Internet est un outil important dans la migration vers d’autres pays, selon une étude

MONTRÉAL — Internet demeure un outil important dans la migration des populations, révèle une nouvelle étude signée entre autres par un expert de l’Université McGill.

L’étude, publiée en décembre dans la revue «Population and Development Review», trace un lien entre l’utilisation d’Internet et la migration.

Ainsi, dans les pays où l’utilisation du Web est plus répandue, plus de gens sont ouverts à migrer. Et les individus qui se servent plus régulièrement d’Internet sont plus susceptibles de penser à la migration, et à poser le geste de migrer – ce lien s’avère encore plus fort pour les femmes et les gens moins scolarisés.

«Internet peut soutenir la décision de migrer en diminuant les coûts économiques, sociaux et psychologiques liés à la migration», a expliqué par courriel Luca Maria Pesando, professeur adjoint au Département de sociologie à l’Université McGill.

«Avant que la migration ait lieu, Internet offre plus d’information sur la décision potentielle de migrer, dont des informations sur la vie sociale et économique dans le pays de destination, ce qui pourrait potentiellement encourager des gens à déménager.»

M. Pesando a participé à cette étude, qui rassemble des experts de l’Université Oxford au Royaume-Uni et des universités de Calabre et Bocconi en Italie.

Pour arriver à ces conclusions, les auteurs ont examiné des données de la Banque mondiale, de l’Union internationale des télécommunications, de l’Indice mondial de paix, du Baromètre arabe et du sondage mondial Gallup.

«En utilisant un certain nombre de sources de données complémentaires pour suivre les différentes étapes du chemin de la migration, nous avons documenté que les migrations internationales sont devenues « internetisées », en ce sens qu’Internet agit comme un puissant agent de soutien des décisions de migration», écrivent les chercheurs dans leur étude.

«Nos analyses ont mis en évidence des associations fortes et solides entre la diffusion d’Internet et les intentions de migration, les stocks de migrants et les résultats de la migration, à la fois sur les plans macro et micro.»

L’exemple de l’Italie

En plus de ces nombreuses données, ils ont aussi étudié les mouvements des migrants qui s’étaient présentés entre 2008 et 2018 au centre d’immigration Sant’Anna, en Calabre, en Italie. Ces gens, qui provenaient la plupart d’Afrique du Nord et principalement de Tunisie, avaient le choix de demander l’asile ou de quitter volontairement le centre.

Les chercheurs ont découvert que ceux qui avaient de meilleures compétences numériques étaient plus enclins à quitter volontairement le centre, ce qui est associé à une volonté de quitter l’Italie pour rejoindre d’autres cieux.

«Nous croyons que ces migrants avec de grandes connaissances d’Internet pourraient avoir acquis plus d’informations sur la façon de contourner le règlement de Dublin et s’échapper de l’Italie pour atteindre un autre pays», a soutenu M. Pesando.

«Très souvent, l’Italie n’est pas la destination envisagée par les migrants qui vont au centre», poursuivent les chercheurs dans l’étude.

Les experts précisent dans leur recherche qu’ils ne pensent pas qu’Internet est un «élément moteur» de la migration en soi, mais bien un «agent de soutien».

Internet influence «par l’exposition à la vie d’autrui et en façonnant les aspirations individuelles, en permettant l’accès aux informations pertinentes et aux opportunités pour faciliter la décision de migration», est-il écrit dans l’étude.

Le Web permet également «des réseaux plus larges, qui à leur tour aident également les migrants à s’adapter plus efficacement à la vie en leurs nouveaux pays à leur arrivée».

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