Joe Biden réfléchit à embaucher des candidats défaits dans son administration

DES MOINES, Iowa — En politique, il peut parfois y avoir des avantages à perdre.

Le président désigné Joe Biden envisage d’embaucher dans son administration plusieurs candidats défaits lors des élections du mois dernier. Il s’intéresse notamment aux représentantes sortantes Abby Finkenauer et Donna Shalala, ainsi qu’au sénateur Doug Jones.

Leur considération perpétue une longue tradition à Washington de politiciens défaits qui trouvent refuge dans une nouvelle Maison-Blanche. Décrocher un emploi dans une nouvelle administration peut à la fois positionner les candidats perdants pour les campagnes futures et permettre au prochain président d’avoir des relations importantes au Capitole.

«C’est bien d’avoir des gens qui savent comment parcourir les couloirs du Congrès», a indiqué Andrew Card, qui a dirigé la transition de George W. Bush et qui a ensuite été chef de cabinet du président républicain.

L’équipe de transition de Joe Biden a refusé de commenter ses prochaines nominations. Il a déjà dévoilé une grande partie de son équipe économique et de sécurité nationale et devrait bientôt annoncer des choix pour des postes clés dans le secteur de la santé.

Des relations personnelles importantes

Mais il reste encore un grand nombre de postes importants au cabinet à pourvoir, dont les dirigeants des départements de la Justice, du Travail, du Commerce et des Transports. Alors que M. Biden évalue ses options, son lien personnel avec certains des candidats vaincus pourrait s’avérer important.

Abby Finkenauer, qui pourrait être candidate au poste de secrétaire du Travail, doit en partie ses débuts en politique à M. Biden. En tant qu’étudiante, elle a travaillé sur sa campagne présidentielle de 2008. Une décennie plus tard, il avait fait une apparition à un rassemblement de Mme Finkenauer pour souligner sa campagne victorieuse au Congrès. Elle était un appui clé de Joe Biden lors des caucus de l’Iowa.

«Je sais qu’ils ont une longue relation, et qu’ils se soutiennent mutuellement», a déclaré Teri Goodman, ancienne directrice adjointe de la ville de Dubuque, qui est une partisane de Joe Biden depuis des décennies et qui a été témoin de l’ascension de Mme Finkenauer.

La politicienne, qui briguait un deuxième mandat dans un district rural de l’Iowa, a essuyé une défaite serrée. Mais depuis ce temps, l’ancienne élue d’État, qui est reconnue pour avoir fait la promotion des syndicats d’employés publics, a eu des conversations avec de hauts responsables de la transition de M. Biden sur le département du Travail, selon des sources démocrates bien au fait des échanges.

M. Jones, quant à lui, est en lice pour diriger le département de la Justice, en partie grâce son travail en tant qu’avocat, qui a aidé à condamner des membres du Ku Klux Klan pour l’attentat à la bombe contre une église de Birmingham qui a tué quatre filles noires.

Il a remporté de justesse une élection spéciale en Alabama en 2017, mais a perdu sa réélection le mois dernier. Il entretient également une relation personnelle de longue date avec le président désigné, qui remonte à la première campagne présidentielle de Joe Biden en 1988.

M. Biden avait pris la parole lors du coup d’envoi de la campagne de Doug Jones en 2017. «Il connaît votre cœur et ne vous laissera jamais tomber», a-t-il dit sur lui. Et il a été le premier à lui téléphoner le 3 novembre après qu’il eut perdu son siège au profit du républicain Tommy Tuberville.

Donna Shalala est probablement celle qui est la mieux préparée pour faire partie de l’administration. Elle a été la secrétaire de la Santé et des Services sociaux de Bill Clinton pendant huit ans et a ensuite dirigé l’Université de Miami avant de remporter un siège à la Chambre des représentants en 2018. Elle a été contactée par les représentants de M. Biden.

D’anciens rivaux à l’étude

Au-delà des membres sortants du Congrès, M. Biden envisage également ses anciens rivaux des primaires démocrates pour des emplois. Il a déjà nommé la sénatrice californienne Kamala Harris en tant que colistière.

M. Biden réfléchit notamment à confier des responsabilités à Pete Buttigieg, l’ancien maire de South Bend, en Indiana, qui a mené une solide campagne au début des primaires. Joe Biden a déjà exprimé son affection particulière pour M. Buttigieg, qui a été l’un des premiers candidats à abandonner la course et à appuyer la campagne Biden.

Le gouverneur du Montana Steve Bullock, qui a perdu sa course au Sénat après avoir abandonné la course à la Maison-Blanche, pourrait peut-être aboutir au département de l’Agriculture. Une autre candidate potentielle pour ce poste est l’ancienne sénatrice Heidi Heitkamp, qui a fait de la revigoration de l’Amérique rurale l’un de ses combats.

«S’ils pensent que je peux être utile, alors tant mieux», a dit Mme Heitkamp à l’Associated Press récemment.

Une longue tradition

Les présidents se sont souvent tournés vers des rivaux pour pourvoir des postes. Le républicain Donald Trump avait choisi Rick Perry comme secrétaire de l’Énergie et Ben Carson pour le Logement et le Développement urbain. Le démocrate Barack Obama avait nommé son ancienne adversaire Hillary Clinton comme secrétaire d’État après les élections de 2008.

La défaite du sénateur du Missouri, John Ashcroft, en 2000 a ouvert la voie à ses quatre années en tant que procureur général sous George W. Bush.

L’ancien chef de la majorité au Sénat, Tom Daschle, du Dakota du Sud, qui a perdu son élection en 2004, avait été choisi après les élections de 2008 par Barack Obama pour diriger la Santé et les Services sociaux. M. Daschle avait finalement retiré sa candidature lorsque des questions avaient été soulevées sur le fait qu’il n’avait pas déclaré et payé correctement ses impôts.

Le candidat au Congrès qui a le plus profité de sa défaite au cours des 50 dernières années est George H. W. Bush, qui, en tant que membre de la Chambre des représentants, avait perdu sa course au Sénat en 1970 contre le démocrate Lloyd Bentsen.

En guise de consolation, le président Richard Nixon avait nommé M. Bush comme ambassadeur aux Nations Unies, une déception pour le nouveau venu qui espérait un poste au Trésor. Mais il est finalement devenu ambassadeur en Chine, et ces expériences ont été précieuses lorsque, en tant que président, il s’est retrouvé à la tête d’une coalition mondiale dans l’opération Tempête du désert.

«L’importance est que ce fut le début de son auto-éducation et de son expertise dans les affaires étrangères», a indiqué Chase Untermeyer, directeur du personnel de la Maison-Blanche sous l’administration de George H. W. Bush.

Maintenir un lien avec le Congrès

Dans une Maison-Blanche dirigée par un vétéran du Capitole comme Joe Biden, une équipe ayant une expérience au Congrès est particulièrement précieuse pour ceux qui entourent le président, car M. Biden connaît bien les règles et de nombreux membres.

Mais étant donné que M. Biden n’a pas été sénateur depuis près d’une douzaine d’années, Andrew Card note que ceux qui ont une expérience plus récente au Congrès seraient utiles.

«En plus d’aider le président, ces personnes peuvent aider le personnel de la Maison-Blanche à faire face aux membres du Congrès, a-t-il soutenu. Ils savent où se trouve la salle d’entraînement du Congrès et comment être invités à un déjeuner du Congrès. Et c’est un avantage.»

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