«Je n’avais pas peur de la mort», dit James Cross, enlevé par le FLQ en 1970

OTTAWA — Deux journées seulement après sa libération, le diplomate britannique kidnappé des membres du Front de libération du Québec (FLQ) a affirmé à des responsables canadiens qu’il n’a pas eu peur de mourir en captivité.

James Cross s’inquiétait davantage du sort de sa femme s’il avait été tué.

Il y a cinquante ans lundi, M. Cross, un délégué commercial, était enlevé une cellule du FLQ. Ce rapt a déclenché la crise d’octobre.

Une transcription des remarques de M. Cross lors de son vol de retour vers l’Angleterre, le 5 décembre 1970, offre un aperçu de son état d’esprit à la suite de cet événement.

Chargé de cours à l’université de Birmingham, Steve Hewitt est tombé sur ce document en faisant des recherches sur l’histoire du terrorisme au Canada dans les archives nationales de la Grande-Bretagne.

«C’est le meilleur accès que nous pourrions avoir sur les pensées personnelles de M. Cross, littéralement 48 heures après sa libération», souligne M. Hewitt.

M. Cross et sa fille Susan étaient accompagnés sur le vol par des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères, d’un officier de la Gendarmerie royale du Canada et de Jim Davey, un proche du premier ministre fédéral de l’époque, Pierre Elliott Trudeau.

Le 5 octobre 1970, M. Cross a été enlevé sous la menace d’une arme devant sa femme Barbara. Il a été embarqué dans une voiture et emmené dans une maison où il a passé plusieurs journées, menotté. Il pouvait lire et regarder la télévision, mais il n’a jamais pu voir le visage de ses ravisseurs.

Le FLQ avait alors formulé plusieurs demandes, dont le relâchement de « prisonniers politiques » et la diffusion d’un manifeste.

«Rapidement, je suis venu à la conclusion que je n’avais pas peur de la mort, peut-on lire dans la transcription de M. Cross. J’avais peur qu’ils m’étranglent, je ne voulais pas me faire étrangler. Ça ne m’aurait pas dérangé de me faire tirer.»

Ses ravisseurs lui auraient dit dès le départ qu’ils n’allaient pas le tuer. « Je ne les croyais pas », avait-il dit.

« J’étais vraiment plus inquiet pour ma femme en raison de sa situation financière, avait-il mentionné. J’ai rédigé deux lettres, dans ma tête seulement: l’une était mon testament pour ma femme et l’autre était pour M. Trudeau, pour lui demander de faire quelque chose pour elle. »

Le diplomate pensait qu’il allait se faire tuer si sa vie n’avait plus de valeur pour la cellule « parce que c’est plus facile de se départir d’un corps mort qu’un d’un vivant ».

M. Hewitt a noté que M. Cross ne semblait pas amer envers ses kidnappeurs malgré cette expérience traumatisante. L’ex-diplomate a avancé que la plupart d’entre eux avaient été « très gentils ».

« Nous avons blagué sur la possibilité qu’un jour, lorsqu’ils allaient être ministres, j’allasse les recevoir à Londres et les inviter à des banquets de diplomates, parce que je savais très bien que le gouvernement britannique serrerait la main à n’importe qui », s’était-il remémoré.

Toutefois, après la mort de Pierre Laporte, M. Cross ne voulait plus vraiment parler à ses ravisseurs. Dans ses mémoires publiées en 1998, il avait affirmé qu’il n’avait aucune sympathie pour les membres du FLQ.

« Je haïssais la plupart d’entre eux et je les aurais tués si j’avais eu la chance, estimait-il. J’opérais sur deux niveaux: mes vraies pensées et ma relation superficielle avec eux. »

Selon M. Hewitt, le diplomate britannique percevait d’une façon bien unique les motivations du FLQ à sa libération. Non seulement reconnaissait-il le rôle de la domination anglaise au Québec dans l’affaire, mais y voyait-il aussi l’influence de mouvements anticoloniaux comme en Algérie.

« D’une certaine façon, je crois qu’ils auraient été contents de mourir pour leur cause, de devenir en quelque sorte des martyrs de cette révolution », a-t-il avancé.

Ses kidnappeurs n’ont pas anticipé l’imposition de la Loi des mesures de guerre, selon M. Cross.

« Leur réponse à presque toutes les actions juridiques du gouvernement ou les tactiques de la police étaient fascinantes », s’était-il étonné.

M. Cross, aujourd’hui nonagénaire, a parlé plusieurs fois aux médias depuis et était présent à un événement commémoratif organisé par la famille de M. Laporte.

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