Macron à Trump, à la veille du G7: «ça nous est aussi égal d’être à six»

OTTAWA — À la veille du Sommet du G7, le président français Emmanuel Macron a servi une leçon à Donald Trump, alors qu’il se tenait, jeudi matin, aux côtés d’un Justin Trudeau beaucoup plus conciliant. Le président américain, lui, a relevé rapidement le gant pour s’en prendre surtout à son voisin canadien.

«Peut-être que ça est égal au président américain aujourd’hui d’être isolé, mais nous, ça nous est aussi égal d’être à six, si besoin était», a lancé le président Macron.

«La volonté de signer un texte à sept ne doit pas être plus forte que notre exigence sur le contenu de ce texte. Je crois qu’on ferait une erreur si on disait qu’on est prêt à renoncer à tout, à ne plus dire qu’on tient à l’accord de Paris, au climat, au commerce,  pour avoir ce signataire», a argué M. Macron.

Puis, accord nucléaire iranien, changements climatiques ou tarifs sur l’acier et l’aluminium, le président français a critiqué vivement le président américain pendant la conférence de presse qui se tenait au foyer de la Chambre des communes.

«Nul d’entre nous n’est éternel», a lancé M. Macron, après avoir reproché à Donald Trump de s’être retiré de l’accord nucléaire iranien et de l’accord sur les changements climatiques. «Nos pays, les engagements que nous avons pris, nous dépassent. (…) Il y a une continuité de l’État qui est au coeur du droit international», a-t-il rappelé.

S’éloignant des principes pour devenir plus pragmatique, M. Macron a averti le président américain que la négociation qu’il s’apprête à avoir avec la Corée du Nord sur la dénucléarisation de ce pays manquera de crédibilité «si nous détricotons les négociations d’il y a trois ans sur le nucléaire iranien». 

«Vous n’êtes pas à l’aise avec l’accord signé par votre prédécesseur, peut-être parce qu’il a d’ailleurs simplement été signé par votre prédécesseur», a-t-il dit, adressant son discours directement au président américain. «N’empêchez pas les autres d’y rester et ne poussez pas l’Iran à en sortir», a-t-il exigé.

M. Macron et M. Trudeau s’en sont pris tous deux aux tarifs imposés sur l’acier et l’aluminium par le président américain. Mais en comparaison de la fougue française, le Canadien a paru moins combatif.

«On ne peut pas faire une guerre commerciale avec des alliés», est le message que M. Macron entend répéter au président américain à La Malbaie.

«Depuis les débuts (…) j’ai été poli, j’ai été respectueux, mais on a aussi été toujours très très fermes sur les intérêts de notre pays, de nos citoyens, et sur nos valeurs», a répété le premier ministre Trudeau.

Donald Trump attaque Justin Trudeau

En fin de journée, Donald Trump se tournait, comme à son habitude vers Twitter pour répondre à ses critiques.

«Veuillez dire au premier ministre Trudeau et au président Macron qu’ils imposent aux États-Unis de lourds tarifs et créent des barrières non monétaires», a-t-il d’abord écrit. «Hâte de les voir demain», ajoutait-il, laissant deviner un ton ironique.

Quelques heures plus tard, il s’en prenait plus directement et plus durement à M. Trudeau.

«Le premier ministre Trudeau s’indigne, soulève la relation qu’ont les États-Unis avec le Canada depuis tant d’années et d’autres choses encore… mais il ne dit pas qu’il nous font payer jusqu’à 300 pour cent sur les produits laitiers — faisant mal à nos fermiers, assassinant notre Agriculture!», a-t-il lancé, point d’exclamation et majuscule ajoutés pour l’emphase.

Il est prévu que M. Trump ait des rencontres bilatérales séparées avec M. Trudeau et M. Macron, à Charlevoix. Il sera également confronté à des questions sur les tarifs lors d’une réunion plus large des dirigeants du G7 sur l’état de l’économie mondiale, réunion qui lancera le sommet vendredi.