La C.-B. a conclu une entente sur les transferts fédéraux en santé

VICTORIA – Le gouvernement de la Colombie-Britannique a conclu une entente avec Ottawa sur les transferts fédéraux en santé, qui comprend notamment une enveloppe extraordinaire de 10 millions $ pour la lutte «en première ligne» contre la crise des opioïdes, qui frappe de plein fouet cette province.

L’entente prévoit la hausse annoncée de 3,0 pour cent par année des transferts fédéraux en matière de santé, et une enveloppe supplémentaire de 1,4 milliard $ sur 10 ans pour les «fonds dédiés»: 785,7 millions $ pour les soins à domicile et 654,7 millions $ pour la santé mentale. De plus, le gouvernement fédéral versera 10 millions $ à la Colombie-Britannique pour faire face à la crise des opioïdes, qui a fait 914 morts l’an dernier dans cette seule province.

La Colombie-Britannique a indiqué vendredi que 116 personnes étaient mortes de drogues illicites en janvier dans cette province, la plus touchée par la crise des opioïdes.

La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a par ailleurs annoncé vendredi une enveloppe de 65 millions $ pour lutter contre la crise à l’échelle nationale. Ces sommes serviront notamment à améliorer les tests de laboratoire et la cueillette de données sur l’épidémie.

La conclusion de cette entente bilatérale constitue une rupture de ton du gouvernement libéral de Christy Clark, qui s’est toujours opposé à l’offre d’Ottawa, et qui était solidaire du front commun des provinces récalcitrantes — avec le Québec, l’Ontario, l’Alberta et le Manitoba. Ces provinces réclamaient une hausse annuelle de 5,2 pour cent des transferts fédéraux.

Les autres provinces et territoires ont conclu tour à tour une entente bilatérale avec Ottawa après l’échec de négociations nationales juste avant Noël. Toutes les provinces avaient alors rejeté l’offre fédérale, qui prévoyait que la hausse annuelle des transferts fédéraux passerait de 6,0 à 3,5 pour cent.

Ottawa offrait par ailleurs des «fonds dédiés» pour la santé mentale et les soins à domicile. Le Québec, notamment, estimait qu’Ottawa empiétait ainsi dans les champs de compétence provinciale en décidant où l’argent fédéral devait aller. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a parlé de «fédéralisme prédateur».

Le mois dernier, le ministre de la Santé de Colombie-Britannique, Terry Lake, disait se sentir trahi par l’approche «diviser pour régner» adoptée par Ottawa depuis l’échec des négociations nationales de décembre. La crise des opioïdes en Colombie-Britannique a peut-être fait pencher la balance dans cette province qui était un pilier du front commun contre l’offre d’Ottawa.

«Nous avons pris en Colombie-Britannique des mesures draconiennes dans la crise des opioïdes, à hauteur de près de 100 millions $ jusqu’ici», a expliqué vendredi le ministre Lake, flanqué de son homologue fédérale.

Interrogé vendredi sur ce nouvel effritement du front commun des provinces, le premier ministre Philippe Couillard n’a pas semblé démonté. «En fin d’analyse, on verra quel est le résultat final de ça: le budget fédéral va être déposé, là. Nous, ce qu’on sait, c’est que la clause d’asymétrie va être préservée, ce qui est déjà très important pour le Québec, qu’on avait gagnée en 2004 et qu’on va préserver — ça, on le sait de façon précise.»

En décembre dernier, avant les négociations nationales, M. Couillard soutenait que Justin Trudeau l’avait assuré qu’Ottawa respecterait cette clause d’asymétrie, qui assure le Québec de pouvoir établir ses propres priorités en matière de santé dans le cadre de toute entente avec le gouvernement fédéral. Cette clause d’asymétrie avait été obtenue alors que M. Couillard était ministre de la Santé dans le gouvernement de Jean Charest.

M. Couillard a par ailleurs répété l’argument qu’il tient depuis l’an dernier: le gouvernement fédéral veut réduire sa participation alors que les pressions sur le système de santé augmentent de façon continuelle.