Journée de la vérité et de la réconciliation: la cheffe nationale invite à réfléchir

Pour la cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald, la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, vendredi, est l’occasion, pour tous les Canadiens, de faire une pause et de réfléchir à l’impact qu’ont eu les pensionnats sur les Autochtones, et aux rôles que les institutions ont joués dans l’histoire du Canada.

Des cérémonies, des marches et d’autres rassemblements étaient prévus un peu partout au Canada vendredi pour souligner cette journée, également connue sous le nom de «Journée du chandail orange». Cette Journée nationale a été créée l’année dernière à la suite de la découverte de lieux de sépulture présumés non marqués près d’anciens pensionnats fédéraux pour Autochtones.

Le système des pensionnats pour enfants autochtones, financé par le gouvernement fédéral et administré par des congrégations religieuses catholiques, a été établi dans les années 1800. Environ 150 000 enfants des Premières Nations, inuits et métis ont été retirés de leur famille. 

De nombreux enfants ont été agressés sexuellement, physiquement ou psychologiquement dans ce système conçu pour «faire sortir l’Indien de l’enfant». Le dernier de ces pensionnats a été fermé en 1997.

La couleur orange est un rappel du récit de la petite Phyllis Webstad, qui avait reçu de sa grand-mère un chandail orange pour sa rentrée au pensionnat. Mais le chandail lui a été confisqué dès son arrivée à l’école; elle ne l’a plus jamais revu. Aujourd’hui, la couleur orange symbolise «la dépossession de la culture, de la liberté et de l’estime de soi dont ont été victimes les enfants autochtones pendant plusieurs générations».

Des cérémonies, des marches et d’autres rassemblements ont lieu à travers tout le pays vendredi, qui est aussi jour férié fédéral. 

À l’aube, le premier ministre Justin Trudeau s’est joint à des représentants de diverses Premières Nations et à des dizaines de personnes, vêtues en orange, pour une cérémonie du lever du soleil à Niagara Falls, en Ontario. M. Trudeau, qui est resté silencieux pendant la cérémonie, a ensuite discuté avec des survivants des pensionnats fédéraux pour Autochtones.

«C’est un jour pour les peuples autochtones. Aujourd’hui, pour reconnaître que oui, vous êtes toujours là, vous êtes toujours forts et vous êtes une partie indissociable du présent et de l’avenir que nous construisons chaque jour en tant que pays», a déclaré plus tard vendredi matin M. Trudeau, lors d’un discours à Niagara Falls. 

«C’est une journée pour se souvenir, pour pleurer, pour faire un pas de plus vers la guérison. Mais c’est aussi une journée pour que les peuples non autochtones reconnaissent que vous ne devriez pas avoir à porter ce fardeau seuls.»

M. Trudeau a aussi déclaré que cette journée était consacrée à la vérité. «Cette vérité est que nous devons tous ouvrir les yeux sur la façon dont le Canada a évolué et est né, et sur la manière dont nous devons faire des choix délibérés pour défaire les mensonges et les injustices qui en font partie, a-t-il déclaré. Nous sommes sur la bonne voie, et cela va prendre de nombreuses années, mais nous devons aujourd’hui et chaque jour nous y consacrer à nouveau.»

À Ottawa, la gouverneure générale Mary Simon – la première personne autochtone à occuper cette fonction – a accueilli une centaine d’écoliers et de membres du personnel à Rideau Hall, où elle leur a parlé de réconciliation.

La représentante du roi Charles III au Canada a rappelé que les gens portaient des vêtements orange pour montrer que chaque enfant compte, ce qui est important en raison du traumatisme que les pensionnats ont causé aux enfants autochtones.

Mme Simon a dit aux enfants qu’elle avait grandi en parlant l’inuktitut. «Je parle toujours ma langue tous les jours», a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle ne voulait pas l’oublier.

La gouverneure générale, qui a 75 ans, a déclaré qu’à son âge, elle apprenait une nouvelle langue, le français, et elle a dit aux enfants que ce serait bien s’ils pouvaient apprendre un mot autochtone tous les jours. Elle leur en a ensuite enseigné un en inuktitut, un mot qui signifie «ne jamais abandonner».

Mme Simon a également parlé aux enfants de la persévérance dans des moments difficiles et l’a liée à sa propre histoire: une femme qui a grandi dans un petit village isolé du Nunavik et qui est maintenant gouverneure générale du Canada. 

Au centre-ville de Toronto, place Nathan-Phillips, des chansons autochtones ont été interprétées devant des participants souvent vêtus d’orange.

Parmi les activités et événements marquant cette journée, on annonçait l’illumination en orange de la tour de la Paix sur la Colline du Parlement, une programmation sur les pensionnats au Musée des beaux-arts de Winnipeg et un pow-wow communautaire dans la communauté de la nation Songhees, dans la région de Victoria.

Au Québec, le premier ministre sortant, François Legault, a pris part à une activité de commémoration à Saint-Marc-de-Figuery, en Abitibi, sur les lieux d’un ancien pensionnat autochtone qui a existé de 1955 à 1973, mais qui a été rasé par la suite. 

À un homme qui déplorait que les survivants se sentent «ignorés», M. Legault a promis que si son parti est réélu lundi, «on va passer plus de temps avec vous». Plus tard, à Amos, M. Legault a repris son rôle de chef de la CAQ en campagne électorale en promettant de déposer, s’il est réélu, un projet de loi pour défendre et promouvoir les langues autochtones.

Au centre-ville de Halifax, des centaines de personnes se sont rassemblées pour entendre la cheffe de la première nation Acadia, Deborah Robinson, l’aîné mi’kmaq Alan Knockwood et la conseillère municipale autochtone Cheryl Copage-Gehue.

Alors que de nombreux événements prévus en Nouvelle-Écosse pour l’occasion ont été reportés en raison des dommages causés par la tempête post-tropicale Fiona, une cérémonie était toujours prévue vendredi sur le site de l’ancien pensionnat de Shubenacadie. 

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