L’ effet réel de la pandémie sur l’itinérance prendra des années à se faire sentir

OTTAWA — Un rapport commandé par le gouvernement fédéral indique que l’effet réel de la pandémie sur le nombre de sans-abri au Canada ne se fera pas sentir avant trois à cinq ans, ce qui donne aux décideurs du temps pour prendre des mesures afin d’éviter que la crise ne pousse davantage de gens à la rue.

L’une des raisons de ce décalage temporel est que les personnes dans le besoin vont d’abord tenter de se prévaloir le plus possible des aides gouvernementales avant d’épuiser leurs économies. C’est alors qu’ils risquent de prendre du retard dans le paiement de leur loyer, ce qui pourrait mener à des expulsions.

L’auteur du rapport dit qu’il ne serait pas surpris de voir le nombre de sans-abri augmenter de 10 à 15 % dans certaines villes en fonction de ce qui se passera sur le marché du travail.

Mais étant donné le délai avant que les effets de la pandémie ne se fassent pleinement sentir, le rapport demandé par Emploi et Développement social Canada recommande d’augmenter le financement des stratégies de prévention comme l’élargissement d’un supplément fédéral au loyer.

Le rapport recommande également à l’Agence du revenu du Canada de mettre la pédale douce lorsqu’il sera temps de réclamer aux bénéficiaires des mesures d’aide liées à la pandémie le remboursement de trop-payés, en particulier pour ceux qui reçoivent de l’aide sociale.

L’auteur du rapport, Nick Falvo, un expert de l’itinérance à Calgary, estime que ce qui se passera ensuite sera le résultat de l’aide fédérale, de la demande de main-d’œuvre régionale et des marchés locaux du logement, ce qui signifie que certaines villes pourraient voir une augmentation de l’itinérance, tandis que d’autres seraient épargnées.

Les défenseurs des personnes vulnérables s’alarment depuis des mois des impacts potentiels de la pandémie de COVID-19 sur le sans-abrisme, en raison des pertes historiques d’emplois qui ont touché de manière disproportionnée les travailleurs à faible revenu.

Des groupes ont mis en évidence le recours accru aux banques alimentaires et aux services sociaux offerts par les organismes sans but lucratif.

«Bien qu’il y aura un décalage de trois à cinq ans, cela ne veut pas dire que les choses ne se passent pas maintenant», a souligné M. Falvo.

En septembre, les libéraux ont injecté 236,7 millions de dollars supplémentaires dans un programme fédéral de lutte contre l’itinérance et ont offert 1 milliard de dollars pour construire ou acheter rapidement des immeubles existants afin d’y aménager des logements abordables.

Ce financement, bien qu’utile, ne sera pas répété, mais il devrait se poursuivre de façon continue sous une forme ou une autre, juge M. Falvo.

Son rapport réclame une bonification de l’Allocation canadienne d’aide au logement, un supplément au loyer destiné aux personnes qui ont besoin d’un logement plutôt que d’être utilisé pour subventionner des logements en particulier.

Il appelle également à une augmentation des dépenses dans les mesures de lutte contre l’itinérance, mais recommande que celles-ci soient dirigées vers les ménages qui risquent de perdre leur logement ou qui viennent de le perdre.

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