Jeunes en HLM et décrochage scolaire: de l’aide et de l’espoir pour eux

MONTRÉAL — Ils sont près de 10 000 jeunes de 25 ans et moins à vivre dans des HLM (habitations à loyer modique) dans la métropole. Et comme les jeunes des milieux défavorisés décrochent deux fois et demie plus que les autres, la Fondation de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) veut aider ceux qui habitent dans les HLM pour transformer leurs difficultés en succès — et faire voler en éclats les préjugés.

À l’occasion des Journées de la persévérance scolaire, qui se tiendront du 17 au 21 février, la Fondation de l’OMHM souhaite mettre en lumière une situation préoccupante, «mais dont on ne parle pas trop, et envers laquelle il peut y avoir des préjugés: celle des jeunes qui vivent en HLM», dit Line Bellavance, directrice de développement et des communications à la Fondation.

Pas de place pour étudier dans un logement surpeuplé, pas d’aide avec les devoirs, la faim, l’attrait de quitter l’école pour aller travailler et aider la famille: les obstacles sont nombreux pour ces élèves. 

Les jeunes de l’école publique ont un taux de décrochage de 15 %, mais cela passe à près de 40 % chez les jeunes de milieux défavorisés, dit la Fondation de l’OMHM en citant des chiffres de Centraide du grand Montréal.

À Montréal en 2020, quelque 4500 familles vivent dans un HLM. Les deux tiers sont des familles monoparentales, et plus de la moitié vivent d’un programme gouvernemental d’aide sociale.

Et puis, cette statistique qui frappe: près de 75 % des habitants des HLM ont mis fin à leurs études en secondaire 5 ou avant.

Pour Mme Bellavance, «la situation économique d’une famille est un facteur important de la réussite à l’école. Dans certains quartiers montréalais, on parle de plus de la moitié des jeunes qui quittent l’école sans diplôme d’études secondaires. Il importe de sensibiliser la population à cette réalité et d’agir concrètement pour venir en aide à ces jeunes vulnérables qui vivent dans des milieux moins favorables à la réussite éducative».

Et qui, malgré cela, ont un grand potentiel et d’énormes qualités, dit-elle.

Les réussites

C’est le cas de Sihem Youbi, âgée de 20 ans, qui étudie à l’Université McGill pour devenir enseignante à l’école primaire.

La jeune femme a grandi dans un HLM du quartier Saint-Michel, à Montréal, et y habite toujours avec sa famille.

Pour elle, «ton habitation, ton quartier ne te définit pas». Ni ce que tu vas devenir, assure-t-elle en entrevue sur son campus universitaire. Elle est l’une des porte-parole jeunesse des Journées de la persévérance scolaire.

Elle parle du HLM où elle a grandi qui était «comme une grande famille», avec des gens de partout «comme une espèce de Tour de Babel».

La jeune femme y a vu de grands succès scolaires, comme cette voisine qui a étudié en criminologie: «ça change des clichés, hein!», lance-t-elle en riant.

Mais elle a aussi vu d’autres jeunes quitter l’école secondaire avant la fin. Et plus encore au cégep.

Ils auraient eu besoin d’aide aux devoirs, juge-t-elle, «mais il n’y en avait pas toujours» ou pas suffisamment. Le tutorat coûte cher, comme les livres supplémentaires. Elle convient que «l’argent reste un obstacle important».

Par manque de place dans le petit logement où elle habitait au début avec sa famille, elle tentait de rester à l’école après les cours pour étudier, mais cela était possible uniquement pour une heure. Après, elle devait se déplacer dans une bibliothèque.

Mais elle apprenait facilement, avait le soutien de ses parents qui valorisent énormément l’école, dit-elle, et de bons amis. «On s’encourageait les uns et les autres.»

Et ce professeur de chimie qui a été là «quand elle a frappé un mur» et rencontré des difficultés scolaires: Jean-René Ossé, qui a donné de son temps bénévolement pour aider les jeunes hors des heures de classe.

C’est pourquoi Sihem Youbi a ce message pour les jeunes: «Tu peux toujours réussir. Il y a des ressources. Parfois, il en manque, c’est plus dur, mais si tu cherches, tu vas trouver. Il y a toujours quelqu’un qui va aider.»  

L’oeuvre de la Fondation

La Fondation a pour unique mission d’encourager les jeunes qui résident dans les HLM de Montréal à persévérer dans leurs études.

Elle appuie des organismes qui oeuvrent dans les milieux défavorisés et qui offrent, par exemple, de l’aide aux devoirs, dans un endroit calme. Mais il y a aussi des ateliers de chant ou de sport, pour que les jeunes construisent leur confiance en eux en voyant qu’ils obtiennent des succès — peu importe que ce soit un «A» sur un devoir ou un coup de circuit au baseball.

«Ça aide les jeunes à maintenir leur niveau et on a noté une grande amélioration au niveau des habiletés de lecture», ce qui est très important car «la lecture est un facteur de protection contre le décrochage», soutient Mme Bellavance.

La Fondation offre aussi des bourses de 1500 $ sur trois ans aux jeunes ciblés en 3e année du secondaire. L’argent peut servir à acheter des lunettes, du matériel scolaire ou encore un ordinateur.

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