Joe Biden priorise l’expérience avec ses choix au cabinet

NEW YORK — Le président désigné Joe Biden a choisi la continuité plutôt que la notoriété lorsqu’il a effectué la première vague de nominations au cabinet et à la Maison-Blanche, priorisant l’expérience gouvernementale et la compétence.

M. Biden, gardant en tête la possibilité que ses candidats doivent être approuvés par un Sénat majoritairement républicain, a opté pour des professionnels qualifiés et non pour des personnalités très connues. Même le candidat le plus notoire — John Kerry — n’a pas le sens du spectacle de l’ère Trump.

Contrairement au président Donald Trump, qui se méfiait ouvertement du gouvernement qu’il dirigeait, Joe Biden a fait une profession de foi envers l’appareil bureaucratique, lui qui a passé presque 50 ans à Washington. Il a fait des embauches dans le but délibéré de projeter un sens de la compétence dévouée, aussi ennuyeuse soit-elle.

S’entourant de conseillers de longue date et de vétérans de l’administration Obama, dont beaucoup ont déjà travaillé ensemble pendant des années, Joe Biden a déployé une équipe de candidats ambitieux, avec des CV impressionnants qui n’auront pas besoin d’en apprendre beaucoup sur le gouvernement.

«Collectivement, cette équipe a obtenu certaines des réalisations les plus déterminantes en matière de sécurité nationale et de diplomatie de la mémoire récente — rendues possibles grâce à des décennies d’expérience de travail avec nos partenaires», a déclaré M. Biden, mardi, en dévoilant son équipe de sécurité nationale.

«L’expérience» est en effet la pièce maîtresse de la formation de l’équipe Biden.

Son choix pour le poste de secrétaire d’État, Antony Blinken, a travaillé pour M. Biden au Sénat pendant des années et a occupé les postes de secrétaire d’État adjoint et de conseiller adjoint à la sécurité nationale. Son choix pour le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, était l’adjoint à ce poste sous le président Barack Obama. Sa candidate au poste de secrétaire du Trésor, Janet Yellen, était présidente de la Réserve fédérale et présidente du Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche.

Son nouveau chef de cabinet à la Maison-Blanche, Ron Klain, était le chef de cabinet de deux vice-présidents — Al Gore et Joe Biden lui-même — et était le coordonnateur de l’administration Obama sur l’Ebola. Et John Kerry, le choix de M. Biden comme émissaire spécial sur le changement climatique, a longtemps été sénateur et il était le candidat démocrate de l’élection présidentielle de 2004, avant de servir comme secrétaire d’État.

«L’équipe apporte compétence et expérience, qui sont deux choses distinctes, mais profondément imbriquées», estime James Stavridis, ancien commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en Europe, qui a travaillé avec une grande partie de la nouvelle équipe Biden. «Il y a des adjoints qui accèdent à des rôles principaux, du personnel chevronné qui retourne au travail. Ils ont tendance à être calmes et centrés et ils ne se battront pas tous pour le ballon.»

«Ils connaissent leurs homologues à l’étranger et ils savent qui appeler au téléphone», a soutenu M. Stavridis. «C’est une approche complètement différente de ce que nous avons vu avec l’équipe Trump — et j’hésite à l’appeler une équipe parce qu’ils ne fonctionnaient pas très bien ensemble.»

Contrastes avec Trump

Il y a quatre ans, les candidats aux postes du cabinet ont défilé dans le hall doré de la tour Trump, le gratte-ciel de Manhattan du président élu, à la vue des journalistes et des caméras de télévision. Les candidats se sont disputés publiquement pour des postes, les assistants de Donald Trump se sont mutuellement attaqués dans les médias et le nouveau président a même invité à souper un candidat au poste de secrétaire d’État, Mitt Romney, pour une audition publique et finalement infructueuse.

À l’inverse, le processus d’embauche de Joe Biden a été mené à huis clos ou, en raison de la pandémie, sur Zoom et par téléphone. Les fuites aux journalistes ont été rares. Et le public n’a eu son premier aperçu des choix de M. Biden que lorsqu’ils ont pris leur place sur une scène du Delaware.

Un autre changement a été le manque flagrant d’hommages de la part des membres du personnel à propos de leur patron, une différence marquée des longs discours de vénération livrés par les candidats de M. Trump. Une autre différence: aucun des candidats de Joe Biden n’était un membre de sa famille.

«Le contraste entre les choix de Biden et les choix de Trump est comme le jour et la nuit: les choix de Biden sont aptes, sensés et jouent bien ensemble dans le bac à sable», a illustré Steve Rattner, un ancien conseiller économique de Barack Obama.

«Biden préfère les personnes qu’il connaît depuis des décennies. Trump a choisi Rex Tillerson parce qu’il pensait qu’il ressemblait à un secrétaire d’État.»

C’est une approche risquée, cependant. De nombreux démocrates progressistes ne cherchent pas simplement un retour aux années Obama, qui en ont laissé plusieurs sur leur faim, frustrés par la lenteur du changement.

Les républicains ne sont pas non plus impressionnés par les embauches de M. Biden.

«Les choix du cabinet de Biden sont allés aux écoles de l’Ivy League, ont des CV solides, assistent à toutes les bonnes conférences et seront les gardiens polis et disciplinés du déclin de l’Amérique», a ironisé le sénateur républicain de la Floride Marco Rubio, qui pourrait à nouveau se présenter à la présidence en 2024.

Le processus chaotique de Trump

Le processus de recrutement de Donald Trump a été caractérisé par un chaos de sa propre initiative. Il a largué l’homme responsable de sa transition — l’ancien gouverneur Chris Christie — et plus de 30 classeurs que M. Christie avait préparés pour son plan d’embauche.

Le tumulte n’a pas pris fin une fois qu’il est devenu président.

Alors que quelques-uns de ses choix étaient des choix de «l’establishment», comme le général de la Marine Jim Mattis pour diriger le Pentagone, la plupart provenaient du secteur des affaires — dont M. Tillerson au département d’État et Steven Mnuchin au département du Trésor. Son conseiller principal, Steve Bannon, avait pour sa part déclaré qu’il voulait superviser «la destruction de l’État administratif».

Donald Trump a eu un roulement de personnel plus constant que n’importe quel prédécesseur moderne — son premier conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, n’a pas duré un mois — et il a déclaré une guerre informelle contre l’appareil bureaucratique fédéral une fois qu’une enquête sur ses liens avec la Russie a commencé.

Profondément méfiant à l’égard de ce qu’il considérait comme «l’État profond», M. Trump a laissé de nombreux postes vacants dans les agences fédérales, a limogé des fonctionnaires qu’il jugeait insuffisamment fidèles, a encouragé les combats internes de son personnel et, avec des attaques publiques incessantes, a ébranlé la confiance des Américains envers leurs propres institutions.

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