Keolis interrompt toutes ses liaisons autres que Montréal, Québec et Rimouski

MONTRÉAL — Il n’y aura plus d’autocars Orléans desservant la Gaspésie et le centre du Québec à compter du 7 février prochain, et ce, jusqu’à nouvel ordre.

Keolis Canada, propriétaire d’Orléans, a annoncé mercredi que la pandémie l’oblige à réduire de façon importante ses services jusqu’à ce que les conditions s’améliorent.

«La situation financière de l’entreprise aujourd’hui est critique. Si on veut assurer la pérennité d’Orléans Express et s’assurer qu’Orléans Express est là quand on sortira de la pandémie, il fallait prendre des décisions tout de suite», a expliqué le président-directeur général de Keolis Canada, Pierre-Paul Pharand, en entrevue avec La Presse Canadienne.

Ainsi, le service sera limité à deux liaisons, dont la desserte Montréal-Québec via la Rive-Sud du Saint-Laurent, sans aucune escale dans les municipalités du Centre-du-Québec. Une seule liaison quotidienne avec escale à Trois-Rivières sera par ailleurs maintenue sur la Rive-Nord.

La desserte de l’Est de la province sera maintenue, mais seulement jusqu’à Rimouski, laissant la Gaspésie sans transport interurbain. Cependant, les escales à Lévis, Montmagny, Rivière-du-Loup et Trois-Pistoles seront maintenues. Celle de Saint-Jean-Port-Joli est suspendue.

C’est donc dire que l’ensemble de la Gaspésie et du Centre-du-Québec sont désormais sans service d’autocar interurbain.

Presque vides

Keolis assure cependant qu’il s’agit de mesures exceptionnelles et temporaires, mais fait valoir qu’il n’est plus possible financièrement de maintenir le service dans les conditions actuelles.

Pierre-Paul Pharand explique que ce ne sont même pas les obligations sanitaires, qui limitent le nombre de passagers à bord des autocars, mais bien le fait que l’achalandage soit famélique.

«Nous avons droit à 50 % de capacité, donc 24 passagers plutôt que 52, mais les 24 ne sont pas là. Il y a quelques personnes, mais pas assez pour soutenir les liens que nous avons. Les autobus ne sont pas vides, mais il n’y a souvent que deux ou trois personnes.»

Discussions avec le ministre

M. Pharand a discuté avec le ministre des Transports, François Bonnardel, mercredi matin, pour lui expliquer la situation. Il se défend, toutefois, d’avoir demandé de l’aide financière.

«Il n’était pas question de dire au gouvernement: si vous ne nous donnez pas d’argent, on ferme. C’était pour lui dire que l’on comprend la situation et voici pourquoi nous prenons ces décisions-là.

«Il y a eu de bons échanges. Il y a eu de bonnes idées. Où le gouvernement va aller avec ça, je ne peux pas dire», ajoute-t-il, tout en reconnaissant que si jamais Québec décidait d’intervenir avec un soutien financier temporaire, Keolis n’hésiterait pas à reprendre la route.

«Autant nous avons l’intention de réexploiter notre réseau au complet dès qu’on le pourra, si du jour au lendemain le gouvernement disait que, pour assurer les services essentiels, on va vous aider, nous reprendrions le service demain matin. Nous comprenons très bien le caractère essentiel du service. Cette décision n’a pas été prise à la légère. C’est une question de pérennité, c’est une question de survie. C’est là que nous sommes rendus.»

Garantir un service essentiel

La porte-parole de Québec solidaire en matière de développement régional, Émilise Lessard-Therrien, et sa collègue responsable du dossier transports, Ruba Ghazal, n’ont pas tardé à réclamer du gouvernement caquiste «d’agir afin de garantir le maintien des services de transport interurbain par autocar en région». 

Les députées solidaires ont profité de l’occasion pour réitérer l’appel à la tenue d’un sommet sur le transport collectif régional et interurbain lancé par les transporteurs régionaux et plusieurs MRC et pour demander au gouvernement Legault de «cesser d’agir en catastrophe chaque fois qu’une compagnie n’offre plus de service de transport aux citoyens parce que ses liaisons ne sont pas lucratives». 

Le député péquiste des Îles-de-la-Madeleine et porte-parole en matière de transports, Joël Arsenault, a laissé entendre que le ministre Bonnardel avait «lancé la serviette» sur ce dossier et s’est demandé s’il «cautionne cette décision».

«Le (ministère des Transports) soutient le transport aérien régional depuis le début de la pandémie, pourquoi abandonner le transport par autocar, le seul moyen de transport interurbain encore accessible et abordable pour la majorité de la      population de la région?», s’est-il questionné dans un courriel transmis à La Presse Canadienne.

De son côté, la Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui regroupe les municipalités et MRC des régions, demande au ministre Bonnardel «une intervention d’urgence pour éviter que ces régions soient privées de ce service essentiel». La FQM reproche du même souffle à Orléans Express de «prioriser les grands marchés au détriment des communautés de nos territoires qui lui ont pourtant été loyales».

La FQM est particulièrement outrée du fait que «plusieurs MRC de ces régions contribuent depuis longtemps au maintien des services d’autocar Orléans Express, donc au bilan financier de cette entreprise» et demande au gouvernement «une intervention d’urgence pour assurer le maintien des services minimums partout sur le territoire», rappelant au passage qu’il l’a fait pour le transport aérien.

Remboursements

Keolis précise que les passagers qui ont déjà réservé un voyage au-delà du 7 février sur une des liaisons interrompues «pourront modifier leur billet, obtenir un crédit-voyage via leur compte-client ou obtenir un remboursement selon les politiques de remboursement de l’entreprise».

Laisser un commentaire