Trump va en cour pour suspendre le décompte dans des États clés

Des recours judiciaires auraient été intentés dans les États clés de la Pennsylvanie, du Michigan et de la Géorgie.

WASHINGTON — La campagne de Donald Trump dit avoir intenté des recours judiciaires en Pennsylvanie, au Michigan et en Géorgie, mercredi, préparant le terrain à une contestation des résultats électoraux dans des États qui pourraient déterminer l’issue de l’élection présidentielle américaine.

La requête déposée en Pennsylvanie vise à faire suspendre le dépouillement en raison d’un manque de « transparence » allégué. Le directeur adjoint de la campagne de M. Trump a dit vouloir « empêcher les responsables électoraux démocrates de cacher le décompte des voix à nos observateurs de scrutin républicains ».

Justin Clark a aussi indiqué que l’équipe du président cherchera à intervenir dans une cause devant la Cour suprême pour déterminer si les bulletins reçus par la poste dans les trois jours suivant l’élection peuvent bien être considérés comme valides en Pennsylvanie.

Aucune fraude ou irrégularité électorale n’a pourtant été signalée dans cet État clé, qui a enregistré un total de 3,1 millions de votes par correspondance. Ceux-ci pourront être comptés à condition d’avoir été transmis avant mercredi et qu’ils soient reçus d’ici vendredi.

En entrevue au réseau CNN, le procureur général de la Pennsylvanie, Josh Shapiro, a déclaré que les républicains ont présenté un document plus politique que judiciaire.

L’équipe de M. Trump s’est aussi tournée vers un tribunal de l’État du Michigan pour demander que le dépouillement soit suspendu jusqu’à ce qu’elle y obtienne un « accès significatif » et qu’elle soit autorisée à examiner les bulletins de vote qui ont déjà été ouverts et compilés.

En Géorgie, la campagne Trump et le Parti républicain de l’État ont intenté une action en justice pour que le conseil des élections du comté de Chatham sécurise et compte les bulletins de vote reçus après 19 h, mardi.

Le président du parti en Géorgie, David Shafer, a déclaré dans un communiqué mercredi soir qu’ils prévoyaient intenter des démarches judiciaires dans une douzaine de comtés.

La poursuite allègue qu’un observateur républicain a vu un employé électoral prendre des bulletins de vote par correspondance non traités dans une arrière-salle et les mélanger avec des bulletins de vote par correspondance traités, en attente d’être compilés.

En Géorgie, les bulletins doivent être reçus avant 19 h le jour du scrutin pour être comptés. Le comté de Chatham couvre la ville de Savannah et a tendance à pencher pour les démocrates.

Le candidat démocrate Joe Biden a remporté le Michigan. La campagne de M. Trump a entamé ces démarches alors qu’il menait en Pennsylvanie et en Géorgie, mais son avance se creusait.

L’équipe du président sortant a également annoncé son intention de demander un recomptage dans le Wisconsin, un État que l’Associated Press a accordé à Joe Biden mercredi après-midi. Le directeur de campagne de M. Trump, Bill Stepien, évoqué « des irrégularités dans plusieurs comtés du Wisconsin ».

Le dépouillement se poursuit

Pendant ce temps, les résultats électoraux continuaient d’évoluer dans plusieurs États qui pourraient faire basculer le sort du pays.

La campagne de Joe Biden, de son côté, a convenu du fait que le décompte des voix est toujours en cours. Un avocat de la campagne de l’ancien vice-président a indiqué que leur équipe est prête à toute éventuelle bataille juridique.

Le camp démocrate n’a pas immédiatement réagi à ces nouvelles démarches judiciaires, mais elle a commencé à solliciter des dons pour ce qu’elle désigne comme le « Fonds de lutte de Biden ».

Et aux yeux des démocrates du Michigan, les recours intentés mercredi semblent peu viables.

