La Banque du Canada abaisse son taux directeur à 0,25 %

OTTAWA — La Banque du Canada a procédé vendredi à une nouvelle réduction de son taux d’intérêt directeur pour le ramener à un niveau de crise, tandis que le gouvernement fédéral a bonifié son aide financière aux entreprises, deux efforts qui s’inscrivent dans la lutte contre le choc économique provoqué par la pandémie de COVID-19.

C’est le double choc du nouveau coronavirus et d’un plongeon des prix du pétrole qui a convaincu la banque centrale de faire son annonce surprise — sa deuxième baisse non prévue en deux semaines et sa troisième en comptant celle, prévue, du début mars. Son taux directeur a été abaissé d’un demi-point de pourcentage à 0,25 %, alors qu’il se situait à 1,75 % aux premiers jours de mars.

La décision ramène le taux directeur à ce que la banque centrale a appelé «sa valeur plancher», soit le niveau le plus bas auquel les taux peuvent être fixés, même s’ils ne peuvent à eux seuls stimuler l’activité économique puisque les travailleurs sont invités à rester chez eux.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a indiqué qu’il restait encore des outils dans le coffre de la banque centrale, mais qu’il essayait de faire tout ce qu’il pouvait en ce moment pour lutter contre le sévère choc économique.

«Un pompier n’a jamais été critiqué pour avoir utilisé trop d’eau, a illustré M. Poloz. Nous voulons nous assurer que nous avons un excellent fonctionnement du marché et que l’économie a une base solide pour la croissance lorsque l’activité reprendra.»

Les économistes s’attendaient à ce que la Banque du Canada réduise ses taux à l’occasion de sa prochaine annonce, prévue à la mi-avril, mais elle devait réagir à l’ampleur des dégâts économiques jusqu’à maintenant pour ramener les taux à des «creux de crise», a observé Benjamin Reitzes, directeur des taux canadiens à la Banque de Montréal.

Brett House, économiste en chef adjoint de la Banque Scotia, a estimé que la seule raison pour laquelle la banque n’avait pas agi plus tôt était que la précédente réduction n’avait pas encore fait son chemin dans le système et réduit les coûts d’emprunt.

Mais la série de programmes de financement annoncée au cour de la dernière semaine a aidé, a-t-il dit. La banque centrale a en outre annoncé vendredi deux nouveaux programmes qui pourraient être qualifiés de mesures d’assouplissement quantitatif.

L’un consistera à acheter du papier commercial afin d’atténuer les tensions sur les marchés du financement à court terme, tandis que l’autre verra la banque centrale commencer à acquérir des titres du gouvernement fédéral sur le marché secondaire en y engageant un minimum de 5 milliards $ par semaine.

Coup de pouce d’Ottawa

Peu de temps après l’intervention de M. Poloz, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il augmentait à 75 % sa proposition de subvention salariale pour les entreprises. Un large éventail de groupes d’entreprises et de syndicats avait critiqué la proposition initiale, qui évoquait une subvention de 10 %, parce qu’elle était bien en deçà de ce qui était jugé nécessaire pour éviter des mises à pied massives.

Les nouvelles mesures, et le fait que leur effet soit rétroactif au 15 mars, pourraient permettre à certaines petites entreprises qui ont dû mettre à pied des travailleurs de les réembaucher rapidement.

Les Canadiens auront une meilleure idée de la situation de l’emploi au début du mois prochain lorsque Statistique Canada publiera son enquête mensuelle sur la population active. Le statisticien en chef, Anil Arora, a lancé vendredi un plaidoyer pour que davantage d’entreprises interviennent dans plusieurs villes, dont Toronto et Vancouver, pour aider à obtenir «le compte rendu le plus exact de la situation».

Les libéraux ont également indiqué qu’ils travaillaient avec les banques pour fournir des prêts pouvant atteindre 40 000 $ aux petites entreprises. Ceux-ci ne comporteront aucun intérêt pendant la première année et le quart des prêts, soit un maximum de 10 000 $, pourrait être radié si le remboursement est complété d’ici le 31 décembre 2022.

Énorme déficit budgétaire en vue

Ces mesures portent la valeur du plan de sauvetage à ce jour à plus de 200 milliards $, incluant 52 milliards $ en dépenses directes, 85 milliards $ en reports d’impôts pour les particuliers et les entreprises et 65 milliards $ en prêts. Dans une note de recherche, le service d’études économiques de la Banque TD a estimé que l’augmentation de la subvention salariale pourrait ajouter 25 milliards $ en dépenses directes au total.

Le directeur parlementaire du budget a pour sa part estimé vendredi que le gouvernement avait la possibilité de dépenser davantage, en particulier avec des taux aussi bas qu’ils le sont actuellement.

Dans son rapport, Yves Giroux, qui dépeint le scénario possible d’un ralentissement de six mois pour l’économie canadienne, suggère que le déficit fédéral pour le prochain exercice pourrait atteindre 112,7 milliards $ — un bond de 89,5 milliards $ par rapport à ses prévisions précédentes.

Ce nombre ne comprend cependant pas les dépenses supplémentaires annoncées cette semaine par les libéraux pour offrir une prestation de 2000 $ par mois, pour une période pouvant aller jusqu’à quatre mois, aux Canadiens dont le revenu se tarit en raison de COVID-19. Il n’inclut pas non plus l’argent que les libéraux ont annoncé vendredi pour l’augmentation des subventions salariales.

Un rapport de la Banque Royale publié plus tôt cette semaine a laissé entendre qu’un déficit de 200 milliards $ n’était peut-être pas hors de portée, selon la sévérité et la durée du ralentissement.

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