Journée nationale des peuples autochtones: l’APNQL interpelle les Québécois

La Journée nationale des peuples autochtones revêt une signification particulière cette année, sur fond de dénonciations du racisme systémique après une série de troublantes interventions policières.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador lance à la population québécoise une invitation à réfléchir sur les relations avec les peuples autochtones et déploie une nouvelle campagne pour réclamer justice et «rien de moins».

Dans une lettre adressée à l’ensemble des Québécois, samedi, le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, avait insisté sur le fait qu’«il ne s’agit pas ici de se pointer du doigt, mais plutôt de se demander comment, concrètement, nous pouvons améliorer notre façon de vivre ensemble, dans le respect mutuel».

«Il y a des politiciens qui n’osent pas nommer les choses, appeler un chat un chat, un castor un castor, et qui font passer leur intérêt politique avant l’amélioration du vivre ensemble», a-t-il enchaîné, dans une allusion apparente au refus du premier ministre François Legault de reconnaître l’existence de racisme systémique au Québec.

Participant à titre de panelliste à un webinaire sur la crise de la COVID-19 du point de vue autochtone, dimanche avant-midi, le chef Ghislain Picard a dit bien connaître la chanson du groupe d’action contre le racisme formé par François Legault plus tôt cette semaine, exclusivement à partir d’élus caquistes.

«Des démarches comme ça, qui sont en quelque sorte unilatérales, par un gouvernement qui pense avoir toutes les solutions, je suis obligé d’être extrêmement sceptique par rapport aux résultats», a-t-il lancé lors de la visioconférence.

Selon lui, tout a déjà été dit, ne serait-ce que dans les conclusions de la commission Viens sur les services gouvernementaux dispensés aux communautés autochtones. Sans compter les dizaines d’autres études et rapports réalisés à la demande de différents organismes et gouvernements dans les dernières décennies.

Plus récemment, les morts de Rodney Levi et de Chantel Moore aux mains de policiers en l’espace de seulement quelques jours au Nouveau-Brunswick, en plus des images des arrestations violentes du chef chipewyan Allan Adam en Alberta et d’un jeune homme inuit au Nunavut, ont nourri l’indignation à travers le Canada, sous l’impulsion du soulèvement contre le racisme et la brutalité des forces de l’ordre aux États-Unis.

Vulnérabilité et résilience

En plus de cet élan de mobilisation, la Journée nationale des peuples autochtones a été teintée par le contexte pandémique.

Dès sa propagation en Europe, la COVID-19 a rapidement réveillé les douloureux souvenirs de la grippe H1N1, dont les ravages avaient été démesurés au sein des communautés autochtones.

Le médecin-chirurgien Stanley Vollant, qui s’est joint à la cellule stratégique de crise de la nation innue, appréhendait une autre «hécatombe sanitaire» en raison de divers facteurs de risque accru, notamment sur le plan des conditions de santé et des logements où cohabitent souvent plusieurs générations.

Trois mois plus tard, plusieurs intervenants constatent que les collectivités autochtones ont su en bonne partie parer les coups de la première vague de COVID-19 — qui a mis en relief leurs vulnérabilités, mais aussi leur résilience.

Selon les données du gouvernement canadien, un total de 35 infections a été signalé dans les réserves situées sur le territoire québécois. Et à l’échelle du pays, seulement six décès y ont été enregistrés.

Jean-Claude Therrien-Pinette, qui se trouve également au coeur de la gestion de crise pour la nation innue sur la Côte-Nord, rappelle que les membres des Premières Nations ne manquent pas d’expérience en termes de «survie» et de situations critiques dans leurs communautés.

«On a laissé parler les valeurs naturelles de solidarité, de compassion, d’écoute des plus vulnérables», a-t-il exposé lors du webinaire dimanche.

Le chef Ghislain Picard a salué, chapeau bas, ces équipes qui ont contenu la situation malgré des «moyens extrêmement limités».

«Ça fait déjà 20 ans qu’on a déclaré que le surpeuplement de nos communautés était une situation de crise, a-t-il souligné. Pour moi, la COVID est venue faire la démonstration des réalités dont on parle depuis plusieurs, plusieurs décennies.»

Après quelques semaines de «rodage» dans lesquelles plusieurs mois de travail ont dû étre compressés, les efforts pour freiner le virus ont maintenant atteint leur «rythme de croisière», croit-il.

Les yeux tournés vers la prochaine résurgence du virus, le docteur Stanley Vollant plaide pour le maintien de strictes consignes sanitaires.

«Prenons des forces. Parce que la deuxième vague va venir.»

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