Juripop: la ministre Charest convoque une réunion d’un comité transpartisan

Visé par une allégation d’inconduite sexuelle, le président et fondateur de Juripop serait resté en poste jusqu’à la fin de son mandat à l’automne, s’il n’avait pas été poussé à remettre sa démission par crainte que la nouvelle ne sorte dans les médias vendredi.

La clinique juridique maintient avoir voulu respecter la volonté de la personne derrière les allégations, mais reconnaît avoir souffert d’un certain «manque de communication».

Cette affaire a poussé la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, à convoquer une rencontre des élues qui forment le comité transpartisan sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale. Formé en mars 2019, le comité a pour mandat de proposer des pistes des solutions afin de leur redonner confiance envers le système de justice québécois. Il réunit aussi une vingtaine d’experts.

Sur son compte Twitter, samedi, la ministre a déclaré que «l’organisme doit nous fournir des explications», après que sa vis-à-vis libérale Isabelle Melançon eut dit vouloir faire la lumière sur la gestion du conseil d’administration dans ce dossier.

La députée de Verdun a rappelé que Juripop avait obtenu en décembre dernier 2,6 millions $ du gouvernement du Québec en vue de la mise un oeuvre d’un projet-pilote pour offrir des conseils juridiques gratuits aux victimes de violences sexuelles.

Mmes Charest et Melançon ont toutes deux refusé de commenter avant la tenue de la rencontre avec leurs collègues de Québec solidaire et du Parti québécois, Véronique Hivon et Christine Labrie. Aucune date précise n’a encore été déterminée, mais le cabinet de la ministre affirme qu’elle aura lieu «incessament».

Un départ difficile

Marc-Antoine Cloutier avait annoncé sa démission tout en niant avoir quoi que ce soit à se reprocher. Dans une déclaration diffusée vendredi, il avait expliqué sa décision de se retirer par un souci de «protéger la réputation de Juripop dont la cause principale, l’accès à la justice, est la cause de [sa] vie».

De son côté, la directrice générale de l’organisme avait soutenu que le départ du président était «la seule issue possible» en raison d’une profonde incompatibilité entre ce dont on l’accuse et la mission de Juripop. En entrevue téléphonique, Me Sophie Gagnon avait insisté sur le fait que si la personne derrière les allégations s’est sentie à l’aise de s’ouvrir à eux, c’est grâce à la confiance que l’organisme parvient à inspirer.

Or, jointe pour une deuxième fois par La Presse Canadienne, samedi, Sophie Gagnon a reconnu que la réponse de Juripop avait laissé un goût amer à la victime alléguée, qui n’est pas liée à l’organisme.

M. Cloutier aurait idéalement tiré sa révérence sur-le-champ, explique-t-elle, mais il avait plutôt rejeté l’allégation ayant fait surface vers la mi-juillet. Il avait toutefois convenu de ne pas chercher à renouveler son mandat à la tête du conseil d’administration de Juripop à l’automne.

Le conseil d’administration avait alors les mains liées, ne pouvant pas destituer le président sans effectuer au préalable une enquête indépendante. Ce qu’on ne voulait pas faire subir à la personne qui avait dit ne pas souhaiter se lancer dans un processus de dénonciation, mais bien informer Juripop pour lui éviter d’entacher son image.

«Pour moi, ne serait-ce que lui proposer de passer à travers une enquête, ça aurait été de suggérer qu’on ne la croyait pas. Je ne voulais pas lui donner quelconque indication que quelqu’un chez Juripop mettait sa version en doute», expose Sophie Gagnon. 

Après avoir initialement exprimé un certain soulagement, elle aurait finalement été troublée par ce dénouement en suspens.

«Bien faire les choses était le plus primordial pour nous. Manifestement, ça n’a pas bien fonctionné, mais ce n’est pas à défaut de l’avoir pris à coeur dès le tout début.»

L’avocate de formation n’a pas voulu s’avancer sur la façon dont le départ de Me Cloutier aurait été présenté en octobre, si l’affaire avait continué de passer inaperçue. «On n’était pas rendus là. Ce qu’on travaillait à faire jusqu’à la semaine dernière, c’est établir une relève à la présidence», a-t-elle offert.

Elle se dit toujours convaincue que Juripop est l’organisme le mieux placé pour accompagner les victimes de violences sexuelles avec des conseils juridiques gratuits et confidentiels partout au Québec.

Son équipe promet de se rendre disponible pour aider le comité gouvernemental à retracer le fil des événements. «On va leur faire part de la manière dont ça s’est déroulé pour qu’on puisse continuer le travail. Au final, c’est ça qui est important.»

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