Joe Clark «émissaire spécial» pour un siège au Conseil de sécurité

OTTAWA — L’ex-premier ministre conservateur Joe Clark, qui avait aussi été ministre canadien des Affaires étrangères, se rend cette semaine dans le golfe Persique et en Afrique afin de mousser la candidature du Canada pour un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais sa tâche ne sera pas facile, estiment des observateurs.

M. Clark a entamé lundi une mission d’une semaine en Algérie, à Bahreïn, au Qatar et en Égypte. L’«émissaire spécial» tentera de convaincre les capitales de ces pays d’appuyer en juin la candidature du Canada pour un siège non permanent de deux ans au sein de l’organisme le plus puissant de l’ONU.

S’il réussit, le gouvernement libéral de Justin Trudeau affirme que le Canada continuera de travailler pour renforcer le multilatéralisme, favoriser la paix, lutter contre les changements climatiques, promouvoir la sécurité économique et faire progresser l’égalité des genres.

Bessma Momani, spécialiste du Moyen-Orient à l’Université de Waterloo, affirme que la pression du Canada en faveur des droits des femmes ne sera pas très bien accueillie dans certains pays. «Le peuple (de ces pays) tient certainement le Canada en haute estime, indépendamment de ce que les gouvernements peuvent penser», a déclaré M. Momani. «Les gens font toujours la queue pour immigrer ici.

«Certes, notre récent accent sur les droits de la personne et les droits des femmes n’est probablement pas reçu aussi favorablement dans cette partie du monde, qui a tendance à avoir des valeurs plus conservatrices et qui fait partie des régions autocratiques du monde.»

Le premier ministre Trudeau s’est rendu en Éthiopie et au Sénégal en février dans le cadre de la campagne de son gouvernement pour le siège au Conseil de sécurité. Plusieurs ministres ont également visité des pays africains ces derniers mois, dont le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne.

Le scrutin secret à l’Assemblée générale des Nations unies a lieu en juin pour un mandat de deux ans commençant l’année prochaine. L’Afrique, avec ses 54 membres votants, constitue un bloc clé dans cette lutte acharnée qui oppose le Canada à la Norvège et à l’Irlande pour les deux sièges disponibles dans cette partie du monde. Les deux pays européens dépensent plus par habitant que le Canada en aide étrangère, ce qui est perçu par de nombreux analystes comme un obstacle aux chances du Canada de décrocher le siège.

M. Clark est un choix approprié pour faire campagne dans cette région, mais il aura du pain sur la planche, a estimé Fen Hampson, un expert de l’Université Carleton qui a écrit un livre récent sur la politique étrangère de l’ancien premier ministre Brian Mulroney. M. Clark avait été ministre des Affaires extérieures dans le gouvernement Mulroney.

«Les dirigeants africains qui ont une bonne mémoire se souviendront du rôle important que Joe Clark et Brian Mulroney ont joué dans le Commonwealth en aidant à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud et en intervenant également dans la crise de la famine en Éthiopie», a soutenu M. Hampson.

«Nous avons également ouvert nos coffres avec une aide généreuse au développement au cours de ces années. Malheureusement, l’engagement plus récent du Canada dans la région, sous des gouvernements successifs, souffre par rapport à notre rôle dans les années 1980 et 1990, et c’est là le noeud du problème — et notre défi à obtenir que les Africains votent pour nous.»

C’est au cours de l’ère Mulroney que le Canada a inventé la pratique des «émissaires spéciaux» pour faire campagne lorsqu’il a décroché un siège au Conseil en 1988, a rappelé Adam Chapnick, professeur au Collège militaire royal.

«En règle générale, vous n’envoyez pas d’émissaires spéciaux à l’autre bout du monde, à moins que vous ne pensiez qu’il existe une chance raisonnable d’obtenir un oui et que vous ne vous attendez pas à ce que les stratégies de campagne normales soient suffisantes pour conclure», a estimé le professeur Chapnick. «En général, en ce qui concerne les campagnes du Conseil de sécurité, nous faisons mieux dans le Golfe et au Moyen-Orient, en gros, que ce que les gens pourraient croire.»