Jean Chrétien ignore une requête de la registraire des lobbyistes de la N.-É.

HALIFAX — L’ex-premier ministre du Canada Jean Chrétien a complètement ignoré une requête de la registraire des lobbyistes de la Nouvelle-Écosse, qui lui demandait s’il avait fait pression sur le premier ministre de cette province au sujet d’un projet de développement portuaire.

À la suite de la plainte d’un citoyen, la greffière des lobbyistes, Hayley Clarke, a demandé à l’ancien premier ministre libéral fédéral des détails sur sa rencontre avec le premier ministre Stephen McNeil et le ministre provincial des Transports, Geoff MacLellan, le 21 mars dernier à Halifax.

M. Chrétien est avocat-conseil à l’international auprès de Sydney Harbour Investment Partners, une firme qui recherche des investisseurs pour un projet de port à conteneurs au Cap-Breton. Or, M. Chrétien n’est pas un lobbyiste enregistré en Nouvelle-Écosse. Par ailleurs, selon MM. McNeil et MacLellan, l’ex-premier ministre canadien n’aurait pas fait de lobbyisme auprès d’eux ou discuté du projet portuaire de Sydney.

À la suite d’une plainte d’un syndicaliste à la retraite, la registraire des lobbyistes a écrit à M. Chrétien pour lui expliquer la loi sur le lobbyisme de la province, et lui demander des éclaircissements d’ici la fin d’avril sur cette rencontre du 21 mars. Aucune réponse n’est venue depuis, a déclaré à La Presse canadienne la porte-parole de la greffière des lobbyistes, Marla MacInnis.

La Presse canadienne a envoyé des demandes écrites à M. Chrétien et à un adjoint qui organise souvent des entrevues pour les médias, mais n’a reçu aucune réponse.

Duff Conacher, cofondateur de l’organisme Démocracie en surveillance, croit que M. Chrétien doit éclaircir cette affaire avant de rencontrer à nouveau des politiciens de la Nouvelle-Écosse. S’il ne veut pas collaborer avec la registraire des lobbyistes pour démontrer son innocence, M. Conacher estime que la police devrait s’en mêler.

John McCracken, le citoyen qui avait porté plainte, estime que l’indifférence dont fait preuve M. Chrétien démontre à quel point la loi néo-écossaise sur les lobbyistes est inefficace. «En portant plainte à la registraire, je savais (que M. Chrétien) leur rirait en pleine face», admet-il en entrevue. En dernier ressort, M. McCracken songe maintenant à porter plainte à la police.

La législation de la Nouvelle-Écosse prévoit une amende maximale de 25 000 $ pour quiconque fait du lobbyisme sans s’inscrire d’abord au registraire de la province.

Le gouvernement libéral de Stephen McNeil demeure très prudent dans ce projet de port à conteneurs à Sydney, au Cap-Breton: une étude préparée en 2016 pour la province et l’Agence de promotion économique du Canada atlantique recommandait de ne pas dépenser des fonds publics pour un terminal qui ferait concurrence au port de Halifax.

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