Isabelle Hudon: déjà trois ans à la tête de l’ambassade du Canada en France

MONTRÉAL — La femme d’affaires devenue diplomate Isabelle Hudon célèbre son troisième anniversaire à titre d’ambassadrice du Canada en France. 

Depuis son installation à Paris en novembre 2017, elle n’a pas tempéré son énergie débordante. Retour sur le parcours atypique de cette autodidacte qui s’est taillé une place à son image dans le monde de la diplomatie.

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Le regard est franc. Le ton assuré. Isabelle Hudon nous parle par visioconférence depuis l’ambassade, située rue du Faubourg Saint-Honoré, dans le huitième arrondissement. 

Elle était l’une des têtes dirigeantes de la Financière Sun Life au Québec quand le premier ministre Justin Trudeau lui a proposé le rôle d’ambassadrice. C’était un après-midi du mois de juin. Sa nomination a été, pour elle, «une surprise totale». 

Le 18 décembre de la même année, elle rencontrait le président français Emmanuel Macron lors d’une cérémonie officielle qui amorçait le début de son aventure diplomatique. Cela fait donc trois ans.

Première femme nommée à ce poste, Mme Hudon a toujours eu l’ambition qui la pousse à accepter les défis. «Je n’ai pas peur d’avoir peur», dit-elle avec aplomb. 

C’est une ambition qu’elle veut voir toutes les femmes s’approprier sans aucune gêne. 

«On ne peut pas penser à l’avenir en contournant 50 % de la population, soit les femmes, et j’irais plus loin en disant qu’on ne peut pas réfléchir à l’avenir sans l’autre 50 %, soit les hommes», affirme-t-elle. 

Elle ne s’est pas demandé si «elle était assez bonne» pour remplir le mandat. «Je me suis plutôt posé la question: « Est-ce que c’est le bon moment? »», dit-elle en faisant référence à sa famille recomposée de quatre enfants, son conjoint et ses parents qui sont encore vivants, mais qui tranquillement, prennent de l’âge. 

Elle s’est approprié les mots qu’elle répète souvent aux femmes: «lorsqu’on vous propose un défi de taille, dites-vous que plusieurs personnes se sont déjà concertées à votre sujet avant de vous approcher».  

En choisissant une femme d’affaires du secteur privé pour diriger l’ambassade, le gouvernement voulait amener une dimension économique à la relation Canada-France, en plus de féminiser la diplomatie canadienne à l’étranger.

La proportion d’ambassadrices est passée de 22 % en 2015 à 50 %, soit la parité, en 2019.

L’un des principaux mandats de Mme Hudon est de faciliter l’exportation des produits canadiens vers l’Hexagone et vice versa, en faisant notamment la promotion de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne.

«Entre 75 % et 80 %  de nos exportations se font aux États-Unis, explique l’ambassadrice. Or, nous avons vu dans les dernières années que de dépendre autant d’un seul marché ne représente pas la meilleure stratégie.»

Mme Hudon est «extrêmement fière» d’avoir pu jouer un rôle dans la croissance des échanges commerciaux entre le Canada et la France. Ceux-ci ont augmenté de 32 % depuis son entrée en poste.  

Une ambassadrice qui bouscule les habitudes

Quelques médias français soulignaient à ses débuts que le vent de changement apporté par sa désignation venait bousculer le monde de la diplomatie. 

«C’est plus mon style qui a surpris parce que je ne suis pas une diplomate conventionnelle», précise Mme Hudon. Elle décrit son style comme étant honnête, transparent et ambitieux. 

Celle qui a déjà dirigé la Chambre de commerce du Montréal métropolitain croit sincèrement que les femmes ne sont pas moins ambitieuses que les hommes, mais qu’elles ont plus de mal à l’assumer. 

Elle ne cache pas son enthousiasme devant le nombre de femmes qui se sont révélées être de véritables leaders depuis le début de la pandémie. «J’ai été agréablement surprise de voir autant de visages féminins sur la ligne de front, gérer les cellules de crises», explique-t-elle. 

Mme Hudon s’est plongée dans la lecture de divers magazines et quotidiens qui relayaient l’information voulant que les pays dirigés par les femmes traversent mieux la crise que ceux dirigés par les hommes. 

«J’ai commencé à creuser la question et j’ai réalisé que le partage des pouvoirs, entre les deux sexes pour ces pays, était plus équilibré, souligne-t-elle. Ce qui permettait à plus de femmes de se retrouver à la table de décision. Elles n’ont pas été timides de prendre leur rôle de leadership en main parce que cette crise sanitaire touche des individus. Et on sait très bien que les femmes se sentent particulièrement interpellées quand il est question de vies humaines.» 

«Les modèles sont extrêmement importants pour croire qu’on a notre place», reconnaît d’emblée l’ambassadrice lorsqu’on lui demande si elle pense que ces récents exemples amèneront plus de femmes à viser les plus hautes sphères d’influence. 

Pour l’année à venir, elle souhaite voir les femmes aussi présentes, visibles et audibles pour élaborer des plans qui mèneront à une sortie de crise. 

Ce reportage a été préparé dans le cadre du programme de Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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