Interdiction de fumer sur les terrasses: des restaurateurs sont déjà prêts

MONTRÉAL – Au moment où l’interdiction de fumer sur les terrasses au Québec s’apprête à entrer en vigueur jeudi, des restaurateurs ont déjà pris les devants, tout en saluant la nouvelle règlementation qui viendra simplifier les relations avec les clients.

«C’est une bonne chose. Personnellement, je pense que quand tu veux manger, tu ne veux pas nécessairement sentir la cigarette de quelqu’un d’autre», fait valoir Nicolas Loyer, lui-même fumeur et sous-chef au restaurant Chez Victoire, situé sur l’avenue du Mont-Royal, à Montréal.

L’établissement n’a d’ailleurs pas attendu l’entrée en vigueur des nouvelles restrictions cette semaine pour interdire la cigarette sur sa terrasse.

Et il n’est pas le seul.

D’autres propriétaires de bars et restaurateurs rencontrés par La Presse Canadienne ont déjà banni la cigarette de leurs terrasses, soit pour préparer le terrain ou parce qu’ils recevaient des plaintes de leurs clients.

C’est notamment le cas du bistro-bar l’Entrepôt sur l’avenue du Mont-Royal, qui a pris les devants il y a deux ans. Selon la directrice de l’établissement, Maude Côté, les clients sont règle générale assez coopératifs, mais celle-ci se réjouit tout de même que des mesures plus incisives entrent en vigueur.

Serveuse au restaurant Les 3 Brasseurs, à l’angle de la rue Saint-Denis et du boulevard De Maisonneuve, Geneviève Audet affirme que son établissement applique déjà l’interdiction depuis le 1er mai pour préparer les clients.

«On n’a pas eu vraiment de problème avec les clients, la plupart savent que la loi s’apprête à changer. Le rayon de neuf mètres, ce sera plus compliqué à faire respecter par contre», dit-elle.

Les nouvelles restrictions limitant la cigarette dans les lieux publics qui entrent en vigueur jeudi s’ajoutent aux mesures adoptées en novembre dernier avec la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. Il s’agissait alors de la première révision en profondeur de la Loi sur le tabac depuis la réforme de 2005, qui avait notamment banni la cigarette de la plupart des espaces publics.

Des amendes pouvant aller jusqu’à 700 $ seront applicables tant aux fumeurs qu’aux restaurateurs qui contreviennent à la loi.

L’interdiction de fumer en public s’appliquera aussi à bon nombre de lieux extérieurs, qui avaient été jusque-là épargnés: les terrains sportifs, les terrains de jeux et les camps de vacances, par exemple.

Les fumeurs seront aussi persona non grata dans les voitures si des enfants de moins de 16 ans s’y trouvent, dans les aires communes des immeubles d’habitation comportant de deux à cinq logements, et en tout temps dans les centres de la petite enfance et les garderies, dans tous les établissements d’enseignement préscolaire, primaire et secondaire, y compris les centres de formation générale aux adultes et les centres de formation professionnelle.

Maude Côté comprend cependant mal comment la nouvelle réglementation sera appliquée, particulièrement celle visant l’élargissement de l’interdiction de fumer dans un rayon de neuf mètres de l’entrée d’un restaurant, dès novembre.

«Je ne sais pas trop comment on va fonctionner. Est-ce qu’on va envoyer les gens de l’autre bord de la rue? On ne veut pas non plus qu’ils commencent à jeter leurs mégots de cigarette là-bas et qu’on doive ensuite aller nettoyer», dit-t-elle.

Même réaction du côté de Nicolas Loyer du restaurant Chez Victoire. «Ici sur Mont-Royal, il y a pas mal une terrasse à chaque neuf mètres», note-t-il.

Le porte-parole de l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ), Martin Vézina, a par ailleurs dit en entrevue s’inquiéter que ses membres aient à «jouer à la police». Les inspecteurs du ministère de la Santé devraient être responsables de faire respecter les nouvelles interdictions, croit-il.

Du côté du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), on ignore pour l’instant la nature du rôle que les policiers auront à jouer dans la mise en application de la nouvelle réglementation.