Kitcisakik: pas d’eau courante ni d’électricité avant au moins un an

VAL D’OR, Qc — L’arrivée de l’eau courante et de l’électricité dans le village algonquin de Kitcisakik, situé dans la réserve faunique La Vérendrye, n’est pas pour demain matin. Et pour ajouter du sel sur la plaie, la pandémie de COVID-19 retarde (encore) les choses.

«On n’entrevoit pas de changements au cours de la prochaine année, déclare Régis Penosway, chef de la petite communauté de 500 habitants. On doit suivre le processus, et cela implique plusieurs étapes, entre autres dans nos négociations avec les gouvernements de Québec et d’Ottawa.»

Comme cela a été le cas ailleurs, la COVID-19 ralentit le processus, incluant les rencontres avec les représentants gouvernementaux. Le village a d’ailleurs été complètement fermé au début avril, et le déconfinement s’ébranle, mais lentement. «Ce n’est pas la situation idéale pour régler le dossier», avoue Régis Penosway.

Partis de loin

À Kitcisakik, on part de loin. Et pas seulement parce qu’il n’y a ni eau courante, ni électricité. Les résidants doivent tout d’abord s’entendre sur le nouveau site. Il existe un conflit qui dure depuis plusieurs dizaines d’années entre les traditionnalistes et les modérés.

Dans les faits, il y a deux Kitcisakik : le premier se trouve plus à l’ouest du réservoir Dozois, et on y trouve les résidences d’été, plus traditionnelles. Le cimetière de la communauté se trouve dans ce secteur. Le problème, c’est qu’en raison de la présence du barrage Bourque, plusieurs de ces résidences sont inondées au printemps. La situation a atteint son paroxysme en 2017, lorsque Hydro-Québec a ouvert les vannes du barrage pour tenter de régulariser la situation en Outaouais et dans la couronne nord de Montréal.

L’autre Kitcisakik se trouve à environ 6 km de la route 117, et abrite la plupart des services communautaires : bloc sanitaire (pour les douches), école primaire, dépanneur et station d’essence, ainsi que les bureaux du conseil de la communauté. Le dispensaire s’y trouve également. D’énormes génératrices assurent des services de base, ce qui permet le fonctionnement de ces édifices communautaires.

Si certains voudraient déménager le village dans ce secteur, une bonne partie de la population tient encore mordicus à son mode de vie traditionnel. «On ne sait pas encore où on va situer le nouveau village, indique Régis Penosway. C’est vital pour nos négociations de savoir où la communauté veut aller, pour permettre aux gouvernements et à Hydro-Québec de savoir où s’installer.»

Des modèles

Les dirigeants de la petite communauté, située à 90 km au sud de Val-d’Or, ont pris pour modèle la communauté crie d’Oujé-Bougoumou, près de Chibougamau. La relocalisation de cette communauté ne s’est pas faite facilement, mais les factions en place ont fini par s’entendre. «Ils ont eu besoin de plusieurs référendums avant de prendre une décision, rappelle Régis Penosway. C’est comme cela qu’on a l’intention de procéder ici aussi.»

En attendant, des rénovations importantes sont prévues pour cet été, indique le chef. «On va ajouter des douches au bloc sanitaire, et agrandir aussi le coin buanderie», annonce-t-il. Plusieurs membres de la communauté veulent également suivre des formations en construction et en entrepreneuriat. Un projet à cet effet est en cours dans la communauté. «On veut être prêts quand on sera fixés, dit le chef Penosway. L’arrivée de l’électricité et de l’eau courante, c’est essentiel pour notre développement économique. Mais pour cela, une des conditions majeures, c’est de s’entendre sur la localisation du village.»

Texte de l’Initiative de journalisme local

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