Joe Biden ajuste ses priorités pour faire face à un Congrès divisé

WASHINGTON — Le président élu Joe Biden ajuste ses priorités pour faire face à un Congrès étroitement divisé, qui devra relever le défi de légiférer pendant qu’une pandémie fait rage au pays.

Plutôt que de mettre de l’avant des législations ambitieuses pour s’attaquer au changement climatique, la prochaine administration pourrait essayer d’englober des articles dans un projet de loi d’aide pour la COVID-19. L’équipe Biden envisage également des modifications à plus petite échelle de la Loi sur les soins abordables, tout en préparant la lutte la plus controversée visant à créer une option publique pour concurrencer les assureurs privés.

Joe Biden travaille déjà sur un éventail de décrets éventuels pour réaliser certaines de ses priorités les plus audacieuses sur le changement climatique et l’immigration, sans avoir à naviguer dans l’impasse du Congrès. 

Ces manœuvres reflètent une réalité politique décevante pour le président désigné Biden, qui a fait campagne sur l’engagement de résoudre les problèmes de la nation avec des mesures qui rivaliseraient avec le New Deal de Franklin Delano Roosevelt. Mais les démocrates reconnaissent que de grandes réalisations législatives sont peu probables, même dans le meilleur des cas où le parti obtiendrait une faible majorité au Sénat.

«Supposons que mon rêve devienne réalité», a avancé le whip démocrate du Sénat, Dick Durbin, faisant référence à une majorité serrée pour son parti. «Je pense que nous devons soigneusement construire tout changement dans la Loi sur les soins abordables, ou toute autre question, comme le changement climatique, en fonction de la réalité du Sénat à 50 contre 50.»

«Il y a tellement de domaines, que nous valorisons tellement — et pas les républicains — qu’il sera difficile de les faire passer au Sénat dans les circonstances», a ajouté le démocrate de l’Illinois.

Les priorités de M. Biden dépendent entre autres de deux élections sénatoriales en Géorgie, qui auront lieu le 5 janvier. Si les démocrates remportent les deux sièges, les deux partis seront à égalité au Sénat, mais la vice-présidente désignée Kamala Harris aurait le vote décisif.

Dans cette éventualité, les priorités de Joe Biden risquent au moins d’être soumises au vote. Si les républicains maintiennent leur majorité, le leader de la majorité au Sénat Mitch McConnell pourrait refuser de présenter les priorités du président à la chambre.

Priorité à la COVID-19

M. Biden se concentrera d’abord sur une loi de plusieurs milliards de dollars d’aide liée à la COVID-19, qui est dans l’impasse depuis plusieurs mois.

Le président désigné a affirmé jeudi sur le réseau CNN que bien qu’il soutienne le compromis présenté cette semaine par un groupe bipartisan de négociateurs, selon lui, ce n’est «pas suffisant». Il entend en demander davantage lorsqu’il entrera en fonction, et son équipe est déjà au travail pour élaborer son propre programme d’aide.

Des personnes proches de l’équipe de transition de Joe Biden disent qu’elle considère ce projet de loi comme une avenue potentielle pour mettre en œuvre certaines réformes climatiques — comme l’aide pour les emplois verts ou la transition du pays vers un système énergétique sans carbone — qui pourraient être plus difficiles à réaliser à elle seules.

Dick Durbin a indiqué que le premier mandat de Barack Obama pourrait constituer un précédent par rapport à ce que vivra M. Biden.

À l’époque, M. Obama a été contraint de se concentrer sur un plan de relance pour faire face à la crise financière, et il a passé des mois à se disputer avec son propre parti sur sa refonte des soins de santé. Le président Obama a promulgué une réforme de la réglementation financière, mais d’autres priorités progressistes, comme la Loi sur le plafonnement et l’échange et la réforme de l’immigration, ont finalement perdu de leur vigueur.

Et il avait une majorité importante à la Chambre des représentants et au Sénat à ce moment-là.

Des compromis possibles

Pourtant, certains républicains affirment que si M. Biden aborde les négociations de bonne foi, il existe des domaines d’accord communs. Rohit Kumar, codirigeant des services fiscaux nationaux de PwC à Washington et ancien collaborateur principal de M. McConnell, estime qu’il est possible de trouver des compromis sur des priorités à plus petite échelle, dont les infrastructures, la crise des opioïdes et même la réforme de la police.

«Il y a des choses au centre, si Biden est prêt à conclure des accords au centre. Cela signifie être prêt à conclure des accords que les membres progressistes n’aimeront pas, sur lesquels ils voteront peut-être contre, et qu’il soit en paix avec cela», a-t-il expliqué.

En entrevue à CNN, M. Biden s’est dit optimiste à l’idée d’arriver à des compromis avec les républicains. Selon lui, quand il est question de sécurité nationale et de la «nécessité économique» de garder les gens au travail et de revigorer l’économie, «il y a beaucoup de place pour travailler».

«Je ne suggère pas que ce sera facile. Ce sera difficile», a-t-il ajouté.

Mais dans ce cas, ce seraient les progressistes, et pas les républicains, qui pourraient lui barrer la route. Waleed Shahid, porte-parole du groupe progressiste Justice Democrats, indique que les progressistes sont «inquiets et anxieux» face à la possibilité que M. Biden arrive à des «compromis toxiques avec McConnell».

«Je pense que les progressistes joueront probablement un rôle clé en essayant de pousser les démocrates à avoir une colonne vertébrale dans toute négociation avec Mitch McConnell, a-t-il soutenu. Les gens lui demanderont des comptes par rapport à ce pourquoi il s’est présenté.»

Des mesures unilatérales en préparation

Et en effet, l’équipe de transition de Joe Biden travaille déjà à l’élaboration d’une liste de mesures unilatérales potentielles qu’il pourrait entreprendre dès le début.

Il prévoit annuler les reculs de l’administration Trump sur des mesures liées à la protection de la santé publique et à l’environnement que l’administration Obama avait mises en place. Il se joindra à nouveau à l’Organisation mondiale de la santé et l’accord de Paris sur le climat et abrogera l’interdiction de voyage pour les ressortissants en provenance de certains pays à majorité musulmane. Il pourrait également rétablir unilatéralement des protections pour les «Dreamers», qui avaient été amenés illégalement aux États-Unis dans leur enfance.

Mais certains de ses plus grands engagements de campagne doivent passer par le Congrès et se heurteront certainement à l’opposition républicaine.

Joe Biden a promis de mettre en place des mesures législatives majeures sur la réforme de l’immigration et le contrôle des armes à feu, mais les initiatives antérieures sur ces deux questions — avec un soutien bipartisan — ont échoué à plusieurs reprises.

Il s’est aussi engagé à annuler les réductions d’impôts de Donald Trump pour les riches, à annuler certaines dettes de prêts étudiants et à rendre certains collèges publics gratuits — des mesures coûteuses pour un Sénat divisé ou carrément contrôlé par les républicains.

«Il est facile d’être sceptique et pessimiste dans ce Sénat, a déclaré M. Durbin. J’espère qu’ils nous donneront une chance de percer, d’être constructifs et de mettre fin à une partie de l’obstruction.»

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