Jour 36: Lisée baisse le ton envers Massé, Couillard embarrassé par Ouellette

QUÉBEC — Après une semaine de tensions et d’échanges acerbes entre le Parti québécois et Québec solidaire, le chef péquiste a senti le besoin, jeudi, de baisser le ton et de calmer le jeu en cette fin de campagne.

Pendant ce temps, le chef libéral Philippe Couillard a dû se porter une fois de plus à la défense d’un de ses candidats qui l’a placé dans l’embarras, Guy Ouellette, dans Chomedey, qui collaborait avec la CAQ pour nuire aux libéraux, selon le chef caquiste François Legault.

PQ: Lisée: «l’homme du rassemblement» 

Fini le temps des divisions et des invectives, le chef péquiste, Jean-François Lisée, s’est posé en leader du «rassemblement», en cette 36e journée de campagne électorale.

Il a promis d’adopter dorénavant un ton plus positif envers la coporte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, refusant d’en rajouter, après la sortie acerbe, la veille, de l’ancien chef du Bloc québécois Gilles Duceppe.

En point de presse, à Longueuil, jeudi matin, il a donc refusé de répondre à toutes les questions relatives à Mme Massé.

M. Lisée avait auparavant passé plusieurs jours à s’en prendre à la formation solidaire, qu’il accusait de camoufler son programme et d’avoir un «chef caché» qui tirait les ficelles.

Il importe de ne pas personnaliser le débat, a-t-il dit jeudi, et de regarder plutôt les programmes des partis.

Mais c’était sans compter plusieurs anciens compagnons d’armes de René Lévesque, soit cinq ministres et deux directeurs de son cabinet, qui ont blâmé sévèrement Manon Massé et Québec solidaire, dans une lettre au ton vitriolique obtenue par La Presse canadienne jeudi.

Ils y reprochent essentiellement à Mme Massé d’avoir tenté d’associer son parti à l’héritage de René Lévesque, un anathème à leurs yeux.

Par ailleurs, même si le député caquiste Éric Caire a été blanchi par la commissaire à l’éthique dans l’affaire du prolongement de l’autoroute 40, le chef du Parti québécois n’en démord pas: il a commis une faute «très grave». Et si le candidat caquiste n’a pas renvoyé l’ascenseur cette fois-ci, qu’en sera-t-il de la prochaine? Et de la suivante?

Cette faute d’Éric Caire le disqualifie pour être député à l’Assemblée nationale, maintient Jean-François Lisée.

M. Caire, alors qu’il était député, a accepté avec son ex-conjointe un prêt — depuis remboursé — de 55 000 $ d’Émile Loranger, le maire de L’Ancienne-Lorette, une municipalité située dans sa circonscription.

Enfin, s’il est porté au pouvoir lundi prochain, le Parti québécois (PQ) offrirait du transport en commun moins cher: il propose de réduire les tarifs de 60 pour cent en dehors des heures de pointe, pour tout le monde. Cette mesure ferait en sorte de soustraire de la circulation 533 000 voitures, selon les calculs péquistes.

CAQ: Guy Ouellette, l’informateur

Après avoir dit qu’il voulait garder sa source confidentielle, le chef caquiste François Legault a finalement admis que le candidat et député libéral sortant de Chomedey, Guy Ouellette, était bien celui qui avait fourni à la CAQ des documents confidentiels et des informations susceptibles de nuire au gouvernement libéral, notamment sur les liens présumés entre Pietro Perrino, un proche des libéraux faisant partie de la haute fonction publique, et un homme d’affaires, Luigi Coretti.

Après avoir dit avoir tenté à maintes reprises, et sans succès, de s’entretenir avec son candidat dans Chomedey, M. Couillard a dit par la suite qu’il avait finalement réussi à parler à Guy Ouellette, pour obtenir des explications sur ses contacts avec la CAQ. Mais à peu près rien n’a filtré de la conversation. 

M. Ouellette aurait alors promis à son chef de travailler à la réélection du PLQ lundi prochain, selon les propos rapportés par M. Couillard.

«Je suis content qu’il fasse partie de mon équipe», a-t-il répété à maintes reprises jeudi, en point de presse à Saint-Prosper, en Beauce, sans jamais indiquer si oui non M. Ouellette avait confirmé qu’il avait servi les intérêts de la CAQ plutôt que ceux du gouvernement.

QS et «la question de l’urne»

De son côté, Québec solidaire a tenté jeudi d’imposer les changements climatiques comme la «question de l’urne».

Le parti a accusé la Coalition avenir Québec (CAQ) d’ignorer complètement cette question.

Salaire vs main-d’oeuvre

Le plaidoyer économique du chef caquiste François Legault a heurté le mur des réalités dans une usine qu’il visitait jeudi dans Bellechasse.

M. Legault a répété que le Québec sous les libéraux ne créait pas assez d’emplois payants, sans pouvoir préciser la cible que la Coalition avenir Québec se donnait, devant l’usine d’assemblage d’autocars Prévost Car, à Sainte-Claire, où on peine à combler des dizaines de postes à des taux horaires de 26 $ et où on réclame davantage de travailleurs étrangers.

François Legault a aussi été incapable de fixer sa cible d’emplois à créer dans un premier mandat d’un gouvernement caquiste, contrairement aux libéraux, qui avaient comme objectif 250 000 sur cinq ans en 2014 et ont atteint 234 000.

M. Legault dit qu’il veut rattraper l’écart salarial défavorable de 10-12 pour cent par rapport à l’Ontario, mais cela ne peut se faire que dans plusieurs mandats, a-t-il admis.

«Je n’ai pas de chiffres, ce que je dis, c’est que dans quatre ans, on va avoir réduit l’écart entre le Québec et l’Ontario.»