Irwin Cotler réclame la citoyenneté canadienne pour Raïf Badawi

OTTAWA — Irwin Cotler, ancien ministre fédéral de la Justice, réfute l’argument présenté par le gouvernement cette semaine, selon lequel une citoyenneté canadienne pourrait nuire plutôt que servir Raïf Badawi.

Et l’ex-politicien est convaincu qu’Ottawa n’aura pas d’autre choix, très bientôt, que d’accorder la citoyenneté au Saoudien emprisonné.

Mercredi, la Chambre des communes a adopté unanimement une motion présentée par le Bloc québécois. Le texte demande au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, d’attribuer la citoyenneté à M. Badawi en se servant de son pouvoir discrétionnaire vu que l’homme se retrouve dans une «situation particulière et inhabituelle de détresse».

Raïf Badawi est emprisonné depuis juin 2012. Les autorités saoudiennes lui reprochent d’avoir insulté l’islam dans un blog et l’ont condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet. 

Alors que sa conjointe Ensaf Haidar, installée avec leurs trois enfants au Québec, se réjouissait de la prise de position des élus fédéraux, mercredi, des sources gouvernementales prenaient la peine de jeter une douche froide sur ses espoirs.

Ces sources ont souligné que la motion n’a pas force de loi et que le gouvernement s’inquiète d’une possible réaction négative en Arabie saoudite où, de toute manière, la double citoyenneté n’est pas reconnue.

M. Cotler, qui a déjà défendu Nelson Mandela et qui est l’avocat de la famille Badawi-Haidar depuis plus de six ans, rejette ces arguments. 

«Après presque 50 ans à représenter des prisonniers politiques à travers le monde, (…) j’entends ce genre de choses tout le temps. »Ça n’aidera pas si vous faites ceci ou cela. » Tout ce que je sais, c’est que les prisonniers politiques, eux, estiment que ça les aide», a argué M. Cotler, en entrevue téléphonique vendredi.

«C’est essentiel (…) pour eux qui croupissent en prison de savoir qu’ils ne sont pas oubliés, que nous travaillons pour eux et que nous n’arrêterons pas de travailler tant qu’ils ne sont pas libérés», a-t-il insisté.

«Des démarches comme celle-là ne peuvent qu’aider», à son avis, parce qu’elles signaleront à l’Arabie saoudite l’importance que le Canada accorde à cette affaire.

Et puis, de manière plus concrète encore, une citoyenneté canadienne, selon lui, rendrait «juridiquement obligatoire» une assistance consulaire de la part d’Ottawa. 

M. Cotler s’attend à ce que le Sénat adopte bientôt une motion semblable à celle des Communes. Et lorsque les deux Chambres se seront prononcées, le texte aura force de loi, selon l’ancien ministre.

Il assure qu’il a l’oreille du ministre Mendicino – il a soulevé le dossier avec le ministre il y a deux semaines à peine et il compte lui en reparler bientôt. Il croit qu’il réussira à le convaincre de faire de M. Badawi un Canadien. 

En novembre, M. Colter a été nommé par Justin Trudeau envoyé spécial pour la lutte contre l’antisémitisme. Il considère que sa charge lui confie également la lutte pour les droits de la personne. 

«L’appui pour les prisonniers politiques, je dis toujours que ça doit être une priorité dans notre politique étrangère», recommande M. Cotler.

En toute fin de journée, le bureau du M. Mendicino a fait savoir que le ministre n’était «pas disponible» et qu’il n’avait «pas grand chose» à ajouter à la déclaration fournie mercredi. Dans cette déclaration, le ministre ne s’est engagé à rien par rapport à la demande de citoyenneté pour Raïf Badawi.

«La récente motion démontre l’inquiétude du Parlement concernant la détention injuste de M. Badawi, et nous continuerons à travailler avec tous les parlementaires pour maintenir nos efforts sans relâche pour réunir M. Badawi avec sa famille», avait écrit, dans un courriel, mercredi soir, le porte-parole du ministre. 

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