La CAQ profite de la pandémie pour cacher ses ministres, accuse l’opposition

À Québec comme à Ottawa, plusieurs ont déploré, jeudi, avoir perdu durant la pandémie leur accès direct aux élus, considéré comme un maillon de la vie démocratique. 

La Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault interdit à ses députés de parler aux journalistes de manière impromptue dans les couloirs du parlement. 

Selon le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, la CAQ profite de la pandémie pour cacher les ministres qui risquent de se retrouver dans l’eau chaude.

Le PQ, Québec solidaire (QS) et le Parti libéral du Québec (PLQ) ont tous abordé la question jeudi, après qu’un chroniqueur du Journal de Québec eut demandé de «déconfiner le journalisme parlementaire».

Le Journal a révélé l’existence d’une directive du cabinet du premier ministre interdisant aux députés de la CAQ de participer à des mêlées de presse impromptues, comme c’est la tradition.

Questionné sur les raisons derrière cette consigne, l’attaché de presse du premier ministre, Ewan Sauves, a plaidé qu’il s’agissait d’une question «de sécurité et d’exemplarité».

«La consigne actuelle s’applique depuis la reprise des travaux parlementaires en présentiel, au printemps dernier», a précisé M. Sauves dans un message envoyé à La Presse Canadienne.

Le gouvernement de la CAQ utilise des endroits désignés à l’Assemblée nationale pour envoyer — ou non —, à sa guise, des ministres répondre aux questions des journalistes. 

Par exemple, le dernier point de presse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, à l’Assemblée nationale remonte au 2 février.

«Je m’en désole», a déclaré jeudi le président de la Tribune de la presse du Parlement de Québec, Marco Bélair-Cirino.

«La Tribune de la presse défend le droit de ses membres de poser des questions aux membres de l’Assemblée nationale de leur choix, même en temps de pandémie.»

Le gouvernement Legault «profite d’une certaine manière de la pandémie pour être le moins transparent possible», a accusé M. St-Pierre Plamondon. 

«À qui profite le contrôle du message? a-t-il demandé. Qu’on laisse les journalistes faire leur travail!»

Il faut «absolument» que la démocratie se déconfine, a ajouté la cheffe du PLQ, Dominique Anglade, «et il faut que les gens répondent aux questions des journalistes». 

De son côté, la cheffe parlementaire de QS, Manon Massé, suggère que le cabinet du premier ministre ne fait pas confiance à ses ministres et à ses députés.

«Lorsqu’on est une équipe, et on se fait confiance, on n’a pas besoin de tout contrôler, a-t-elle affirmé. Est-ce que ça nous parle de la CAQ? Oui.»

Jeudi, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) y a également mis son grain de sel. Son président, Michaël Nguyen, a affirmé qu’à son avis, la pandémie avait le dos large.

«L’on s’en sert comme excuse», a-t-il déploré, en invitant la CAQ à changer sa directive. 

«Si toutes les règles de la Santé publique sont respectées, incluant le port des masques et la distanciation physique, la FPJQ ne voit aucune raison valable de limiter ainsi l’accès aux députés», a-t-il soutenu.  

Manque de transparence à Ottawa

À Ottawa, il n’y a pas de consigne interdisant aux ministres de parler aux journalistes. Les ministres ne sont tout simplement pas sur place.

Le leader parlementaire du Bloc québécois, Alain Therrien, s’en désole. Il dit avoir constaté que depuis le retour de la session parlementaire, en janvier, il n’y a habituellement qu’un seul député libéral présent à la Chambre des communes pendant la période des questions.

«Dans ce temps-là, quand on répond, on répond par Zoom. C’est plus facile (de ne pas répondre aux questions). (…) Tu finis de parler, tu te mets sur « mute » et c’est terminé», déplore M. Therrien. «On est dans l’obscurité. C’est quelque chose!» ajoute-t-il.

Même si des points de presse et rencontres de comité ont lieu sur une base régulière, les partis d’opposition estiment être tenus dans le noir sur de nombreux dossiers. Difficile d’obtenir des réponses quand les élus sont à distance, disent-ils.

«Il semble, en apparence, y avoir eu un accès au premier ministre avec ses points de presse quotidiens qui ont eu lieu pendant des semaines, voire des mois. Par contre, il y a absence de transparence dans plusieurs dossiers, par exemple les inconduites sexuelles dans l’armée ou le dossier de WE Charity», soutient le néo-démocrate Alexandre Boulerice.

Gérard Deltell, du Parti conservateur, rappelle que les libéraux ont prorogé le Parlement l’été dernier alors qu’ils étaient talonnés par l’opposition sur l’affaire WE Charity. «En matière d’anti-transparence, c’est impossible à battre!» peste-t-il.

M. Boulerice, pour sa part, n’hésite pas à comparer le contrôle de l’information des libéraux à celui de l’époque du gouvernement conservateur de Stephen Harper.

«Au moins, les conservateurs ne prétendaient pas être tellement transparents (…) alors que les libéraux jouent du violon et, à la fin de la journée, le résultat est pas mal le même», estime le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique.

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