Jean-Marc Léger offre aux élus municipaux sa recette pour lutter contre les trolls

MONTRÉAL — Le sondeur Jean-Marc Léger a offert aux élus municipaux une méthode pour mettre les trolls hors de combat.

M. Léger était invité aux assises annuelles de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), mercredi, pour y présenter ce qu’il estime être la recette du succès aux élections municipales de novembre, mais il avait un autre mode d’emploi dans son livre de recettes lorsqu’interrogé sur l’intimidation que subissent les élus municipaux. L’intervention tombait à point après que le phénomène eut été dénoncé à l’ouverture des assises par le premier ministre François Legault, le nouveau président de l’UMQ, Daniel Côté, et la présidente sortante, Suzanne Roy.

«Il ne faut pas être trop sensible sur les médias sociaux. C’est un exutoire. Une population qui est frustrée, qui est stressée, qui a besoin d’un coupable. Forcément, vous êtes en première ligne, c’est là. Mais les médias sociaux ne représentent pas l’ensemble de la population», a-t-il rappelé.

«Bâtir des ambassadeurs»

«La clé dans les médias sociaux, c’est de se bâtir des ambassadeurs. Ça vous prend trois ambassadeurs contre un dénigreur. Et cet ambassadeur, s’il est dynamique, c’est à lui de répondre à ça. Essayez d’attaquer Julie Snyder sur les médias sociaux: vous allez voir que tous les ambassadeurs vont vous ramasser et là vous allez vous calmer.

«L’important, ce n’est pas vous, a-t-il poursuivi. Ça prend des gens que vous formez, que vous informez et vous devez vous assurer que ces gens-là répondent sur les médias sociaux et inondent les médias sociaux de votre bon message. C’est la seule manière de répondre, mais pas pour les convaincre (les dénigreurs): c’est pour empêcher que les tendances partent et que la tache d’huile négative se répande dans votre municipalité.»

Avertissements aux élus

Au-delà de ce conseil, Jean-Marc Léger avait plusieurs avertissements pour les élus municipaux, à commencer par celui-ci: «Les gens sont stressés personnellement. Ils vivent une vie difficile. Forcément, ça prend un coupable. Il y a un des gouvernements qui va manger une volée. Ça prend un coupable et le problème c’est que vous risquez d’être le premier en élections, à moins que le fédéral n’y soit avant.» 

Le deuxième avertissement relevait du fait que les Québécois ont beau afficher un taux de satisfaction inédit de 89 % envers leurs gouvernements municipaux, ils ont aussi, comme c’est le cas un peu partout, une volonté de voir du changement dans leurs institutions. Dans le sondage qu’il a mené en prévision de ces assises, la proportion de Québécois souhaitant que leur maire reste est passée de 40 % en 2017 à 33 % en 2021. Ceux qui souhaitent changer de maire sont passés de 29 % en 2017 à 37 % en 2021.

«Il faut se méfier de cette volonté de changement. Vos deux adversaires en ce moment, c’est la volonté de changement et la taxation. L’électeur, il se fout de l’opposition. (…) Moi, la concurrence, je ne m’en occuperais pas. Je m’occuperais du contenu, la notion de changement. Votre équipe doit être renouvelée; ça prend plus de femmes, ça prend plus de minorités, ça prend plus de jeunes, ça prend plus de gens différents dans votre équipe pour démontrer qu’il y a un changement et que c’est un changement au goût du jour.

«Si vous n’incarnez pas le changement, vous êtes en difficulté», a-t-il lancé. «Le vent est dans la face. Il n’est pas dans le dos.»

Six ingrédients dans la marmite de la victoire

Et c’est là qu’entre en jeu sa recette pour la victoire. Jean-Marc Léger conclut sur la base de son sondage qu’il y a six clés pour remporter l’élection municipale de novembre. La première préoccupation des électeurs se situe du côté d’une relance économique durable, équitable et inclusive; la deuxième est la mise en place d’une infrastructure qui favorise l’achat local; vient ensuite une meilleure qualité de vie et un environnement plus sain qui comprend la protection des milieux humides et naturels; en quatrième, ils réclament des transports collectifs plus fréquents et plus performants, et ce, même pour le transport interurbain en région; au cinquième rang vient l’accès au logement pour tous les types de budgets; et, enfin, une taxation juste. 

Fait à noter, les Québécois se disent très favorables à l’achat local, mais pas à n’importe quel prix: si la différence est au-delà de 5 %, il n’hésiteront pas à regarder ailleurs. Autre donnée intéressante, les deux tiers des électeurs se disent prêts à vivre avec une hausse de taxes municipales si celles-ci vont à l’aménagement de parcs et d’espaces verts, à l’amélioration des transports collectifs et à une amélioration du recyclage et du compostage, notamment. 

Une élection se gagne en juin, pas en novembre

Enfin, au-delà de cette recette, Jean-Marc Léger avait un autre avertissement pour les élus qui souhaitent conserver leur poste: «Une élection, ça se gagne en juin, ça ne se gagne pas en novembre», a-t-il répété plus d’une fois, invitant les participants à faire connaître leurs intentions rapidement afin de décourager les adversaires les plus dangereux.

«Quand votre adversaire sait que vous êtes trop fort, il n’ira pas.»

Il a aussi rappelé que, si une élection se gagne en juin, «ça se perd en septembre, parce que si vous n’avez pas réussi à ramasser le mouvement au mois de juin ou à casser le mouvement de l’adversaire, en septembre c’est parti.»

Les données présentées par l’expert en marketing provenaient d’un sondage mené à la fin avril-début mai auprès de 2009 adultes. La marge d’erreur est de plus ou moins 2 %.

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