La basilique Notre-Dame, durement touchée par la crise, lance un appel à l’aide

MONTRÉAL — La basilique Notre-Dame de Montréal, l’un des bâtiments religieux les plus connus du Canada, demande une aide urgente des gouvernements pour faire face à un lourd déficit budgétaire causé par la crise de la COVID-19.

La directrice de l’église historique du Vieux-Montréal, Claudia Morissette, a indiqué que l’institution s’attendait à un manque à gagner d’environ 12 millions $ cette année, car les événements culturels et les visites guidées restent suspendus en raison de la pandémie.

«C’est énorme. Cela représente 85 % de nos revenus totaux», a déclaré Mme Morissette en entrevue avec La Presse Canadienne.

Elle explique que ces revenus sont absolument nécessaires pour préserver et restaurer le bâtiment en pierre, construit dans les années 1820 dans le style néo-gothique. La basilique, qui accueillait environ un million de visiteurs par an avant la pandémie, est l’une des principales attractions touristiques de Montréal.

Une première phase de travaux de restauration est déjà en cours sur sa façade, mais l’institution craint de ne pas avoir les moyens de financer les deuxième et troisième phases de restauration sur les tours est et ouest du bâtiment, indique Mme Morissette.

Ces trois premières phases, considérées comme urgentes, devraient coûter 9,2 millions $ sur un total de près de 30 millions $ de travaux nécessaires pour préserver et restaurer la basilique au cours de la prochaine décennie.

«On ne peut pas mettre (ces projets) sur pause parce que ça risque de mettre en péril l’intégrité des tours et même de devenir dangereux», affirme la directrice. «On ne contrôle pas non plus la dégradation des autres phases, qui sont pour l’instant prioritaires, mais qui pourraient devenir urgentes au détour d’un hiver. (…) Si on attend, ça va coûter plus cher.»

Des bâtiments vieillissants

La basilique Notre-Dame n’est pas la seule église du Québec confrontée à des défis économiques en raison de la crise de la COVID-19. De nombreuses églises peinent à assumer leurs frais et à entretenir leurs bâtiments vieillissants alors que la pandémie les a obligées à suspendre leurs activités ce printemps.

Le ministère de la Culture du Québec a annoncé le mois dernier qu’il investirait 15 millions $ pour préserver le patrimoine religieux, ciblant 62 édifices et trois orgues. La ministre Nathalie Roy a déclaré que l’investissement contribuerait également à stimuler l’économie et à créer des emplois pour les artisans et les ouvriers.

Mme Morissette a précisé que la basilique Notre-Dame avait reçu l’an dernier 1 million $ du Conseil du patrimoine religieux du Québec, un organisme à but non lucratif qui soutient la conservation des bâtiments historiques, pour aider à financer une partie de la première phase de sa restauration. Mais la basilique n’a pas été incluse dans le nouveau financement annoncé par le ministère.

«On comprend qu’on n’est pas les seuls. On sait que la COVID a affecté beaucoup de gens. Mais on est un pôle d’attraction majeur. On est un joyau patrimonial principal», souligne-t-elle.

Dans un courriel transmis à La Presse Canadienne vendredi, le ministère de la Culture affirme avoir rencontré des représentants de la basilique le 29 juillet dernier et leur avoir présenté «différentes pistes de financement possibles» pour les travaux.

Parmi celles-ci figure notamment un programme de protection du patrimoine culturel à caractère religieux, a indiqué Emilie Mercier, une porte-parole du ministère.

«Le Ministère recevra et analysera toute demande de financement déposée par les représentants de la basilique.»

Andréanne Jalbert-Laramée, conseillère en patrimoine culturel au Conseil du patrimoine religieux du Québec, affirme que si la basilique Notre-Dame est en difficulté, cela signifie que les églises plus petites et moins renommées le sont aussi.

«Le cas de la basilique n’est pas isolé. Il y a beaucoup d’autres églises (…) qui vivent une pression financière très difficile et ça peut avoir un impact sur l’état des bâtiments», explique-t-elle.

Elle estime qu’environ 40 millions $ sont nécessaires pour restaurer et préserver les édifices du patrimoine religieux partout au Québec. L’investissement de 15 millions $ du gouvernement est un bon début, selon elle.

«Ce sont des subventions qui sont essentielles pour la survie de ces bâtiments», dit Mme Jalbert-Laramée. «Le besoin est grand, le besoin est là.»

La directrice de la basilique Notre-Dame se demande bien comment l’institution historique arrivera à financer sa restauration. 

Bien que les messes quotidiennes aient repris le mois dernier, les visites guidées et les spectacles qui attirent les touristes sont toujours suspendus. La saison estivale, qui attire généralement des centaines de milliers de visiteurs, est complètement tombée à l’eau, dit-elle, et on ne sait pas encore si les activités reviendront à la normale l’an prochain.

En 2018, la basilique a rapporté avoir vendu près de 833 500 billets pour des visites guidées et plus de 227 000 billets pour son spectacle «Aura». Mme Morissette souligne que l’institution réussissait à être autonome dans le financement de ses travaux de restauration, jusqu’à l’arrivée de la crise.

Elle demande aux différents ordres de gouvernement — fédéral, provincial et municipal — de fournir une aide financière urgente pour aider Notre-Dame à compenser ses pertes.

«Parce qu’elle est le symbole de la fondation de la ville de Montréal, qu’elle est l’un des monuments religieux les plus reconnus en Amérique, qu’elle est la principale raison d’attraction touristique dans le Vieux-Montréal (…) Il faut préserver ce joyau pour que les prochaines générations en profitent.»

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