Justin Trudeau et le G7 réaffirment leur soutien à l’OMS, en opposition à Trump

OTTAWA — Le Canada et ses alliés du G7 ont confronté jeudi le président Donald Trump, qui a décidé cette semaine de suspendre le financement américain à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les inquiétudes sur cette solidarité menacée ont été soulevées lors de la visioconférence que le président américain a organisée jeudi avec les autres dirigeants du G7 — les États-Unis occupent la présidence tournante du groupe cette année.

M. Trump est arrivé à cette réunion beaucoup plus impatient que ses collègues quant à la nécessité d’assouplir les mesures sanitaires et de redémarrer l’économie — à sept mois de l’élection présidentielle de novembre aux États-Unis.

Deux jours avant cette réunion au sommet, M. Trump avait suspendu la contribution financière américaine à l’OMS: il soutenait que l’agence des Nations unies avait été trop complaisante avec la Chine. D’autres pays considèrent toutefois l’OMS comme une agence vitale pour lutter contre la pandémie mondiale. Le gouvernement Trudeau a aussi défendu l’OMS comme un allié clé dans cette lutte.

Et cela s’est poursuivi lors de la réunion du G7 jeudi. «Je pense que nous avons tous reconnu combien il est important de continuer à coordonner et à partager les connaissances autour de la pandémie, à travailler sur des mesures de santé publique dans le monde entier, à partager des informations sur le développement de vaccins, sur les traitements qui peuvent fonctionner», a déclaré M. Trudeau après la réunion virtuelle.

«Nous avons besoin de coordination internationale et l’OMS est un élément important de cette collaboration et de cette coordination.»

Une «Alliance pour le multilatéralisme»

Une telle coordination prévoit notamment le soutien des efforts internationaux «pour développer un vaccin, étendre le traitement, les tests, et garantir que les fournitures médicales essentielles arrivent en première ligne», a ajouté le premier ministre.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a participé jeudi à une autre visioconférence internationale avec un groupe de pays — mais pas les États-Unis — qui se sont engagés eux aussi à renforcer les institutions internationales. Le Canada a participé, avec la France et l’Allemagne, à la création d’un groupe ad hoc, l’«Alliance pour le multilatéralisme», afin de «discuter de l’urgence de renforcer le cadre international de coopération pour faire face à la COVID-19».

M. Champagne a indiqué en entrevue que la décision du président Trump de supprimer le financement à l’OMS avait été discutée jeudi. Or, même si ses homologues conviennent que certaines organisations auraient besoin d’être réformées pour mieux fonctionner, «ce n’est pas le moment», a-t-il dit. «Nous devons maintenant soutenir ces agences internationales et le travail important qu’elles doivent accomplir.»

Des membres du G7 durement frappés

Les dirigeants des pays du G7 se réunissaient jeudi alors que la plupart d’entre eux sont confrontés à des défis gigantesques dans leur lutte contre le coronavirus.

L’Italie est le pays du G7 le plus touché, après les États-Unis, et bien que le virus montre des signes de décroissance dans ce pays, le système de santé italien fait face à une pression écrasante. L’ambassadeur d’Italie au Canada, Claudio Taffuri, a d’ailleurs appelé les Canadiens à aider son pays en faisant un don à la Croix-Rouge canadienne, dans le cadre d’un programme spécial qui acheminera ces fonds à la Croix-Rouge italienne.

La France, durement frappée, a dû se battre cette semaine sur plusieurs fronts. Un tribunal a jugé qu’Amazon ne faisait pas assez pour protéger ses travailleurs: la multinationale américaine a décidé de suspendre temporairement ses activités. Et l’emblématique Tour de France, grand rendez-vous du cyclisme international, a été reporté à la fin du mois d’août.

En Grande-Bretagne, le taux de mortalité dû au virus a continué d’augmenter alors que le gouvernement devait annoncer une prolongation de plusieurs semaines des mesures de confinement à l’échelle nationale.

Au Japon, le premier ministre Shinzo Abe avait déclaré plus tôt jeudi un état d’urgence élargi couvrant l’ensemble du pays — le décret précédent ne couvrait que Tokyo et les six régions les plus touchées.

L’Allemagne, la plus grande économie d’Europe, a annoncé cette semaine que même si elle respecterait des mesures strictes de distanciation sociale, elle rouvrirait certains commerces la semaine prochaine et les écoles en mai. Même si l’épidémie a ralenti au cours des dernières semaines, la chancelière Angela Merkel a déclaré que l’Allemagne devait avancer «à petits pas» et n’avait obtenu qu’un «fragile succès intermédiaire» pour contenir le virus.