Danielle Smith critiquée pour sa défense des non-vaccinés victimes de discrimination

La toute nouvelle première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, soutient qu’elle ne voulait pas banaliser les préjugés auxquels sont confrontés les groupes minoritaires lorsqu’elle a suggéré que de toute son existence, personne n’aura souffert de plus de discrimination que les non-vaccinés.

Ce commentaire de Mme Smith, lors de son tout premier jour au poste de première ministre, a suscité des critiques de partout au Canada – y compris de son homologue de la Colombie-Britannique voisine, John Horgan, qui l’a qualifié de «risible». Au moins une organisation juive soutient avoir contacté son bureau pour exprimer son inquiétude.

Mme Smith a déclaré mercredi dans un communiqué qu’elle avait simplement voulu souligner les mauvais traitements infligés aux personnes qui avaient choisi de ne pas se faire vacciner.

«Je veux être claire sur le fait que je n’avais pas l’intention de banaliser de quelque manière que ce soit la discrimination à laquelle sont confrontés les communautés minoritaires et d’autres groupes persécutés, ou de créer de fausses équivalences avec la terrible discrimination et la persécution historique subies par tant de groupes minoritaires», indique la première ministre désignée.

Danielle Smith, âgée de 51 ans, a été assermentée mardi en tant que nouvelle première ministre de l’Alberta. Les militants du Parti conservateur uni l’avaient élue jeudi dernier à l’issue d’une course à la direction pour remplacer Jason Kenney aux postes de chef du parti et de premier ministre de l’Alberta. 

Lors de sa première conférence de presse dans ses nouvelles fonctions, mardi, Mme Smith a promis qu’elle allait secouer les plus hauts échelons du système de santé albertain d’ici trois mois, et qu’elle modifierait la loi provinciale sur les droits de la personne afin de protéger ceux qui choisissent de ne pas se faire vacciner contre des maladies comme la COVID-19.

«(Les non-vaccinés) ont été le groupe le plus discriminé que j’aie jamais vu de toute ma vie, a-t-elle déclaré. Je ne pense pas avoir déjà vécu une situation dans ma vie où une personne a été renvoyée de son travail, ou n’a pas été autorisée à regarder ses enfants jouer au hockey, ou n’a pas été autorisée à rendre visite à un être cher en soins de longue durée ou à l’hôpital, pas le droit de monter dans un avion pour traverser le pays pour voir sa famille, ou même traverser la frontière.»

«Risible, franchement»

John Horgan, qui doit quitter son poste de premier ministre de la Colombie-Britannique plus tard cette année, a déclaré dans une entrevue à la station de radio C-FAX de Victoria que le monde venait de traverser une période sans précédent avec la pandémie de COVID-19 – «rien de comparable depuis plus de cent ans, depuis la grippe espagnole», a-t-il dit.

«Que la nouvelle première ministre se concentre sur une tranche de la population qui a choisi de ne pas se faire vacciner alors qu’il y a tous ces autres défis me semble à courte vue (…) C’est risible, pour être bien franc.».

Les données du gouvernement albertain indiquent que plus de 82 % de la population totale de la province a reçu une première dose de vaccin contre la COVID-19 et près de 78 % a reçu deux doses.

L’organisme Jewish Edmonton a indiqué sur les réseaux sociaux qu’il souhaitait rencontrer Mme Smith pour discuter de l’antisémitisme et de la discrimination dans la communauté.

La mairesse de Calgary, Jyoti Gondek, a déclaré sur Twitter qu’il y avait beaucoup de choses qu’elle pouvait dire à ce sujet. «J’ai choisi de me concentrer sur la démonstration à cette première ministre du travail que notre ville continue de faire en matière d’antiracisme, de relations autochtones, de commémoration de l’Holocauste, d’alliance avec la communauté LGBTQ2S+ et de sensibilisation fondée sur l’équité, a-t-elle écrit. En d’autres termes, un travail qui compte.»

Duane Bratt, politologue à l’Université Mount Royal de Calgary, estime que les commentaires de Mme Smith seraient risibles s’ils ne venaient pas de la bouche d’une première ministre. «Ça illustre bien ce qui a motivé sa campagne (à la chefferie) et qui sont ses partisans», a-t-il déclaré.

Il trouve offensante la hiérarchie des discriminations choisie par Mme Smith, parce que pendant ses 51 années d’existence, il y avait des stérilisations forcées de femmes autochtones et des pensionnats pour enfants autochtones jusque dans les années 1990. M. Bratt rappelle aussi que jusqu’en 2005, le mariage entre conjoints de même sexe n’était pas légal partout au pays.

Le professeur Bratt souligne que l’ethnicité, la religion, l’orientation sexuelle ou les handicaps ne sont pas des choix personnels, contrairement à la décision de ne pas se faire vacciner.

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