Ottawa songe à investir dans l’oléoduc Trans Mountain pour sa construction

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a convoqué une réunion d’urgence de son cabinet mardi après-midi pour discuter du dossier de l’oléoduc Trans Mountain, moins de 24h après l’annonce par la société Kinder Morgan qu’elle suspendait toute activité et investissement non essentiels entourant son projet.

La Chambre des communes ne siège pas depuis la semaine dernière. Une pause qui permet généralement aux parlementaires de faire du travail en circonscription et durant laquelle le conseil des ministres se rencontre rarement.

Les répercussions du conflit entre l’Alberta et la Colombie-Britannique changent la donne.

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, menace de réduire la quantité de pétrole acheminée dans la province voisine, si son homologue continue de s’opposer à l’expansion de l’oléoduc. Cette mesure de représailles pourrait faire monter le prix de l’essence en flèche en Colombie-Britannique.

Le gouvernement Trudeau doit prendre des mesures concrètes pour permettre au projet d’oléoduc, qui avait été approuvé par le Cabinet en 2016, d’aller l’avant sans quoi les investisseurs étrangers recevront un mauvais signal, selon le chercheur à l’Institut économique de Montréal Germain Belzile.

«Il faut qu’ils réaffirment que le projet est accepté et qu’ils vont se battre très, très rapidement, qu’ils vont demander des injonctions pour empêcher les gouvernements locaux, donc le gouvernement de la Colombie-Britannique, mais aussi les gouvernements municipaux, de mettre la moindre entrave au projet», a suggéré le chercheur de l’Institut économique de Montréal, Germain Belizle.

Il souligne que quatre projets d’envergure d’une valeur totalisant 84 milliards $ ont été abandonnés depuis janvier 2017, incluant l’oléoduc Énergie Est dont la construction a été annulée l’automne dernier.

«Pendant ce temps-là aux États-Unis, il y a une explosion de l’investissement dans le domaine gazier et pétrolier, a-t-il noté. Alors, ce qu’on ne fait pas, nous, parce qu’on a des politiques qui découragent les investisseurs, c’est tout simplement réalisé ailleurs.»

Des fonds publics pour Trans Mountain ?

Le gouvernement fédéral n’a pas exclu lundi d’investir des sommes pour l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain afin qu’il aille de l’avant, comme songe à le faire le gouvernement de l’Alberta.

«Notre gouvernement examine activement toutes les options à sa disposition pour faire avancer ce projet, qu’elles soient réglementaires, juridiques ou financières, a fait savoir le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr, par courriel. Nous travaillerons de concert avec tous les partenaires de bonne volonté. Ce pipeline va se construire.»

Questionné à ce sujet lors de son passage à Montréal lundi après-midi, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu préciser quelles options étaient envisagées.

«On est dans une situation où la juridiction et la capacité du gouvernement fédéral de déterminer des projets dans l’intérêt national sont en jeu, a-t-il affirmé. (…) C’est dans l’intérêt de tous les Canadiens qu’on ait de nouveaux marchés pour nos produits pétroliers. On est prisonnier du marché américain et à cause de ça, on fait bien moins d’argent pour nos ressources que l’on devrait. C’est un moteur économique important pas seulement pour l’ouest du pays, mais pour tout le pays.»

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a signalé dimanche que son gouvernement était prêt à investir des sommes directement dans le projet pour rétablir la confiance des investisseurs. Une idée soutenue par son plus proche rival, le chef du Parti conservateur uni de l’Alberta, Jason Kenney, à condition qu’Ottawa contribue.

Le président-directeur général de Kinder Morgan, Steve Kean, a affirmé lundi que son entreprise est ouverte à recevoir du financement public si cela garantit que l’oléoduc sera construit.

La société américaine Kinder Morgan a suspendu son projet de 7,4 milliards $ dimanche, dans lequel elle avait déjà investi 1,1 milliard $L’entreprise dit avoir pris cette décision à cause de l’opposition du gouvernement de la Colombie-Britannique, qui veut porter le dossier devant les tribunaux.

Le projet Trans Mountain a fait aussi l’objet d’une grande contestation de la part des écologistes et des Autochtones. Plusieurs manifestations se sont déroulées au terminal de la société à Burnaby, en Colombie-Britannique. Environ 200 personnes ont récemment été arrêtées pour avoir défié une injonction les empêchant de manifester trop près de l’endroit, dont deux politiciens fédéraux. Il s’agit de la chef du Parti Vert, Elizabeth May, et du député néo-démocrate Kennedy Stewart.

Le chef néo-démocrate fédéral, Jagmeet Singh, a évité, en entrevue, de prendre position sur l’investissement de sommes publiques dans ce projet d’oléoduc.

«La première étape est de vraiment régler les préoccupations des environnementalistes, des communautés autochtones et du peuple de la Colombie-Britannique avant de prendre une autre décision», a-t-il dit.

Les gouvernements de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, tous deux dirigés par des néo-démocrates, sont à couteaux tirés sur l’avenir de l’oléoduc.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a blâmé le premier ministre Justin Trudeau qui n’en a pas fait assez, selon lui, pour défendre le projet.

M. Trudeau «n’a pris aucune mesure concrète pour assurer la réalisation de ce projet». Il l’accuse également d’avoir imposé des politiques qui nuisent au secteur énergétique, comme la taxe sur le carbone, et qui font fuir les investisseurs.

Il ajoute que l’industrie pétrolière et gazière est l’une des «plus responsables sur les plans environnemental et social du monde».

L’oléoduc Trans Mountain sert déjà à transporter environ 300 000 barils de pétrole par jour des sables bitumineux de l’Alberta à la Colombie-Britannique et dans l’État de Washington aux États-Unis. Le projet d’expansion, qui avait été approuvé par le gouvernement Trudeau en 2016, permettrait de tripler la capacité de l’oléoduc.

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