Inondations de Yellowstone: des prévisions déficientes sont dénoncées

BILLINGS, Mont. — Les prévisions météorologiques du 12 juin pour le parc national de Yellowstone semblaient plutôt inoffensives : du temps un peu plus chaud et des averses qui allaient accélérer la fonte du manteau neigeux en montagne et pourraient causer des «inondations mineures».

Le Service national météorologique des États-Unis (le NWS) recommandait de déplacer le bétail vers un terrain un peu plus élevé, mais ne témoignait d’aucune menace pour les humains.

À la tombée de la nuit, après que plusieurs centimètres de pluie soient tombés sur un épais manteau neigeux, on rapportait déjà des inondations sans précédent.

Des torrents d’eau sont descendus des montagnes. Des rivières gonflées et assez puissantes pour transporter des rochers et des troncs d’arbre ont déferlé sur plusieurs villes du Montana au cours des jours suivants. Les inondations ont emporté des maisons, balayé des ponts et forcé l’évacuation de plus de 10 000 touristes, employés et résidents qui habitent près du parc.

Alors que les longues opérations de nettoyage se poursuivent, les climatologues et les météorologues estiment que l’écart entre les prévisions et la destruction met en relief un aspect troublant des changements climatiques : les modèles utilisés pour prédire l’impact des tempêtes sont parfois dépassés par des orages, des ouragans, des canicules et d’autres événements météorologiques toujours plus destructeurs.

«Ces rivières n’avaient jamais atteint un tel niveau. On était aveugles, on ne savait rien des impacts que ça aurait», a admis Arin Peters, un hydrologue du NWS.

Les modèles hydrologiques utilisés pour prédire les inondations s’appuient sur des données historiques à long terme. Ils ne reflètent toutefois pas les changements climatiques de la dernière décennie, a expliqué le météorologue Jeff Masters.

«Ces modèles seront inaptes à affronter un nouveau climat», a-t-il prévenu.

L’ouragan Ida est un autre événement météorologique extrême qui a mis en lumière l’ineptie des modèles. L’ouragan a matraqué la Louisiane l’été dernier, puis s’est installé au-dessus de la côte Est ― déversant des pluies sans précédent qui ont causé des inondations dans des secteurs de la Pennsylvanie, du New Jersey et de l’État de New York.

Le NWS avait mis en garde contre une situation «sérieuse» qui pourrait devenir «catastrophique», mais les 8 à 15 centimètres de pluie attendus sur ces trois États ont été éclipsés par les 23 ou 25 centimètres qui sont tombés en réalité.

On pourrait aussi mentionner la canicule mortelle de juin 2021, dans le nord-ouest des États-Unis et le sud-ouest du Canada. Du temps chaud avait été prédit, mais jamais le mercure de 47 degrés Celsius qui a fracassé les records précédents et tué au moins 600 personnes dans les deux pays.

Les inondations de Yellowstone n’ont pas fait de victimes, mais des évacuations nocturnes d’urgence ont dû être organisées et plus de 400 maisons ont été endommagées ou détruites.

Trop de pluie est tombée et trop de neige a fondu «trop rapidement, et tu essaies seulement de t’écarter du chemin», a dit un des responsables du parc de Yellowstone, Tim Townsend.

En quelques heures seulement, le 12 juin, le ruisseau de Rock Creek, qui traverse la ville de Red Lodge et n’est habituellement profond que de quelques centimètres, s’était transformé en rivière enragée. Quand le NWS a finalement lancé un avertissement d’inondation, l’eau débordait déjà du lit du ruisseau et avait commencé à emporter des ponts.

Au moment où l’avertissement est lancé, «on savait déjà que c’était trop tard», a dit le commissaire Scott Williams, du comté de Carbon au Montana, qui est limitrophe de Yellowstone.

Si aucun événement météorologique isolé ne peut être associé aux changements climatiques de manière définitive, les experts expliquent que les inondations de Yellowstone correspondent aux changements notés autour du parc alors que le temps se réchauffe.

Ces changements incluent des chutes de neige plus modestes au milieu de l’hiver et davantage de précipitations au printemps ― ce qui ouvre la porte à des crues-éclairs quand la pluie tombe sur la neige, a dit la météorologue Cathy Whitlock, de l’université Montana State.

Le réchauffement planétaire signifie que les inondations printanières deviendront plus fréquentes ― au moment même où la région est touchée par une longue sécheresse synonyme de temps sec le reste de l’année, a-t-elle dit.

M. Masters et d’autres experts soulignent que la modélisation informatique des tempêtes est devenue plus sophistiquée et qu’elle est généralement plus précise que jamais. Mais de par leur nature même, les événements météorologiques extrêmes sont difficiles à prédire, et au fur et à mesure que de tels événements deviendront plus fréquents, les météorologues auront de plus en plus d’occasions de se tromper.

Le risque des tempêtes les plus violentes a été multiplié par cinq, a dit M. Masters. En d’autres mots, un événement qui n’avait auparavant que 1 % de chances de se produire lors d’une année donnée a maintenant 5 % de chances de se produire.

«Nous sommes littéralement en train de réécrire notre livre d’histoire météorologique», a dit le professeur Jason Furtado, de l’Université de l’Oklahoma.

Cela a des implications importantes pour les dirigeants locaux et les responsables des situations d’urgence qui dépendent des bulletins météorologiques pour leurs décisions. S’ils ne sont pas prévenus, ils ne peuvent pas agir.

Mais le NWS s’efforce aussi d’éviter les paniques inutiles et de garder la confiance du public. Donc, si les modèles qu’utilise le service n’évoquent d’un faible risque de catastrophe, cette information pourra être exclue des prévisions.

Des dirigeants du NWS assurent que ses agissements dans le cadre des inondations de Yellowstone seront analysés pour déterminer si des changements s’imposent. Ils soulignent que des avertissements hâtifs d’une hausse du niveau des rivières ont aidé les responsables à se préparer et ont protégé la vie humaine, même si les avis ont raté la cible en ce qui concerne la sévérité.

Les modèles informatiques sont régulièrement alimentés avec de nouvelles données pour tenir compte des changements climatiques, a dit M. Peters. Mais même avec de tels ajustements, des événements comme les inondations de Yellowstone sont encore jugés peu probables et ne seront donc possiblement jamais annoncés publiquement.

«C’est très difficile de trouver l’équilibre entre ce sentiment que tu as que ça pourrait mal tourner, alors que la probabilité que ça tourne mal est vraiment faible», a-t-il dit.

Pour mieux témoigner d’éventuels événements météorologiques extrêmes, des experts croient que le NWS devrait commencer à informer le public des événements peu probables, possiblement avec un code de couleur pour les alertes.

«Nous avons été lents à divulguer cette information, a dit Gary Lackmann, de l’université North Carolina State. On la met sur le radar des gens et ils pourraient y penser et ça pourrait sauver des vies.»

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