Le directeur général de l’organisme libéral Progress Michigan, Lonnie Scott, estime que M. Trump a saisi la justice dans un geste désespéré pour empêcher l’Associated Press et d’autres médias de prédire une victoire de M. Biden dans l’État chaudement disputé. La campagne n’a pas immédiatement rendu sa requête publique et les sites auxquels elle s’est vue refuser l’accès restent à être précisés.

Des observateurs des deux camps étaient présents en grand nombre, mercredi, dans l’un des principaux bureaux de vote en question, selon ce qu’a pu constater l’Associated Press au TCF Center, à Détroit.

Les républicains préparent déjà d’autres contestations judiciaires entourant les votes transmis par correspondance en Pennsylvanie et au Nevada, où des décisions locales pourraient avoir des répercussions d’envergure nationale dans cette joute aussi serrée.

Tôt mercredi, le président Donald Trump a déclaré qu’il portera le résultat de l’élection présidentielle à la Cour suprême, mais on ne sait pas exactement ce qu’il veut dire dans un pays où le décompte des votes se poursuit régulièrement au-delà du jour du scrutin, et où les États fixent en grande partie les règles à ce sujet.

« Nous allons nous adresser à la Cour suprême des États-Unis — nous voulons que tous les votes cessent », a déclaré M. Trump tôt mercredi.

Mais le vote est terminé, c’est le décompte des voix qui se poursuit à travers le pays. Aucun État ne comptera les votes oblitérés après le jour du scrutin.

La campagne du candidat démocrate Joe Biden a qualifié la déclaration de M. Trump de « scandaleuse, sans précédent et incorrecte ».

« Si le président met à exécution sa menace de saisir le tribunal pour essayer d’empêcher la compilation adéquate des votes, nous avons des équipes juridiques prêtes à se déployer pour contrer cet effort », a déclaré Jen O’Malley Dillon, responsable de la campagne de Joe Biden dans un communiqué. « Et elles prévaudront. »

L’expert en droit électoral Richard Hasen a écrit dimanche dans le magazine Slate qu’« il n’y a jamais eu de fondement pour affirmer qu’un bulletin de vote arrivant à l’heure ne pourra pas être compté si les responsables ne peuvent pas terminer leur décompte le soir des élections. »

Le professeur de droit électoral de l’Université d’État de l’Ohio, Edward Foley, a écrit sur Twitter mercredi : « Les votes valides seront comptés. (La Cour suprême) ne serait impliquée que s’il y avait des votes de validité douteuse qui feraient une différence, ce qui pourrait ne pas être le cas. L’état de droit déterminera le vainqueur officiel du vote populaire dans chaque État. Laissez l’état de droit fonctionner. »

Il n’existe aucun moyen de s’adresser directement à la Haute Cour pour une allégation de fraude. M. Trump et sa campagne pourraient alléguer des problèmes avec la façon dont les votes sont comptés dans les États individuels, mais ils devraient commencer leur combat juridique dans un État ou un tribunal fédéral inférieur.

Il y a un appel républicain en instance devant la Cour suprême afin de savoir si la Pennsylvanie peut compter les votes qui arrivent par la poste de mercredi à vendredi, une prolongation ordonnée par la plus haute cour de l’État à la suite de l’objection des républicains. Ce cas ne concerne pas les bulletins de vote déjà déposés et en la possession de responsables électoraux, même s’ils n’ont pas encore été dépouillés.

La Haute Cour a refusé avant les élections d’exclure ces bulletins de vote, mais les juges conservateurs ont indiqué qu’ils pourraient réexaminer la question après les élections. La Cour suprême a également refusé de bloquer une prolongation pour la réception et le dépouillage des bulletins de vote par anticipation en Caroline du Nord au-delà des trois jours fixés par la loi de l’État.

Même un petit nombre de votes contestés pourrait avoir de l’importance si l’un ou l’autre des États détermine le vainqueur de l’élection et que l’écart entre MM. Trump et Biden est si petit que quelques milliers de voix, voire quelques centaines, pourraient faire la différence.

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