Justin Trudeau annonce de nouveaux investissements pour la santé dans le monde au G20

BADUNG, Indonésie — Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé mardi un financement pour les pays en développement afin de les aider à améliorer leurs infrastructures pour fabriquer des vaccins contre la COVID-19, lors d’un sommet du G20 où la géopolitique domine les échanges qui visent à consolider les systèmes économiques mondiaux.

Lors du sommet du G20, en Indonésie, M. Trudeau a promis 750 millions $ qu’une société d’État gérera pour financer des projets d’infrastructure en Asie sur trois ans, à compter de mars prochain.

Il s’agit là du plus important volet annoncé jusqu’ici de la future «stratégie indo-pacifique» du gouvernement libéral. Cette annonce fait partie d’un projet plus large du G20 destiné à aider les pays à revenu faible et moyen à avoir des villes plus sûres et plus durables.

«Cela renforcera aussi nos chaînes d’approvisionnement et créera de bons emplois», a affirmé M. Trudeau dans des remarques préparées pour un événement tenu à huis clos organisé par l’Indonésie, les États-Unis et l’Union européenne.

Le financement sera administré par FinDev Canada, qui a actuellement pour mandat de gérer des projets en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Désormais, FinDev contribuera également au financement de projets dans les pays en développement d’Asie.

Public-privé

M. Trudeau a déclaré aux dirigeants du G20 que les fonds souverains pouvaient aider les gouvernements étrangers à construire des écoles et des hôpitaux.

«Si nous voulons combler le déficit d’infrastructures, nous devons continuer à trouver des moyens d’inciter davantage d’investissements du secteur privé. Aucun montant d’argent public ne peut à lui seul résoudre ce problème», lit-on dans les remarques du premier ministre.

M. Trudeau a par ailleurs annoncé un financement de 80 millions $ pour aider à améliorer les systèmes de santé partout dans le monde. La majeure partie du financement ira à un projet de la Banque mondiale qui aide les pays à prévenir les pandémies et à y répondre. Ce financement soutiendra également des projets qui aident les pays en développement à fabriquer des vaccins à ARN messager contre la COVID-19.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a réagi à la nouvelle en affirmant que les libéraux n’avaient pas fait assez pour plaider en faveur de la renonciation aux brevets, ce qui aiderait les pays à fabriquer leurs propres vaccins.

Le Canada a aussi participé au lancement d’un partenariat avec le G7 et les pays nordiques afin d’aider l’Indonésie à abandonner le charbon, acceptant de verser 10 milliards $ et sollicitant le même montant auprès du secteur privé.

L’Indonésie est l’un des pays les plus émetteurs au monde et a accepté «la mise hors service accélérée des centrales au charbon, sous réserve d’un soutien international».

La Russie, sujet de tensions 

Malgré ces annonces, la géopolitique éclipsera probablement les promesses faites par les dirigeants lors de ce sommet du G20, alors que les pays débattent de la manière de répondre à l’invasion russe en Ukraine et à l’affirmation croissante de la Chine.

Le Canada est l’un des pays qui pressent le plus les dirigeants du G20 à dénoncer Moscou pour l’aggravation de l’inflation et de la sécurité mondiale avec sa guerre en Ukraine. D’autres pays se sont toutefois abstenus de critiquer la Russie, dans l’espoir de conserver de bonnes relations tant avec l’Occident qu’avec Moscou.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a déclaré que même ces pays reconnaissaient l’impact considérable de cette guerre. «On reconnaît au sein du G20 que non seulement cette guerre en Ukraine – et l’invasion illégale et injustifiable de l’Ukraine par la Russie – affiche un énorme bilan humain (…), mais elle a aussi un impact très important sur l’économie mondiale et sur les ménages à l’épicerie», a-t-elle déclaré aux journalistes.

En tant qu’hôte du sommet du G20, l’Indonésie a exhorté les pays membres à se concentrer sur la recherche d’un terrain d’entente, afin de s’assurer qu’il y ait une déclaration de consensus mercredi à la clôture du sommet.

