Soins de santé, crise du logement et troisième lien

Ce que vous devez savoir de la dixième journée de la campagne électorale fédérale.

OTTAWA — Au dixième jour de la campagne électorale, les chefs fédéraux critiquaient chacun les promesses des autres ; ce qui n’a pas empêché le chef bloquiste de rêver d’une campagne différente.

Le chef conservateur, attaqué lundi sur ses possibles intentions de privatisation de soins de santé, a voulu mettre les pendules à l’heure, mardi matin.

« Un premier ministre qui prend le système de santé au sérieux n’aurait pas déclenché une élection pendant une urgence sanitaire nationale. Et maintenant, de façon tout à fait incroyable, il menace de réduire le financement de la santé et de fermer des cliniques en pleine pandémie », a lancé Erin O’Toole, en point de presse dans son studio d’Ottawa.

Il faisait référence à l’engagement libéral de diminuer les transferts aux provinces qui, comme la Saskatchewan, permettent la livraison, par le secteur privé, de certains soins de santé.

M. O’Toole a de nouveau laissé entendre qu’il laisserait les provinces faire ce qu’elles veulent puisque lui va « toujours respecter les champs de compétence des provinces ».

Justin Trudeau, pendant ce temps, présentait ses promesses pour alléger la crise du logement.

Les libéraux veulent, entre autres, créer un nouveau compte d’épargne libre d’impôt pour les moins de 40 ans afin de faciliter l’achat d’une première maison. Ils imposeraient aussi une taxe anti-flip immobilier pour décourager les « rénovictions ».

Debout devant une maison en construction à Hamilton, en Ontario, M. Trudeau a dû faire face à une poignée de chahuteurs, situation qui se répète depuis qu’il a déclenché les élections, le 15 août.

Il y avait ceux qui dénonçaient le vaccin contre la COVID-19 et ceux qui lui reprochaient de ne pas avoir agi depuis six ans pour contrer la crise du logement.

Le chef libéral s’est donc éloigné à quelques reprises de ses notes d’allocution pour conseiller aux premiers d’aller se faire vacciner et aux seconds d’aller voter.

« C’est important que les gens comme ce jeune homme-là aient un choix à faire. Un choix entre une vision très concrète d’être encore ambitieux pour aider les familles avec notre plan libéral, les belles paroles du NPD ou bien une approche du Parti conservateur qui donne de l’aide aux mieux nantis au lieu de ceux qui en ont vraiment besoin », a-t-il ensuite offert, en réponse à une question de journaliste.

Le Nouveau Parti démocratique n’a pas tardé à dénoncer la promesse de M. Trudeau, y voyant une « stratégie libérale classique ».

« Pourquoi livrer une chose quand je peux seulement la promettre dans une élection », a ironisé Jagmeet Singh.

« Si Justin Trudeau avait voulu faire quelque chose, il a eu six ans [pour] faire quelque chose de nouveau. Et dans ces six ans, au lieu d’améliorer la situation, la situation s’est empirée », a accusé le chef néo-démocrate, en point de presse à Mississauga.

M. Singh applique le même raisonnement aux centres de soins de longue durée. Il a promis, mardi, d’interdire tout nouveau centre du genre qui serait à but lucratif.

À Pont-Rouge, le chef bloquiste a plaidé pour une campagne électorale qui se ferait sur un autre ton.

« C’est une réflexion qui m’a beaucoup habité dans les dernières heures, depuis hier », a-t-il confié en point de presse. « C’est comme si tout ne se définissait qu’en des mots […] presque militaires. C’est comme si c’était juste un affrontement entre quelqu’un qui va donner un coup à l’autre », s’est désolé Yves-François Blanchet.

Lutte pour le coeur de Québec

Le chef du Bloc québécois, en campagne dans la région de Québec, a finalement admis qu’il est plutôt d’accord avec la construction du troisième lien.

Jusque-là, Yves-François Blanchet se contentait de dire que si le gouvernement québécois veut le faire, Ottawa doit en financer une partie, sans dire ce qu’il pense de cette construction que des environnementalistes dénoncent.

Mardi matin, dans un champ de fraises à Pont-Rouge où son autobus de campagne s’est installé pour dénoncer la gestion des pesticides par les autorités fédérales, M. Blanchet a dit se mettre dans la peau de quelqu’un qui habiterait à Lévis ou Montmagny.

« Que je le fasse avec du transport collectif, que je le fasse avec mon auto, je vais être coupé d’une heure de route. Et on dit, sur des bases qui relèvent souvent de l’idéologie, d’intérêts partisans, »non, tu n’auras pas droit à ça ». Ça, ça me rend assez sensible aux arguments de la rive-sud de Québec, vraiment, vraiment », a-t-il offert.

Et à la journaliste qui insistait pour obtenir une déclaration claire sur ce troisième lien, « Je l’haïs pas. Je l’haïs pas », a répondu M. Blanchet.

Le chef du Bloc croit que le gouvernement Legault trouvera une façon de protéger l’environnement tout en livrant ce projet.

En après-midi, il a refusé d’en dire davantage.

« Ma campagne électorale ne porte pas sur le troisième lien, justement parce que c’est une juridiction québécoise », a-t-il laissé tomber.

M. Blanchet était à Wendake et voulait y parler de son offre d’une rencontre avec les Premières Nations pour explorer les façons d’abolir la Loi sur les Indiens.

« Évidemment, personne ne veut remplacer la Loi sur les Indiens par le vide. On doit remplacer par autre chose », a-t-il fait remarquer.

Promesses conservatrices pour les travailleurs

Le chef conservateur a poursuivi, mardi, son offensive de charme auprès des électeurs de la classe ouvrière.

M. O’Toole a promis de modifier la législation pour empêcher les cadres de se payer des primes tout en dirigeant une entreprise vers une restructuration, à moins que le régime de retraite ne soit entièrement financé.

Lundi, il avait promis une place garantie pour les travailleurs sur le conseil d’administration d’entreprises privées de plus de 1000 employés.

Mardi matin, dans le champ de fraises, M. Blanchet s’était montré sceptique.

« Si la relation toute nouvelle des conservateurs avec les milieux syndicaux est aussi crédible que leur relation toute nouvelle avec les milieux pro-choix, c’est inquiétant. […] Il y a une limite à l’invention d’idéologies contraires à ce qu’on est, en campagne électorale », a déclaré le chef bloquiste.

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Pendant ce temps la candidate bloquiste dans Gatineau, Geneviève Nadeau, qualifie «d’idée arriérée» le projet de possible sixième lien entre Gatineau et Ottawa qui serait pourtant beaucoup plus court et bien moins couteux que celui entre Québec et Lévis.

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