Joe Biden, un retardataire chronique depuis toujours

WILMINGTON, Del. — Joe Biden était en retard. Encore.

Dernièrement, un vendredi, le candidat démocrate venait tout juste de s’excuser pour avoir prononcé un discours en retard, mais après, il a pris plus de questions que prévu lors d’une conférence de presse. Quand cela s’est finalement terminé, son cortège a quitté l’endroit rapidement, assez pour oublier un journaliste qui suivait le candidat.

Mais quand la file de voitures blindées et noires est arrivée à la maison de M. Biden en banlieue de Wilmington, elle a soudainement inversé sa trajectoire et est repartie — cette fois vers une succursale de la banque M&T à proximité. Le prochain événement de Joe Biden, une collecte de fonds virtuelle, devait être déjà en cours. Au lieu de cela, il s’est attardé à un guichet automatique.

L’ancien vice-président s’est plus tard excusé aux donateurs réunis en ligne, se justifiant en disant qu’il avait été retenu par une «conférence de presse importante». Il n’a pas parlé de son détour au guichet automatique.

Avec leur emploi du temps chargé, leur intérêt de rencontrer le plus de monde possible et leur tendance naturelle à la verbosité, la plupart des candidats à la présidentielle — et les présidents qu’ils deviennent parfois — arrivent rarement à l’heure. Mais même en tenant compte des retards normaux de campagne, Joe Biden a repoussé les limites dernièrement.

Il était en retard de plus de 90 minutes à un discours et à une autre conférence de presse à Wilmington la semaine dernière. Le lendemain, il est arrivé seulement 20 minutes avant le début d’une assemblée publique télévisée; il a eu à peine le temps de brancher son microphone et de se préparer à aller en ondes. Par la suite, son cortège était déjà en mouvement, mais il a dû s’arrêter étant donné que le candidat souhaitait discuter avec un groupe de pompiers.

Lorsque Joe Biden a livré un discours au Constitution Hall de Philadelphie, dimanche, il était 25 minutes en retard.

«Quand on entre dans l’automne, chaque semaine ressemble à un mois, chaque jour ressemble à une semaine, chaque heure ressemble à un jour, chaque minute ressemble à une heure», a illustré Chris Lehane, un ancien conseiller politique du président Bill Clinton.

«Le temps devient très élastique.»

La pandémie a d’autant plus compliqué la logistique des événements, d’autant plus que l’équipe de Joe Biden cherche à respecter la distanciation physique et à limiter les grands rassemblements — ce que le président Donald Trump ne fait pas.

L’ancien vice-président avait déjà tendance à être en retard bien avant la pandémie, ce qui faisait soupirer ses partisans, et même certains membres de son équipe.

Pas tous en retard

Tous les présidents ou candidats espérant occuper la Maison Blanche ne sont pas chroniquement en retard. George W. Bush avait pour règle de toujours commencer à l’heure.

«Il était toujours à l’heure, tôt. Et se moquait des gens qui ne l’étaient pas», s’est souvenu Doug Wead, conseiller des deux présidents Bush, qui est maintenant auteur et commentateur.

«Mais je ne sais pas si cela a fait de lui un meilleur président.»

M. Wead se souvient que les habitudes de George H.W. Bush variaient; il arrivait parfois tôt, parfois tard. Barack Obama était souvent en retard. Donald Trump aussi, et avec la pandémie, il a pris l’habitude de convoquer des conférences de presse sur Twitter à seulement quelques minutes de préavis — avant de supprimer ses messages et d’envoyer des mises à jour avec des heures ultérieures sans explication.

«L’heure normale Clinton»

Dans l’histoire récente, toutefois, on a rarement vu un président arriver en retard aussi souvent que Bill Clinton. Son ignorance de l’heure était si connue de tous, que ceux qui le connaissaient en Arkansas parlaient de «l’heure normale Clinton», qui était souvent au moins 15 minutes en retard. Lorsqu’il s’est présenté au poste de président en 1992, l’expression était devenue «l’heure Elvis», puisqu’il fallait ajouter une ou deux heures à l’heure prévue des événements. 

Il arrivait aussi que M. Clinton change complètement ses plans à l’improviste, ce qui n’était pas facile à gérer avec les services secrets, les employés et les journalistes qui le suivaient.

Dans un incident devenu célèbre, l’équipe qui suivait M. Clinton s’était rendue en hélicoptère dans un golf de la Virginie pour une retraite du Sénat. Le président avait tellement aimé l’endroit qu’il avait décidé de passer la nuit et de jouer au golf le lendemain. Cela avait obligé la presse à faire un détour vers le Kmart pour que les journalistes puissent acheter des brosses à dents et des vêtements de rechange.

Pendant les campagnes, presque tous les politiciens sont en retard parce que lorsqu’ils ont une chance de rencontrer les électeurs, ils veulent prendre leur temps, sachant très bien que les interactions personnelles peuvent être payantes politiquement.

«Je n’ai pas encore été dans une campagne où on peut intégrer efficacement ces transitions entre les événements, a expliqué M. Lehane. Parce que le candidat sait que chaque seconde est importante et veut les utiliser toutes pour essayer de connecter avec les électeurs.»

«Un sixième sens» avec les électeurs

C’était particulièrement vrai avec M. Clinton. Mais c’est aussi vrai avec M. Biden.

«On s’habitue à penser que c’est une poignée de main et une photo rapide, mais ce n’est pas le cas du vice-président», a indiqué John Flynn, qui était le chef de cabinet itinérant de M. Biden pendant les dernières années de l’administration Obama.

«Il a ce sixième sens, qui lui permettait de pressentir une chose unique à propos de la personne — ou à propos de ce passait dans la vie de la personne — et il creusait vraiment pour établir un lien personnel», a-t-il précisé.

Lors d’une récente discussion virtuelle avec la colistière de Joe Biden, Kamala Harris, Barack Obama l’avait prévenue qu’elle serait souvent en retard.

«Si tu as un événement commun, il peut prendre un peu plus de temps que ce qui apparaît sur l’horaire, car il parlera à chaque personne», a-t-il soutenu.

Il arrive que Joe Biden arrive exceptionnellement à l’heure, lorsque sa femme, Jill, voyage avec lui. Mais en ce moment, Jill Biden fait souvent campagne seule. Son mari passe donc ses journées seul et sa campagne prévient que les heures des événements sont au mieux «théoriques».

Ce n’est pas nouveau.

M. Lehane s’est souvenu de quand il dirigeait le groupe de démocrates au Amherst College en 1989. Joe Biden, alors sénateur, était en visite et devait offrir un discours de 45 minutes. Il avait plutôt parlé pendant des heures, et avait discuté avec presque tout le monde dans la salle. Il était resté tellement longtemps qu’une tempête avait éclaté, provoquant l’annulation de son vol. M. Biden s’était dirigé vers les dortoirs avec les autres étudiants, avait commandé de la bière et de la pizza, et avait dormi dans une salle commune, en dessous d’une affiche de Bob Marley.

«C’était il y a plus de 30 ans. C’est exactement le même gars aujourd’hui», a affirmé M. Lehane.

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