Jour 17: Transferts fédéraux pour la santé mentale avec ou sans conditions?

Ce que vous devez savoir de la dix-septième journée de la campagne électorale fédérale.

OTTAWA — Au 17e jour de la campagne électorale, deux chefs veulent financer la santé mentale, alors qu’un troisième leur reproche d’y attacher des conditions.

Si Justin Trudeau admet qu’il patauge dans les platebandes provinciales en promettant un nouveau transfert de 4,5 milliards $ en santé mentale, Erin O’Toole assure que sa promesse de financer les services de santé mentale vient sans condition aucune. Yves-François Blanchet n’en croit rien.

«On sait que c’est une responsabilité provinciale», a dit Justin Trudeau, mardi matin, à Ottawa, dans la cour arrière d’une maison où il tenait son point de presse du jour. «De ma perspective, le gouvernement fédéral continue d’avoir une responsabilité pour le bien-être de tous les Canadiens», a-t-il ajouté, citant «les leçons» de la pandémie et le fait qu’Ottawa a versé de l’aide financière aux provinces pour gérer la crise sanitaire.

Erin O’Toole a rappelé le «troisième pilier» de son plan, la santé mentale, mais a assuré que l’argent ira aux provinces, sans qu’elles aient à rendre de comptes.

«C’est pour le Québec de prendre les décisions sur leur système. Je sais qu’après la pandémie, avec les féminicides, la dépression chez nos jeunes, ça serait une priorité pour le gouvernement de M. Legault», a offert le chef conservateur, derrière le podium de son studio à Ottawa.

Pour le chef du Bloc québécois, c’est bonnet blanc, blanc bonnet.

«M. O’Toole dit »moi je vais transférer de l’argent au Québec et aux provinces en santé, sans conditions. Et à côté de ça, je vais mettre de l’argent en santé mentale, réservé à la santé mentale ». Il vient de défaire dans la deuxième phrase ce qu’il a fait dans la première phrase», de l’avis d’Yves-François Blanchet.

«Québec est le seul maître d’oeuvre en matière de santé; la santé incluant la santé mentale», a martelé le chef bloquiste.

Retour sur la laïcité

M. Blanchet était à Sherbrooke pour parler de laïcité. Il a réclamé, une fois de plus, que les chefs fédéraux s’engagent à ne pas financer, ni directement ni indirectement, une contestation de la loi québécoise sur la laïcité de l’État.

En Colombie-Britannique, la question a rattrapé le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD).

«La question de contestation, c’est un processus indépendant. Et ça doit rester indépendant. Ça ne doit pas être les politiciens qui disent oui ou non si quelqu’un veut contester une loi», a déclaré Jagmeet Singh, en rappelant son aversion pour cette loi «qui divise».

À Ottawa, Erin O’Toole, non plus, ne voulait pas garantir qu’aucun financement fédéral n’irait à la contestation devant les tribunaux.

«Le programme de contestation judiciaire est indépendant. C’est très important de respecter ça. Et je vais faire ça comme premier ministre», a promis le chef conservateur qui, du même souffle, assure que lui-même ne contestera pas la loi.

Justin Trudeau, pour sa part, a reproché à M. Blanchet de vouloir ramener cette affaire sur le tapis. Selon lui, les Québécois sont davantage intéressés à parler de la fin de la pandémie, de la vaccination et des changements climatiques.

Pas de questions pour la candidate

M. Blanchet a empêché, mardi, sa candidate dans Sherbrooke, Ensaf Haidar, de répondre aux questions des journalistes. La candidate a dû rester en arrière-plan du chef.

On voulait qu’elle explique pourquoi elle a appuyé publiquement Maxime Bernier en 2018. M. Blanchet est rapidement intervenu pour dire à la journaliste qui posait la question: «Je ne crois pas qu’on va procéder à ça ici ce matin, madame.»

Relancé deux autres fois par d’autres journalistes, qui se demandaient pourquoi Mme Haidar ne pouvait pas s’exprimer librement, M. Blanchet a laissé tomber que c’était son point de presse à lui.

La candidate a finalement pu, après la fin de la sortie médiatique de M. Blanchet, faire face aux journalistes. L’épouse de Raïf Badawi, réfugiée avec ses enfants à Sherbrooke, s’exprime encore difficilement en français. 

Autres promesses du jour

Le chef conservateur a vanté ses promesses du retour à l’équilibre budgétaire. 

«Nous allons faire croître l’économie pour retourner à l’équilibre budgétaire de façon responsable et équitable, et sans couper dans les programmes», a assuré Erin O’Toole, sans donner plus de précisions.

À Coquitlam, le chef du NPD a promis de sévir contre les stratagèmes d’achat et de revente de propriétés dans le but de faire un profit rapide. Il propose d’augmenter le montant imposable des gains en capital de 50 à 75 %. 

M. Trudeau était de passage dans le nord de l’Ontario avec sa ministre sortante des Langues officielles, Mélanie Joly, pour parler des compressions conservatrices des institutions postsecondaires francophones en situation minoritaire.

«Nous savons que ce qui s’est passé à l’Université Laurentienne est complètement inacceptable. C’est un gâchis conservateur qui ne pourra pas être réparé par Erin O’Toole», a lancé Mme Joly aux quelques dizaines de militants présents sur place.

Quelques manifestants bruyants lançaient des insultes au chef libéral au loin. M. Trudeau s’est adressé à eux dans son discours et s’est montré plus défiant. 

«Les gens qui sont ici ce soir qui crient, les « anti-vaxxers », ils ont tort. Ils se trompent sur comment on pourra se sortir de cette pandémie. Non seulement cela (…), mais ils mettent leurs propres enfants et nos enfants à risque. (…) Ces gens nous mettent tous à risque», a-t-il tranché.

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Hein! M. Singh parle de la loi sur la laïcité en CB!!! Il veut se faire du capital politique à l’autre bout du pays sur le dos des Québécois qui sont en forte majorité en faveur de cette loi? C’est pas sérieux et il devrait se taire à ce sujet et se contenter de parler de ce que son parti peut faire dans le cadre de cette élection.

Quant aux empiètements du fédéral dans des compétences provinciales, je serais plus enclin de monter aux barricades si j’avais un médecin de famille. Ça fait 2 ans que j’attends et ne suis pas suivi par un médecin pour des conditions de santé assez sérieuses. Je compatis aussi avec mes concitoyens qui sont sur cette liste depuis plus de 5 ans, ici dans mon coin. Alors, que M. Blanchet et ses thuriféraires nous donnent accès à un médecin de famille et je vais me fermer le clapet. Mais maintenant je ne peux que constater l’échec lamentable du gouvernement provincial à fournir les services médicaux essentiels à tous les citoyens et si le fédéral veut s’en mêler, avec mon argent, je suis bien d’accord car ça ne sera pas pire que ce que la province nous offre, i.e. rien. Je suis même rendu sur une liste d’attente pour un médecin dans le privé, ce qui veut dire que je vais devoir payer à 3 endroits: au fédéral, au provincial et au médecin… si je veux avoir un minimum de soins de santé en prévention.

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