«On voit qu’ils sont déchirés, essayant d’obtenir une sorte de déclaration pour les sauver de l’embarras de ne pas avoir de communiqué. Cela va donc être très délicat», a estimé Andrew Cooper, professeur à l’École Balsillie d’affaires mondiales de l’Université de Waterloo, un expert des sommets du G20.

Lavrov et Xi 

Pendant ce temps, le bureau du premier ministre a indiqué que M. Trudeau avait dû s’interposer lors d’un forum sur la santé à huis clos, mardi, après que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, eut affirmé que des biolaboratoires américains menaient des activités néfastes en Ukraine.

Selon son bureau, M. Trudeau a dénoncé les propos de M. Lavrov, affirmant qu’ils n’avaient aucune valeur et que les dirigeants devaient travailler avec des faits. Un porte-parole a déclaré en français que M. Trudeau était «extrêmement clair sur la position du Canada» et a dénoncé toutes les formes de désinformation et de mensonges de la Russie sur l’Ukraine.

M. Trudeau s’est aussi entretenu mardi avec le président chinois Xi Jinping. Le bureau du premier ministre a indiqué que M. Trudeau avait fait part de ses inquiétudes quant à l’ingérence chinoise au Canada, à la suite d’allégations de telles ingérences dans les élections fédérales de 2019.

Les deux dirigeants ont également évoqué les lancements de missiles de la Corée du Nord et le sommet de l’ONU sur la biodiversité, que la Chine accueillera à Montréal le mois prochain. Cette conférence devait avoir lieu en octobre 2020 en Chine, mais après des reports causés par la pandémie, elle aura finalement lieu à Montréal du 7 au 19 décembre. 

«C’était une bonne conversation et il est en effet important de garder les canaux ouverts, a déclaré Mme Joly, qui s’est entretenue séparément avec son homologue chinois, Wang Yi. J’ai dit à mon homologue (que) c’était sur les épaules de la Chine de montrer qu’elle respectait les normes internationales.»

Le professeur Cooper a déclaré aux journalistes à Bali que le Canada pourrait adopter l’approche de l’Australie il y a dix ans, lorsque ce pays était isolé par la Chine. Canberra a progressivement trouvé des zones de consensus avec Pékin tout en établissant des liens plus solides avec d’autres pays d’Asie.

«Le Canada est au banc des pénalités depuis quelques années maintenant, a estimé M. Cooper. C’est une Chine très différente. Le président Xi (est) dans une position consolidée. S’il n’est pas le nouveau Mao, il est certainement dans une position où il peut être une figure centrale qui peut travailler d’une manière que nous n’avions pas prévue lors de la création du G20.»  

La Chambre de commerce du Canada a déclaré que les libéraux adoptaient une approche pratique pour traiter avec la Chine, et a déclaré que cela aiderait à informer les entreprises des risques de travailler en Chine et les laisserait décider de le faire.

«Vous devez travailler avec la Chine sur des questions comme le changement climatique, mais nous devons également reconnaître que la Chine est un rival stratégique et qu’elle ne respecte pas les mêmes règles que tout le monde», a déclaré le PDG de la Chambre de commerce du Canada, Perrin Beatty, qui est présent à Bali.

Il a également souligné qu’Ottawa devait communiquer ses priorités commerciales en Asie de manière «holistique».

Selon lui, les entreprises canadiennes ont besoin d’aide pour tirer parti des nombreux accords commerciaux qu’Ottawa a signés et négocie actuellement, notamment par rapport à la nourriture, au carburant et à l’engrais – que le Canada a en quantité. 

M. Beatty a également déclaré que le Canada devrait faire «un post-mortem complet» des chocs de la chaîne d’approvisionnement pendant la pandémie de COVID-19, et déterminer s’il faut entreposer des marchandises essentielles au Canada, et dans quelle mesure le Canada devrait limiter le commerce aux pays alliés. 

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