La candidature de Michael Bloomberg soulève des doutes éthiques

NEW YORK — Michael Bloomberg étant officiellement entré dans la course à la présidence américaine, l’agence de presse qui porte son nom a annoncé dimanche qu’elle ne mènera aucune enquête sur lui ou sur ses rivaux démocrates.

De plus, les éditoriaux du Bloomberg Opinion seront dorénavant signés.

Le rédacteur en chef de Bloomberg, John Micklethwait, a rendu publiques les nouvelles directives dans une note adressée aux 2700 journalistes et analystes de l’agence de presse, peu de temps après l’annonce de la candidature de l’ancien maire de New York.

«Il ne sert à rien d’essayer de prétendre qu’il sera facile de couvrir cette campagne présidentielle pour une salle de presse qui a construit sa réputation d’indépendance en partie en n’écrivant rien sur elle-même», a écrit M. Micklethwait.

Bloomberg a lancé son agence de nouvelles en 1990 pour compléter l’information financière vendue aux clients. Elle s’est depuis élargie et propose des informations dans de nombreux formats, notamment un réseau de télévision et une chaîne de radio et le magazine Bloomberg Businessweek.

L’entrée de M. Bloomberg dans la course à la présidence soulève également de possibles problèmes de conflit d’intérêts liés à ses participations dans de nombreuses entreprises, qui vont bien au-delà de son service d’information. Les activités de l’empire Bloomberg, qui comprennent la vente de services de données financières, emploient plus de 19 000 personnes dans 69 pays.

Selon des experts, M. Bloomberg doit prendre des mesures décisives pour se retirer officiellement de ses activités financières s’il veut éviter de créer des conflits d’intérêts découlant de positions politiques tant sur le plan national qu’international.

«Nous voulons que la population sache que les membres du gouvernement, y compris le président, agissent par souci de l’intérêt public, et non par celui de leurs intérêts privés», soutient Kathleen Clark, une professeure de droit à l’Université de Washington, à Saint-Louis.

Tous les présidents depuis Jimmy Carter ont vendu leurs actifs susceptibles de créer des conflits d’intérêts, à l’exception de l’actuel locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, qui s’est attiré de vives critiques en demeurant financièrement lié à ses activités, ajoute Mme Clark.

Les principaux conseillers de M. Bloomberg n’ont pas répondu dimanche à la question de savoir si leur patron cherchera à ériger une sorte de muraille entre lui et ses nombreuses entités, dont sa fondation établie à Manhattan.

M. Micklethwait a déclaré que les journalistes de l’agence Bloomberg continueront de couvrir les sondages, les politiques et les résultats de la campagne de Michael Bloomberg, de la même façon qu’ils les font pour les autres candidats démocrates. L’agence continuera de poser sa loupe sur les activités de l’administration Trump, a-t-il ajouté.

Selon lui, la situation est différente puisque M. Trump occupe déjà la présidence.

Si d’autres organes de presse crédibles font des enquêtes sur Bloomberg ou d’autres candidats démocrates, l’agence de presse les résumera ou les publiera intégralement, a-t-il fait savoir.

«Nous ne les cacherons pas», a promis M. Micklethwait.

Pour Kathy Kiely, ancienne directrice de la section politique de l’agence de presse qui avait démissionné de son poste en 2016 lorsque Michael Bloomberg envisageait d’être candidat, les nouvelles règles «relèguent les rédacteurs politiques au rôle de sténographe».

«Ce n’est pas satisfaisant pour les journalistes, ce n’est pas satisfaisant pour les lecteurs, a-t-elle dit. Les gens iront chercher une couverture politique approfondie ailleurs.»

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