Affaire Khashoggi: le Canada impose des sanctions à 17 ressortissants saoudiens

BUENOS AIRES, Argentine — Le Canada a annoncé jeudi des sanctions ciblées contre 17 ressortissants saoudiens liés au meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, en a fait l’annonce lors du sommet du G20 à Buenos Aires, en Argentine.

Les sanctions visent les personnes qui, de l’avis du gouvernement du Canada, sont «responsables ou complices de l’homicide extrajudiciaire» de Jamal Khashoggi commis le 2 octobre 2018 au consulat saoudien à Istanbul, en Turquie.

Ces sanctions ont pour effet de geler les avoirs de ces individus au Canada et de leur interdire d’entrer sur le territoire canadien.

Les États-Unis avaient déjà adopté des mesures similaires plus tôt en novembre.

Jamal Khashoggi comptait parmi les principaux détracteurs du régime saoudien. L’Arabie saoudite a fourni de multiples explications, souvent contradictoires, pour expliquer ce qui s’est passé lorsque M. Khashoggi s’est présenté au consulat d’Istanbul le 2 octobre.

«Le meurtre de Jamal Khashoggi est odieux et constitue une atteinte inadmissible à la liberté d’expression de toutes les personnes», a déclaré la ministre Freeland.

Le Canada a marché sur une mince glace en dévoilant ses sanctions jeudi, évitant d’établir un lien direct entre le prince héritier Mohammed ben Salmane et le meurtre du journaliste dans les remarques publiques de Mme Freeland ou dans des documents associés à cette annonce.

Mme Freeland a défendu cette position, affirmant que le Canada souhaitait qu’une enquête crédible et transparente identifie toutes les personnes impliquées dans un acte «aussi grave et odieux» que la mort de M. Khashoggi.

«Il est très important d’agir et de ne parler que sur la base d’une certitude réelle», a-t-elle fait valoir. «Ce ne sont pas des mesures que nous prenons à la légère, ce ne sont pas des accusations que nous pouvons faire à la légère.»

Un invité embarrassant

Le Canada et d’autres pays examinent la manière dont ils aborderont la présence de Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, au sommet du G20 qui doit commencer vendredi.

Il s’agit de la visite à l’étranger la plus importante du prince héritier depuis le meurtre de M. Khashoggi, et d’autres dirigeants devraient profiter de l’occasion pour faire pression sur lui afin qu’il en dise plus sur les circonstances de la mort du journaliste.

Mme Freeland n’a pas voulu dire si les Canadiens parleront aux Saoudiens lors de la réunion des dirigeants des plus grandes économies du monde à Buenos Aires.

Le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), David Vigneault, a été envoyé en Turquie plus tôt en novembre pour recueillir des informations et écouter un enregistrement des autorités turques concernant le meurtre de M. Khashoggi.

M. Vigneault a informé le premier ministre Justin Trudeau ainsi que d’autres hauts fonctionnaires sur le contenu de cet enregistrement.

Le meurtre de M. Khashoggi, qui a suscité de nombreuses condamnations à travers le monde, a également ravivé l’indignation du public canadien au sujet de l’accord controversé de 15 milliards $ pour la vente de véhicules blindés légers au royaume saoudien.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a annoncé jeudi qu’il comptait presser le gouvernement libéral d’«avoir le courage» de ne pas se contenter de sanctions et de cesser immédiatement toute vente d’armes à l’Arabie saoudite.

Cela fait plus d’un mois que le premier ministre a annoncé que le gouvernement réexaminait les autorisations d’exportation actuelles vers le royaume, a rappelé la porte-parole du NPD en matière d’Affaires étrangères, Hélène Laverdière.

Amnistie internationale Canada a salué les sanctions, tout en affirmant que l’interdiction d’exporter des véhicules blindés vers l’Arabie saoudite devrait faire partie de la réponse du Canada.

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Comble d’hypocrisie et déficit de lucidité
1- au Rwanda des milliers de Khashoggi sont tués, mais Ottawa flirte copieusement avec le régime fasciste de Paul, le Pol Pot rwandais de mon avis, le Hitler africain écrit le professeur belge @freyntje Reyntjens. Qu’attend la ministre Freeland pour sortir le Canada du temple de sang que décrit clairement l’écrivaine Judi River dans « In praise of blood »?
2- Les sanctions économiques unilatérales sont ridicules. Vous ne vendez pas, d’autres vont vendre. Vaut mieux investir dans le changement politique, structurel et intelligent, de l’intérieur.