John A. MacDonald déboulonné: Legault va restaurer la statue et la replacer

OTTAWA — François Legault a déjà décidé du sort de la statue déboulonnée et décapitée de John A. MacDonald.

«On va la restaurer, et puis la remettre en place», a-t-il tranché lundi.

«C’est inacceptable. Ce n’est pas vrai qu’une poignée de personnes vont commencer à démolir ce qui fait partie de notre histoire. Je pense que oui, on est tous d’accord qu’il faut lutter contre le racisme, mais, à un moment donné, ce n’est pas une démocratie quand on commence à déboulonner des statues comme ça», a protesté le premier ministre du Québec.

«Nous devons respecter l’histoire», a-t-il ajouté plus tard en anglais. «Nous pourrons avoir des discussions dans les années à venir à propos de possibles changements, mais maintenant, la décision prise est qu’elle sera remise à sa place», a-t-il maintenu.

Avant sa sortie, les politiciens fédéraux qui ont eu à réagir aux événements de samedi avaient tous, d’une même voix, dénoncé l’acte de vandalisme qui a arraché de son socle la statue. Cependant, leurs réactions étaient teintées de nuances.

Le premier ministre Justin Trudeau, de passage à Montréal lundi, a dit qu’il fallait «comprendre et entendre l’impatience» de ceux qui dénoncent le racisme systémique et réclament des changements pour y mettre fin rapidement.

«Mais (…) d’utiliser le vandalisme pour faire avancer des causes, ça n’aidera personne», a-t-il jugé, tout en se disant lui-même impatient de voir les choses changer.

Il a appelé plutôt à une «conversation mature» pour décider de quelle manière il faudrait se souvenir des dirigeants passés.

«C’est aux différentes communautés et aux différentes villes de choisir comment on va se souvenir de notre histoire. (…) Ce n’est pas à un petit groupe de décider unilatéralement qu’on ne doit pas reconnaître ou célébrer cette personne-ci ou une autre», a-t-il déclaré.

Invité à dire si d’autres premiers ministres devraient aussi être sévèrement jugés pour ne pas avoir aboli les pensionnats pour Autochtones créés par John A. MacDonald, Justin Trudeau n’a pas hésité à pointer un autre Trudeau.

«Je pense qu’on peut aussi poser la question par rapport à mon père. Je pense qu’on doit poser des questions par rapport à tous nos anciens premiers ministres (…) qui ont sûrement fait beaucoup de bonnes choses mais qui, aussi, ont fait quelques erreurs», a-t-il souligné. 

«Mais en même temps, on doit être ancrés dans comment on va améliorer notre société aujourd’hui et pour les journées à venir», a-t-il conseillé.

Il a également dénoncé la droite et la gauche qui utilisent pareils événements pour diviser la société canadienne. Il n’a, cependant, adressé ce reproche à personne en particulier.

Après les événements de samedi, le premier ministre conservateur de l’Alberta, Jason Kenney, a offert le gîte à la statue déboulonnée et décapitée.

L’offre n’a pas semblé amuser le premier ministre Legault. «Il n’est pas question de l’envoyer en Alberta», a-t-il laissé tomber.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet, lui, n’a pas hésité à s’en moquer.

«Moi je suis prêt à la mettre dans une belle caisse avec des plumes. Je le laisserai fournir le goudron. Et ça partira là-bas», a-t-il offert.

Puis, il a proposé que le nom du parc montréalais et de la prochaine statue qui y trônera «soit plus proche d’un Louis Riel que d’un John A. MacDonald».

«Je ne suis sympathique à aucune forme de vandalisme», avait-il dit au préalable. «Par contre, je vous dirais que je ne suis pas le responsable des relations publiques du conquérant. Qu’il règle son problème lui-même», avait-il lancé.

Le nouveau chef conservateur Erin O’Toole, lui, s’est exprimé sur son fil Twitter au cours de la fin de semaine pour venir à la défense de son prédécesseur conservateur.

«Le Canada n’existerait pas sans Sir John A. Macdonald. Nous ne construirons pas un avenir meilleur en défigurant notre passé. Il est temps pour les politiciens d’arrêter de se plier face aux activistes radicaux et de se tenir debout pour le Canada», a-t-il écrit. 

Son collègue député conservateur Alain Rayes a aussi utilisé Twitter pour s’en prendre à ses adversaires politiques, lundi.

«Justin Trudeau et Yves-François Blanchet ne prennent pas la situation au sérieux», a-t-il accusé.

En entrevue téléphonique, M. Rayes s’est dit «tout à fait d’accord» avec le premier ministre Legault. Il veut revoir la statue sur son socle.

«John A. MacDonald fait partie de notre histoire, comme tous les autres premiers ministres, et ce n’est pas en cachant des choses qu’on va pouvoir améliorer la société», a-t-il dit.

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