Japon: cinq personnes réclament une indemnisation à la Corée du Nord

TOKYO — Cinq personnes qui prétendent qu’on leur avait promis le «paradis sur Terre» en Corée du Nord, mais qui affirment plutôt y avoir été maltraitées, ont demandé jeudi à un tribunal japonais d’ordonner au dictateur nord-coréen Kim Jong-un de les indemniser.

L’audience est devenue possible quand un tribunal de Tokyo a accepté, en août, de convoquer M. Kim pour l’entendre, a dit l’avocat des plaignants, Kenji Fukuda. On ne s’attend pas à ce que M. Kim comparaisse ou qu’il accepte d’indemniser les plaignants si le tribunal le lui ordonne.

M. Fukuda espère toutefois que cette affaire créera un précédent qui pourra profiter au gouvernement japonais lors de négociations avec la Corée du Nord.

Des centaines de milliers de Coréens sont venus au Japon, souvent contre leur gré, pour travailler dans des mines et des usines lors de la colonisation de la péninsule coréenne par le Japon — un passé qui cause toujours des tensions entre le Japon et les Corées.

La Corée du Nord a lancé en 1959 un vaste programme pour rapatrier des Coréens, en remplacement des ouvriers tués pendant la guerre de Corée. Le programme a continué à chercher des recrues, dont plusieurs originaires de Corée du Sud, jusqu’en 1984.

La Corée du Nord promettait des soins de santé gratuits, une éducation gratuite, des emplois et d’autres bienfaits, mais rien de tout cela ne s’est concrétisé. Les recrues ont plutôt été affectées à des emplois manuels dans les mines, les fermes et les forêts, a dit le mois dernier une plaignante, Eiko Kawasaki.

La femme de 79 ans est une Coréenne qui est née et a été élevée au Japon.

«En Corée du Nord, j’ai vécu en état de choc, dans la tristesse et la peur pendant 43 ans», avait-elle déclaré aux journalistes.

Née et élevée à Tokyo, Mme Kawasaki avait 17 ans quand elle a pris un navire en direction du Nord en 1960. Elle y est restée jusqu’au moment de sa défection en 2003, abandonnant derrière elle son fils adulte.

«Je pense que c’est un miracle que j’aie pu revenir au Japon vivante», a-t-elle dit, ajoutant avoir été heureuse de pouvoir raconter son histoire au tribunal.

«Mais ce n’est pas l’objectif. C’est le début de notre combat contre la Corée du Nord, a dit Mme Kawasaki. Nous allons nous battre jusqu’au jour où tous ceux qui sont partis pour la Corée du Nord pourront revenir au Japon pour voir leurs familles.»

Les plaignants réclament une indemnisation équivalant à 1,12 million $ CAN chacun à la Corée du Nord.

M. Fukuda a expliqué que le but de l’audience de jeudi était de permettre aux cinq plaignants de montrer comment la Corée du Nord les a attirés illégalement et systématiquement avec des mensonges, et de jeter des bases juridiques avant de demander au gouvernement japonais de régler le dossier diplomatiquement.

Une décision est attendue en mars.

Le gouvernement japonais de l’époque percevait les Coréens comme des étrangers et était heureux de les voir partir pour la Corée du Nord. Environ 93 000 Coréens qui vivaient au Japon et leur famille ont pris le chemin du Nord.

Aujourd’hui, environ 500 000 Coréens vivent au Japon et sont toujours victimes de discrimination au travail, à l’école et dans leur vie quotidienne.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.