Jour 1 pour les visites d’aînés en résidence: joie et déception pour une petite-fille

MONTRÉAL — Lundi était un jour de retrouvailles alors que des proches aidants pouvaient finalement être admis à nouveau dans les CHSLD et les résidences pour aînés. Comme d’autres, Véronique Rioux y était au jour un, pour revoir sa grand-mère de 101 ans qui lui a manqué pendant l’interdiction de visites entraînée par la pandémie de la COVID-19.

Elle était tellement contente, a-t-elle dit de sa grand-mère après sa visite lundi après-midi, dans un CHSLD privé de Montréal.

Mais elle en a perdu, a constaté Mme Rioux.

«Elle a tellement eu de l’anxiété, de la peine de ne pas nous voir, la solitude… puis ça a beaucoup travaillé dans sa tête tout cela. J’ai remarqué qu’elle a un peu de difficulté à s’exprimer.»

En deux mois, elle a changé, a-t-elle relaté. Sa grand-mère dit avoir trouvé les deux derniers mois «extrêmement difficiles».

Mais lundi, pour elle aussi la joie prenait le dessus.

«Et j’ai pu lui dire que j’allais revenir demain», s’est-elle réjouie.

Mais sa «mémé», comme elle l’appelle affectueusement, n’a presque rien entendu de ce qu’elle lui a raconté lundi.

La résidence de Marguerite Bianchi a installé un petit parloir, où grand-mère et petite-fille ont dû se tenir à deux mètres de distance. C’était trop loin pour la centenaire qui a des problèmes d’audition. Le masque de protection que Véronique Rioux portait l’empêchait de lire sur ses lèvres.

En plus du masque, Mme Rioux a dû faire prendre sa température et attester qu’elle n’avait pas de symptômes de la COVID-19 avant d’entrer.

Suspension des visites

Les visites ont été suspendues depuis la mi-mars environ dans les résidences pour aînés, afin d’éviter la propagation de la COVID-19, ou, encore mieux, pour l’empêcher d’y entrer.

Mais beaucoup s’étaient inquiétés de l’impact de ces mesures sur l’équilibre mental et physique de ces aînés dont les activités sont pour certains déjà très réduites.

Si la Santé publique avait déjà autorisé les proches aidants bien connus des résidences pour personnes âgées à aller aider les membres de leur famille, cela n’avait pas vraiment fonctionné dans la réalité, a confié la semaine dernière Mélanie Perroux, coordonnatrice de développement au sein du Regroupement des aidants naturels du Québec (RANQ).

La semaine dernière, l’organisme s’était réjoui de l’annonce du gouvernement du Québec visant l’obligation pour tous les établissements de soins de longue durée de permettre aux personnes proches aidantes «significatives», soit celles qui étaient déjà présentes sur une base régulière avant la pandémie, d’entrer pour soutenir leur proche dès lundi.

«Les dernières semaines démontrent ce que les organismes de proches aidants tels que le RANQ disent depuis de nombreuses années: les proches aidants assument des services et des soins essentiels aux plus vulnérables, mais surtout, assurent un soutien psychologique primordial à la qualité et au désir de vie», soutenait l’organisme.

Lundi, les résidences pour aînés commençaient à rouvrir leurs portes aux proches, selon différentes façons de procéder.

Par exemple, le CISSS de Laval a fait savoir que les proches aidants déjà connus des résidences seraient contactés pour établir le moment de la première visite dans ses CHSLD publics. Ils pourront alors faire des visites dans les chambres des résidants, en portant toute la gamme d’équipements de protection individuelle: masque, visière, blouse et gants.

L’endroit où Marguerite Bianchi habite — le CHSLD Angus, situé au coeur même du complexe d’habitation Les Appartements du Square Angus pour aînés autonomes et semi-autonomes — n’a enregistré aucun cas de COVID-19, a expliqué Mme Rioux, qui souligne que les soins donnés à sa «mémé» sont extraordinaires et que les mesures prises pour assurer la sécurité des aînés le sont tout autant. Lors des deux derniers mois, les employés ont notamment apporté des tablettes aux résidants pour qu’ils puissent parler à leurs proches en voyant leur visage.

Pendant que Véronique Rioux attendait pour entrer, des résidants autonomes sortaient se promener, profitant de leur liberté retrouvée depuis peu. Tous arborant le masque, ils franchissaient les portes dans une bouffée d’air parfumé au désinfectant.

Mais elle était tout de même un peu déçue lundi quand elle a aperçu le «parloir» installé dans le hall d’entrée de la résidence.

Elle aurait aimé voir sa «mémé» dans sa chambre au lieu du salon où un employé a dû l’emmener en fauteuil roulant.

Mais demain, un plexiglas sera installé, tout comme des haut-parleurs, et Mme Rioux est convaincue que cela va mieux se passer.

«On va pouvoir communiquer demain», a-t-elle lancé. Sa grand-mère lui a déjà demandé de rester «un peu plus longtemps».

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Fait-on, vraiment, ce qu’il y a de mieux; ou évite-t-on de faire le pire, du moins bon, moins bien?

La question vaut tant pour les décideurs et gestionnaires que pour le monde en général.

Que des ainé.e.s ou handicapé.e.s se voient séquestré.e.s, interminablement, en résidences, de quelque nature qu’elles soient; cela induit-il ou préserve-t-il plus de positif que de négatif?

Ou ne se trouve-t-on pas ainsi qu’à pousser plus encore, jusqu’à son extrême limite, la seule « logique » de prolongement à tout prix de la vie, aussi longuement que possible, indépendamment de ce qui en reste ou n’en reste plus – de vie digne de ce nom ou digne tout court? « Logique » inaugurée et agie par l’avènement de toute cette panoplie de médication à n’en plus finir, traitements et chirurgies de toutes sortes, dont plusieurs, si ce n’est la plupart, n’ont pour but ou pour effet que de « prolonger ».

Ne faudra-t-il pas, sous peu, oser se les poser ces véritables bonnes questions ?

On ne voit guère, en effet, en quoi serait-on sur la voie de la Nouvelle Jérusalem, au constat qu’il ne semble pas y avoir moyen, par exemple, à court terme, de parvenir à faire diminuer les souffrances de personnes qui, en sus de celles de leur ‘séquestration’ forcée, auront à devoir endurer de surcroît une suffocante chaleur cette semaine.

Oui, qu’est-ce qui est le pire? Il sera « intéressant » de constater, dans quelques décennies, ce que l’Histoire en dira : risquer de mourir en bénéficiant de présence et accompagnement, réconfort, soutien et apaisement affectifs; ou ‘survivre’, indéfiniment ou pour un court temps, physiquement (seulement), en étant privé.e de (quasi) tout et tou.te.s; en vivant comme en prison, résidentielle, ainsi que d’âme et de corps ou de coeur, emmurés, contraints, éteints?

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