement et de rétention des infirmières, ainsi que par l’ajout de postes à temps plein, disent les libéraux.

La ministre McCann a récemment salué la région de Lanaudière, qui a, par exemple, rehaussé tous ses postes d’infirmières à quatre jours par semaine afin d’éviter le recours aux heures supplémentaires obligatoires la semaine.

Depuis plusieurs mois, les infirmières dénoncent le fait que cette façon de recourir au TSO est devenue trop facile pour bien des gestionnaires d’établissements, forçant ainsi des infirmières à faire des quarts de 16 heures.

Le 8 avril dernier, les membres de la FIQ, la grande organisation syndicale qui représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires et autres professionnelles en soins, ont refusé de faire des heures supplémentaires obligatoires, sauf lors de situations urgentes ou exceptionnelles.

Une motion demandant l’abolition du TSO a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale jeudi.

Vendredi, la FIQ a demandé au Tribunal administratif du travail d’ordonner aux gestionnaires des établissements de santé de mieux prévoir leurs horaires et leurs effectifs pour éviter de recourir au TSO. Seule la question de la compétence du tribunal à traiter du dossier a été débattue. Aucune décision n’a été rendue à ce sujet.

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