Kevin O’Leary se rallie à Maxime Bernier dans la course au Parti conservateur

Vedette de la téléréalité au Canada anglais, il était largement considéré comme le meneur de la course.

OTTAWA — Maxime Bernier semble croire la victoire à portée de main maintenant que celui qu’il estimait être son principal rival jette l’éponge et se range dans son camp.

C’est vers une heure trente du matin, mercredi, que Kevin O’Leary, convaincu par «les données», a contacté le député beauceron pour lui annoncer qu’il abandonnait la course au leadership du Parti conservateur et lui offrir son appui.

«Au Québec, les chiffres pour moi sont très bons parmi les membres du parti. Et la compétition que j’avais à l’extérieur du Québec, c’était par rapport à Kevin. Et là, on va unir nos forces», a déclaré M. Bernier au cours d’un point de presse à Toronto, mercredi après-midi, peu avant le dernier débat où allaient s’affronter les 13 candidats restants.

M. Bernier a refusé de dire s’il négociait pareilles ententes avec d’autres.

M. O’Leary, lui, n’a pas voulu admettre que c’est son ignorance du français qui aura eu raison de ses ambitions politiques, tout en reconnaissant que son problème était au Québec.

«La vraie raison (de mon abandon) est que je n’ai pu atteindre que 12 pour cent au Québec», a-t-il expliqué, se référant à des sondages.

«Mon plus grand défi était d’obtenir des appuis au Québec (…) C’est égoïste de remporter le leadership et de se dire, hourra, je suis le leader, et puis dans 24 mois, perdre (l’élection) pour le parti», a-t-il ajouté. «Regardez combien de fois le Québec a déterminé le résultat des élections fédérales dans ce pays. C’est la Floride du Canada», a dit l’homme d’affaires à qui certains reprochaient de passer plus de temps aux États-Unis, à gérer ses entreprises, qu’au Canada à tenter de se rallier l’appui des militants conservateurs.

Celui qu’on qualifiait de Trump canadien n’aura donc flirté que quatre mois avec la politique active.

Cette semaine, le Parti conservateur a annoncé qu’il comptait près de 260 000 membres. Ceux-ci voteront le 27 mai pour leur prochain chef. Les votes sont comptabilisés selon un système qui donne le même poids à chaque comté du pays, peu importe le nombre de membres conservateurs dans le comté. Il est donc très utile pour les candidats de convaincre les conservateurs des 78 circonscriptions québécoises.

Qui profitera du départ de Kevin O’Leary?

«Pour nous, c’est une très bonne nouvelle dans le fond. Ça devient vraiment officiellement une course à deux entre Andrew Scheer et Maxime Bernier. Ça ne peut pas être plus clair maintenant», a commenté, de Québec, le député Pierre Paul-Hus, qui milite pour le candidat Scheer.

M. Paul-Hus espère bloquer la voie à M. Bernier en ralliant le vote des conservateurs québécois qui tiennent au maintien de la gestion de l’offre.

«Pas besoin de changer de stratégie», a claironné M. Paul-Hus, pointant vers les politiques «libertariennes» du candidat beauceron, politiques qui professent la disparition du système de gestion de l’offre.

L’autre candidat qui défend la gestion de l’offre bec et ongles, Steven Blaney, n’a pas vraiment réussi, jusqu’ici, à faire lever sa campagne.

«C’est l’opportunité d’aller courtiser les voteurs et les voteuses (sic) qui s’apprêtaient à donner leur premier choix à M. O’Leary. Comme vous le savez, M. O’Leary s’est prononcé, notamment, en faveur de notre système agricole canadien (gestion de l’offre)», a dit M. Blaney en entrevue téléphonique.

«Les politiques de Max et les miennes sont pratiquement identiques», a pourtant dit M. O’Leary, à Toronto, faisant fi de sa position passée en faveur de la gestion de l’offre.

Si le camp Scheer assure que les appuis de M. O’Leary et ceux de M. Bernier ne sont pas des «vases communicants», et que le député beauceron n’est pas assuré de récolter tous les appuis laissés orphelins par l’abandon de M. O’Leary, ce revirement inattendu dans la course a provoqué un tir groupé vers M. Bernier, semblant confirmer qu’il est en tête de cette course.

«Une telle plateforme nous mènera directement à la débâcle en 2019», a dit Michael Chong, dans un communiqué, critiquant les prises de position trop à droite de M. Bernier.

Kellie Leitch, qui a beaucoup fait parler d’elle en début de course, promettant de faire passer un «test de valeurs» aux éventuels immigrants, a chargé son porte-parole de publier un communiqué.

«Sur bien des questions, comme la légalisation de la drogue, (Kevin O’Leary), Maxime Bernier et Justin Trudeau pensent pareil», a dénoncé Michael Diamond.

En quittant la course, M. O’Leary a promis de mettre sa visibilité médiatique, sur les réseaux sociaux entre autres, au service de M. Bernier.

«Trudeau doit partir. Voici l’homme qui doit le remplacer», a-t-il lancé au cours du point de presse de Toronto, se tournant vers le député Bernier.

Toutefois, M. O’Leary continuera à récolter des dons pour sa propre campagne avortée. «Ça coûte de l’argent de faire campagne», a-t-il rappelé.

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1 commentaire
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C’était assez intelligent de sa part en supposant que le Québec ne voterait pas pour un PM ne parlant pas français malheureusement.