La Banque d’Angleterre lance un avertissement contre la guerre commerciale

LONDRES — Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a averti mardi que l’économie britannique progressait à peine en raison des incertitudes grandissantes sur le Brexit et de l’intensification des tensions commerciales.

Dans un discours portant sur plusieurs sujets, M. Carney a noté qu’un «changement radical» s’était opéré sur les marchés financiers ces derniers mois, essentiellement attribuable aux inquiétudes suscitées par l’économie mondiale. Les tensions commerciales, en particulier celles impliquant les États-Unis et la Chine, risquent de pousser «l’économie mondiale vers un naufrage» et c’est une crainte qui a pris racine sur les marchés financiers, a-t-il fait valoir.

«Reflétant l’atmosphère plus fébrile, une guerre commerciale a grimpé en tête des risques les plus inquiétants pour les investisseurs et les niveaux d’incertitude quant à la politique économique mondiale ont atteint des records», a-t-il affirmé.

Certaines de ces tensions se sont apaisées au cours du week-end, le président américain Donald Trump et son homologue chinois, Xi Jinping, ayant décidé de reprendre les négociations commerciales. Mais M. Carney a souligné qu’il serait sage, pour les investisseurs, de ne pas trop s’emporter.

«Les progrès d’aujourd’hui ne sont pas une garantie de progrès pour demain», a-t-il affirmé.

M. Carney, qui doit quitter la banque centrale à la fin janvier après avoir passé sept ans à sa barre, a indiqué que l’économie britannique devait s’ajuster à toutes ces tensions commerciales alors qu’elle doit déjà composer avec l’incertitude aiguë entourant sa sortie de l’Union européenne.

Un Brexit sans accord?

Le Royaume-Uni devait initialement quitter l’Union européenne le 29 mars, mais en raison de l’incapacité des parlementaires à approuver l’accord conclu par la première ministre Theresa May avec l’Union européenne, une prolongation lui a été accordée, jusqu’au 31 octobre. Jeremy Hunt et Boris Johnson, qui se livrent une lutte pour succéder à Mme May en tant que chef du Parti conservateur et premier ministre, ont déjà indiqué qu’ils seraient prêts à soutenir un Brexit «sans accord» à cette date si aucune entente révisée n’était conclue avec l’UE.

La plupart des économistes croient qu’un tel résultat conduira à une profonde récession au Royaume-Uni, alors que des tarifs douaniers et d’autres restrictions au commerce seront imposés.

«Des données récentes suggèrent également que la probabilité qu’un affaiblissement de l’économie mondial se traduise par des retombées négatives pour le Royaume-Uni est en hausse et que l’incidence négative des incertitudes entourant le Brexit sur la croissance sous-jacente pourrait s’intensifier», a-t-il affirmé. «Les derniers sondages semblent annoncer une croissance nulle de la production britannique.»

Au premier trimestre de l’année, l’économie britannique a progressé de 0,5 pour cent par rapport au trimestre précédent, mais cela était attribuable en grande partie au fait que les entreprises ont augmenté leur production pour constituer des stocks avant la date originale du Brexit.

«La croissance au deuxième trimestre sera considérablement plus faible, en partie en raison de l’absence de cet effet de constitution de stocks et des fermetures temporaires de plusieurs grands constructeurs automobiles liées au Brexit», a expliqué M. Carney. «À mon avis, la croissance sous-jacente du Royaume-Uni est actuellement en deçà de son potentiel pour le premier semestre de l’année.»

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie