Justin Trudeau s’entretient avec le Mexique en vue de sa rencontre avec Pence

LIMA, Pérou — Les deux dirigeants politiques ayant le plus à perdre dans le dossier du libre-échange nord-américain se sont entretenus derrière des portes closes, vendredi, dans l’espoir de dégager une solution mutuellement bénéfique à l’énigme transfrontalière posée par le président américain Donald Trump.

Le premier ministre Justin Trudeau et le président mexicain, Enrique Peña Nieto, se sont réunis, en marge d’un sommet international au Pérou, pour identifier des points de convergence entre les deux pays quant à l’Accord de libre-échange nord-américain.

Le tête-à-tête, première rencontre entre ces leaders nord-américains depuis novembre, tombe à un moment critique pour la renégociation de l’ALÉNA.

Justin Trudeau devait saisir l’occasion pour prendre le pouls du Mexique — et peut-être échanger des stratégies — en vue de sa rencontre avec le vice-président américain, Mike Pence, samedi.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a accompagné M. Trudeau dans les discussions avec son homologue mexicain.

À l’issue de la rencontre, vendredi soir, elle a exprimé son optimisme à l’égard des pourparlers sur l’ALÉNA, qui se poursuivront à Washington ce week-end.

«Le Canada et le Mexique ont appris qu’ils sont vraiment sur la même longueur d’onde et croient qu’il est temps de s’engager de manière très, très intensive et de vraiment entrer dans une nouvelle phase, un nouveau rythme, un nouveau niveau de négociations», a-t-elle rapporté.

Jeudi, la Maison-Blanche avait pris tout le monde par surprise en annonçant un assouplissement des demandes américaines en matière de contenu dans la construction automobile. De son côté, le président Donald Trump s’était dit prêt à «renégocier éternellement».

La ministre Freeland a refusé de spéculer à propos de ces messages apparemment contradictoires.

«Il y a certainement eu des moments dramatiques par le passé, a-t-elle reconnu. Et je vais faire une prédiction: il y aura d’autres moments dramatiques dans les jours à venir. Et nous ne devrions pas nous laisser distraire par ceux-ci.»

Les rencontres de M. Trudeau avec MM. Peña Nieto et Pence prennent place alors que les trois hommes participent au 8e Sommet des Amériques, qui réunit tous les quatre ans les leaders d’une trentaine de pays.

Le premier ministre est arrivé jeudi à Lima, au Pérou, première étape d’un périple de dix jours qui le mènera ensuite vers Paris et Londres. 

Contre le protectionnisme

Justin Trudeau avait amorcé sa visite au Pérou en rencontrant le président, Martin Vizcarra, qui était ambassadeur au Canada avant que son prédécesseur, visé par un scandale, ne soit forcé de démissionner, le mois dernier.

Dans une allocution devant des centaines de chefs d’entreprises, M. Trudeau a ensuite rappelé que plus de la moitié des pays avec lesquels le Canada a conclu des accords de libre-échange sont situés dans les Amériques. Le premier ministre a aussi rappelé qu’Ottawa souhaitait maintenant conclure une entente avec la communauté économique du Mercosur, qui regroupe cinq pays, dont le puissant Brésil et l’Argentine.

«À une époque où certains mettent en doute la pertinence des échanges commerciaux, nous avons réussi à négocier des accords historiques avec l’Europe et l’Asie», a souligné M. Trudeau, dans une allusion à peine voilée aux velléités protectionnistes du président Trump. «C’est pourquoi nous disons aux investisseurs du monde entier que de grandes choses peuvent être accomplies au Canada.»

M. Trudeau devait aussi rencontrer à Lima le président Sebastien Pinera, du Chili, un important partenaire politique et commercial du Canada.

Après le Sommet des Amériques, le premier ministre fera un «arrêt aux puits» imprévu à Ottawa, dimanche, avant de poursuivre son périple à Paris puis à Londres: il a convoqué les premiers ministres de la Colombie-Britannique, John Horgan, et de l’Alberta, Rachel Notley, pour tenter de dénouer la «crise de l’oléoduc Trans Mountain».