Jean Chrétien fustige O’Toole et Blanchet dans un discours partisan en Ontario

BRAMPTON, Ont. — Dans le dernier droit de la campagne, l’ancien premier ministre Jean Chrétien a fait son apparition dans un rassemblement libéral à Brampton, en banlieue de Toronto.

M. Chrétien, 87 ans, a livré un discours devant environ 400 partisans, regroupés dans une salle de réception, sans distanciation sociale, où il a livré ses pensées sur l’élection en cours, tout en prenant soin de lancer des attaques bien senties aux adversaires des libéraux. 

«On vit quelque chose de très inhabituel en politique. C’est incroyable. Les chefs de l’opposition ont fait quelque chose que je n’ai jamais vu: ils ne voulaient pas d’une élection! Pourquoi? Ils voulaient garder Trudeau là pour deux autres années!» s’est moqué l’ancien premier ministre.

Puis, il a lancé quelques flèches au chef conservateur Erin O’Toole. 

«Quand je regarde le chef de l’opposition, vous savez, il fait quelque chose que je ne peux pas faire. Sur les garderies, sur le contrôle des armes à feu, sur l’avortement, sur les changements climatiques, (…) il parle des deux côtés de la bouche!» a lancé M. Chrétien. 

Mais, ses attaques les plus virulentes, il les a gardées pour Yves-François Blanchet. 

«J’ai été quelque peu froissé, comme le premier ministre, quand le chef du Bloc a prétendu que c’est lui qui parlait au nom de tous les Québécois. Écoutez, j’ai été élu pendant quarante ans au Québec. Je n’ai jamais eu personne qui a parlé en mon nom!» a-t-il dit. 

«Et aujourd’hui, il a prétendu qu’il a parlé au nom des Acadiens. Eh bien, les Acadiens ont dit: « mêle-toi de tes affaires! »» a-t-il ajouté. 

S’adressant aux journalistes, après coup, M. Chrétien a admis qu’il n’avait pas été mis au courant de la formule de la soirée. Mais il n’a pas semblé dérangé par les centaines de personnes amassées près de lui. «Je suis content d’être venu», a-t-il admis, tout en précisant qu’il était pleinement vacciné. 

Les organisateurs libéraux ont soutenu que la capacité maximale de la salle de réception avait été respectée. 

«Tout le monde a ses limites»

Plus tôt en journée, lechef libéral Justin Trudeau dit qu’il a perdu patience contre un manifestant parce que ce dernier a franchi les limites de l’acceptable en attaquant «de façon personnelle et dégueulasse» son épouse.

La scène s’est dérouléelundi avant une entrevue avec le réseau Global News, à Burnaby, en Colombie-Britannique.Il y avait deux individus au loin qui tentaient de perturber l’entrevue; un en faisant jouer de la musique, l’autre en insultant allègrement le chef libéral. Soudainement, l’un des deux individus a dit quelque chose de très misogyne au sujet de Sophie Grégoire Trudeau. 

C’est alors que M. Trudeau a baissé son masque et a crié, dans leur direction: «il n’y a pas un hôpital que vous devriez être en train de déranger en ce moment?».

Il a fait ce commentaire, qui se voulait sarcastique, quelques heures après qu’il eut fait la promesse de sévir contre les personnes s’opposant aux mesures sanitaires qui manifestent contre les hôpitaux, comme cela s’est vu un peu partout au Canada. Les libéraux promettent entre autres de criminaliser le fait d’obstruer l’accès à des bâtiments qui offrent des services de santé. 

Mardi, de passage à Richmond, des journalistes ont questionné M. Trudeau sur le commentaire qu’il a fait au manifestant. 

«Je pense que les Canadiens savent très bien que, moi, ça ne me dérange pas trop quand les gens me lancent des insultes, quand ils m’attaquent personnellement. Ça fait partie de ma job. (…) Mais cet individu-là a attaqué de façon personnelle et dégueulasse ma femme», a déploré M. Trudeau. 

«Moi, j’ai choisi ça. Ma famille croit en ce que je fais et endure déjà beaucoup de choses, mais tout le monde a ses limites. Je serai toujours là pour réagir quand quelqu’un franchit ces limites», a-t-il ajouté. 

Appel au vote stratégique

Alors que libéraux et conservateurs sont toujours au coude-à-coude dans les sondages, M. Trudeau a lancé un appel aux progressistes pour qu’ils votent libéral en mettant l’accent sur ses promesses environnementales.

Selon lui, les progressistes ont trois objectifs: empêcher les conservateurs de prendre le pouvoir, voter pour le parti qui a le meilleur plan de lutte contre les changements climatiques et pour celui qui promet d’aller encore plus loin pour sauver la planète. Seul le Parti libéral du Canada peut remplir ces trois objectifs, a soutenu M. Trudeau. 

«Et quoi qu’en dise Jagmeet Singh et le Nouveau Parti démocratique, ça fait toute une différence si on a un gouvernement libéral ou un gouvernement conservateur», a martelé le chef libéral. 

Il n’a pas manqué non plus d’écorcher le Bloc québécois, qui monte dans les intentions de vote au Québec depuis le début de la campagne. 

«On se souvient très bien que le Bloc québécois sous (Stephen) Harper ne pouvait pas empêcher M. Harper de s’attaquer à la culture, de s’attaquer au français, de ne rien faire pour le climat, d’assouplir le contrôle des armes à feu. (…) On a besoin que les Québécois progressistes choisissent un gouvernement progressiste. (…) Et c’est ce que nous sommes», a-t-il dit. 

Le plus récent sondage Léger-La Presse Canadienne indique que les libéraux et les conservateurs sont à égalité avec 32 pour cent d’appuis chez les électeurs décidés, alors que le NPD arrive troisième avec 20 pour cent des intentions de vote. 

Au Québec, les libéraux obtiennent 34 pour cent des appuis. Le Bloc québécois, contrairement à ce qui a été rapporté dans certains médias, a gagné un seul point de pourcentage dans les intentions de vote depuis le dernier coup de sonde, il y a deux semaines, pour s’établir à 30 pour cent des intentions de vote.

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