Ismaël Habib soutient qu’il voulait retracer sa famille menacée en Syrie

MONTRÉAL – Le Québécois accusé d’avoir voulu quitter le Canada pour joindre en Syrie l’organisation Daech (groupe armé État islamique) a soutenu mercredi à son procès qu’il souhaitait en fait désespérément rejoindre sa femme et ses jeunes enfants, et les emmener loin de son dangereux beau-frère.

Ismaël Habib a commencé à témoigner mercredi pour sa propre défense lors de son procès pour des accusations liées au terrorisme.

L’homme âgé de 29 ans est accusé d’avoir voulu quitter le pays pour participer aux activités d’une organisation terroriste, et d’avoir fourni de fausses informations afin d’obtenir un passeport.

Le procès devant juge seul a repris mercredi, au palais de justice de Montréal, avec la présentation de la défense.

Lundi dernier, le juge Serge Délisle, de la Cour du Québec, a admis en preuve des aveux obtenus de l’accusé grâce à la méthode policière appelée «Mister Big».

La Couronne a plus tôt plaidé au procès que l’accusé avait avoué à deux reprises à des agents d’infiltration de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), en 2016, qu’il voulait se rendre en Syrie pour grossir les rangs de Daech. Privé de son passeport canadien à cause d’une enquête précédente relative au terrorisme, M. Habib souhaitait alors obtenir un faux passeport.

Il soutient aujourd’hui qu’il ne voulait que retracer sa famille en Syrie parce qu’il la croyait menacée par son beau-frère.

Lors de son témoignage décousu, et parfois larmoyant, il a indiqué que son beau-frère était en colère parce que la femme de l’accusé était intervenue en 2015 pour aider sa soeur, qui était supposément coincée dans un mariage violent avec cet homme en Turquie.

Le beau-frère aurait commencé à menacer l’accusé, qui a expliqué que les conversations quotidiennes avec sa femme ont soudainement été réduites à une brève conversation téléphonique par mois, à partir de lieux inconnus.

Entre juin 2015 et février 2016, sa femme l’aurait imploré durant de courts échanges de l’aider ainsi que leurs deux enfants, une fillette de quatre ans et un petit garçon de trois ans.

«Je n’ai aucune idée où elle est — si elle est en Turquie, si elle est en Syrie», a dit Ismaël Habib, la voix cassée. «Si je devais aller en Turquie pour la retrouver, je serais allé. Si je devais aller en Syrie et vivre l’enfer, je serais allé».

M. Habib a indiqué au tribunal, mercredi, que sa vie avait été complètement chamboulée lorsque ce même beau-frère lui a appris, à la fin de 2012, qu’il était visé par une enquête de la GRC. Son beau-frère a depuis fui le Canada.

Le stress l’a même poussé à quitter le Canada en 2013, d’abord pour l’Algérie puis la Turquie et finalement la Syrie, où il a séjourné quelques mois — avec son beau-frère — dans une ville occupée par des insurgés, sans toutefois être impliqué personnellement dans les combats.

M. Habib a éventuellement été interpellé à son retour en Turquie puis déporté au Canada. Il a été arrêté et accusé par la GRC en février 2016.

Fils d’une mère québécoise et d’un père afghan, Ismaël Habib nie avoir des penchants terroristes, et a déclaré à la Cour être contre la volonté de Daech de tuer des innocents.

«Je ne veux pas les rejoindre et tuer des innocents, a-t-il dit. Est-ce que je tuerais ma mère? Je ne ferais pas ça.»

Pendant huit mois, entre septembre 2014 et mai 2015, son téléphone a été sous écoute par les autorités fédérales.

L’accusé a examiné les transcriptions avant le début du procès et affirme qu’elles appuient sa version.

«Pas une seule fois y a-t-il une mention du mot djihad, du mot Syrie, du mot combat, du mot islamique ou du nom al-Qaïda», a-t-il dit.