Jour 33: la pandémie en Alberta au coeur de la campagne électorale fédérale

Ce que vous devez savoir de la 33e journée de la campagne électorale fédérale.

OTTAWA — La situation catastrophique en Alberta a inspiré trois des chefs fédéraux au 33e jour de la campagne électorale.

Erin O’Toole et Jagmeet Singh s’en sont servi pour reprocher, encore une fois, à Justin Trudeau d’avoir déclenché cette campagne. Le chef libéral, lui, a insisté sur les commentaires de son adversaire conservateur qui avait applaudi la gestion de la pandémie par le premier ministre albertain.

En octobre dernier, M. O’Toole disait que Jason Kenney gérait mieux la pandémie de COVID-19 que le gouvernement Trudeau. Mercredi soir, M. Kenney faisait plutôt un mea culpa, admettant qu’il avait trop vite relâché les restrictions dans sa province.

«Comme le premier ministre Kenney l’a avoué hier soir, son approche était erronée, a souligné M. Trudeau. Et le leadership, ça compte pour quelque chose dans cette pandémie. Le fait que M. O’Toole continuait d’applaudir le style de leadership et l’approche de M. Kenney même il y a quelques jours, souligne à quel point ce n’est pas le bon leader pour en finir avec la pandémie.»

Cette question de son admiration pour la gestion du premier ministre Kenney, M. O’Toole a refusé d’y répondre 11 fois pendant son point de presse à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. 

On a ainsi pu assister à une petite mutinerie des journalistes présents. Les militants conservateurs ont applaudi pour enterrer les questions hors micro qui continuaient de réclamer des réponses. Puis, l’équipe conservatrice en est venue à menacer de mettre fin à l’exercice si les reporters insistaient. 

«J’appuie les provinces dans leurs efforts d’essayer de lutter contre la COVID-19», a offert, à répétitions, M. O’Toole en guise de réponse. «Le gouvernement fédéral devrait (…) offrir de l’appui aux premiers ministres des provinces plutôt que de leur chercher querelle pendant une élection comme le fait M. Trudeau, une élection qu’il a déclenchée au lieu de montrer du leadership en pleine pandémie», a-t-il ajouté chaque fois.

Un journaliste a fini par lui demander s’il prétend que l’élection fédérale est responsable de la situation en Alberta. «Ce n’est pas le temps d’une élection… en pandémie», a répondu M. O’Toole.

À Toronto, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a écorché à la fois le premier ministre conservateur de l’Alberta et le chef libéral en campagne. «C’est clairement un manque de leadership en Alberta de la part de M. Kenney et on doit le blâmer (…) mais, M. Trudeau a une responsabilité aussi. Il est le premier ministre. Et le premier ministre a décidé d’avoir une élection pour des raisons égoïstes au lieu de continuer de faire le travail pour aider les gens dans cette pandémie», a déclaré M. Singh.

Au point de presse de M. Trudeau, à Montréal, on lui a demandé s’il n’aurait pas pu éviter à l’Alberta sa crise et intervenir.

«Malgré ce que certains pensent, je respecte profondément les champs de compétence des provinces», a offert le chef libéral, en rappelant les milliards de dollars transférés aux provinces depuis le début de la crise.

«Avec l’Alberta, nous avons offert de l’appui pour le traçage de contacts, on a envoyé des tests rapides, on a envoyé des millions de vaccins. Assez pour (que) tous les Albertains (puissent se faire) vacciner. On a été là pour les encourager, les pousser dans la bonne direction. Mais on respecte et on ne va pas microgérer dans leurs champs de compétence», a-t-il ajouté.

Une déclaration qui, pour une rare fois, a mis le chef libéral et le chef du Bloc québécois sur la même longueur d’ondes.

«À l’intérieur du territoire canadien, c’est chaque province qui a sa propre juridiction. Il y en a qui font mieux que d’autres. Ça ne veut pas dire que le fédéral aurait fait mieux. (…) Qu’est-ce qui nous dit que ça n’aurait pas été pire? (…) Depuis quand est-ce que la centralisation procure davantage d’efficacité que la décentralisation?» a argué Yves-François Blanchet, en après-midi, jeudi, à Saint-Jérôme.

En milieu d’après-midi, la ministre des Finances native de l’Alberta, Chrystia Freeland, a été dépêchée à Edmonton. Les libéraux n’ont fait élire aucun député dans la province en 2019. 

Le chef du NPD, quant à lui, disait «évaluer» la suite de la campagne de son parti en Alberta. Maintenant que l’état d’urgence a été déclaré, à nouveau, dans la province, M. Singh ne sait pas s’il serait sage que ses candidats continuent de faire du porte-à-porte.

Le chef libéral, lui, tentait sans grande subtilité de tourner les derniers développements à son avantage. 

«Mon but, c’est d’avoir le plus grand nombre de députés libéraux élus à travers le pays, particulièrement quand on regarde la situation en Alberta. Ça ferait du bien d’avoir des voix libérales pour défendre la science, pour défendre la majorité qui a fait la bonne chose pendant cette pandémie et qui sont en train de souffrir», a dit Justin Trudeau, faisant référence aux Albertains pleinement vaccinés.

En Alberta, 218 malades de la COVID-19 sont aux soins intensifs, la grande majorité d’entre eux ne sont pas vaccinés ou n’ont reçu qu’une seule dose. Le système hospitalier albertain, normalement, ne peut gérer que 173 patients aux soins intensifs.