Joe Biden et Justin Trudeau ont eu leur première discussion au téléphone vendredi

WASHINGTON — L’administration de Joe Biden a beaucoup en commun avec le Canada, a déclaré vendredi Justin Trudeau, tandis qu’il appelait les gens à regarder au-delà de la décision du nouveau président américain d’abandonner l’autorisation du projet d’oléoduc Keystone XL.

Les deux pays ont un grand potentiel de partenariat à l’ère Biden, en particulier lorsqu’il s’agit d’une vision commune de la lutte contre le changement climatique tout en alimentant la croissance économique, a déclaré le premier ministre.

«Ce ne sera pas toujours un alignement parfait avec les États-Unis; c’est le cas avec n’importe quel président», a-t-il affirmé lors d’un point de presse devant sa résidence de Rideau Cottage.

«Dans une situation où nous sommes beaucoup plus alignés — sur des valeurs, sur des priorités, sur le travail qui doit être fait pour donner des opportunités à tout le monde pendant que nous construisons un avenir meilleur — j’ai très hâte de travailler avec le président Biden.»

Les deux hommes se sont entretenus pendant environ 30 minutes, tard vendredi. Il s’agissait du premier appel téléphonique du 46e président des États-Unis avec un dirigeant étranger.

M. Trudeau a exprimé la «déception» du Canada face à la décision concernant Keystone XL et M. Biden a reconnu les difficultés qu’elle a causées, a indiqué un responsable fédéral au fait des discussions.

«Le premier ministre a souligné les avantages importants que procure la relation bilatérale en matière d’énergie sur le plan de l’économie et de la sécurité énergétique. Il a également souligné son appui aux travailleurs du secteur de l’énergie», indique le compte-rendu de leur conservation dévoilé par le bureau du premier ministre.

«Le premier ministre et le président ont réitéré l’urgente nécessité de mettre en œuvre des mesures ambitieuses pour lutter contre les changements climatiques. Ils ont réaffirmé leur engagement à l’égard de l’Accord de Paris et ont convenu de travailler ensemble sur les dossiers de la carboneutralité, des véhicules zéro émission, du transport transfrontalier d’électricité propre et de l’Arctique», ajoute-t-on.

Le plan «Buy American»

Dans l’ensemble, le ton de la conversation était «extrêmement positif», a dit la source, qui s’est exprimée sous le couvert de l’anonymat afin de discuter des détails de l’appel.

M. Trudeau s’est également dit préoccupé par le plan «Buy American» de M. Biden visant à faire en sorte que les travailleurs et les fabricants des États-Unis soient les principaux bénéficiaires de sa stratégie de reprise économique.

Les deux hommes ont convenu de continuer à discuter des préoccupations du Canada au sujet de cet enjeu sur la table depuis des mois, au fur et à mesure que l’administration trouvera ses marques, a laissé entendre la source.

Il a fallu au Canada près d’un an pour négocier des dérogations à des règles similaires en 2010, lorsque l’administration de Barack Obama se préparait à dépenser plus de 800 milliards $ pour se remettre de la Grande Récession.

Le plan de M. Biden inclura également un bureau «Buy American» opérant directement depuis la Maison-Blanche.

Il comprendra aussi des décrets pour appliquer, élargir et resserrer davantage les dispositions, une stratégie pour rendre les produits américains plus compétitifs et élargir la liste des «matériaux critiques» qui doivent être fabriqués aux États-Unis.

La nouvelle administration héritera également d’une querelle alimentée par M. Trump entre les producteurs laitiers américains et canadiens, avec toutes les caractéristiques du différend sur le bois d’oeuvre.

Une rencontre le mois prochain

MM. Biden et Trudeau ont également convenu de se rencontrer le mois prochain, même si les circonstances de la pandémie laissent planer le doute sur la forme que prendrait cette réunion.

«Les deux dirigeants ont convenu de se rencontrer le mois prochain pour faire progresser le travail important qui consiste à renouveler l’amitié profonde et durable entre le Canada et les États-Unis», indique le compte-rendu de l’entretien.

Plus tôt vendredi, M. Trudeau avait déclaré que le gouvernement fédéral serait là pour soutenir les travailleurs du secteur pétrolier de l’Alberta et de la Saskatchewan qui sont affectés par la décision de M. Biden concernant Keystone XL.

Mais il fait peu de doute que le combat est loin d’être terminé, surtout si le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a son mot à dire.

«Les États-Unis créent un précédent profondément inquiétant pour tout projet et toute collaboration entre nos deux nations», a écrit M. Kenney dans une lettre à M. Trudeau qu’il a publiée vendredi sur Twitter.

«Le fait qu’il s’agissait d’une promesse électorale ne rend pas la décision moins blessante. Notre pays n’a jamais renoncé à nos intérêts économiques vitaux simplement parce qu’un gouvernement étranger a fait campagne contre ceux-ci.»

M. Biden estime qu’une reprise économique rapide ne doit pas se faire au détriment de l’environnement, a déclaré jeudi l’attachée de presse de la Maison-Blanche, Jen Psaki.

Le projet Keystone XL, proposé pour la première fois en 2008, a rebondi à la Maison-Blanche au fil des ans: il a été bloqué tout au long des deux mandats de Barack Obama avant d’être carrément annulé en 2015, puis ressuscité à deux reprises par M. Trump.

Laisser un commentaire