La CDPJ veut étudier les disparités dans l’isolement et la contention des jeunes

MONTRÉAL – La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse s’inquiète des disparités et de l’évolution des mesures de contention et d’isolement imposées aux jeunes dans les centres jeunesse et amorce une étude pour documenter le phénomène.

La directrice de la protection et de la promotion des droits de la jeunesse à la Commission, Pascale Berardino, souligne que les variations sont inexplicables d’une région à l’autre et d’une année à l’autre.

«On a décidé de faire une étude plus à fond pour voir qu’est-ce qui explique ces chiffres, qu’est-ce qui explique ces disparités», a-t-elle expliqué en entrevue avec La Presse Canadienne, mardi.

Certains centres jeunesse voient ainsi les mesures d’isolement et de contention exploser, alors que d’autres voient au contraire une diminution énorme et que certains demeurent constants d’une année à l’autre.

«Les chiffres vont dans tous les sens et il n’y a pas de tendance particulière en région ou en ville, a-t-elle dit. En ce moment, on a plus de questions que de réponses.»

Mme Berardino n’écarte d’ailleurs aucune possibilité pour expliquer les différences entre les établissements, qu’il s’agisse d’un manque de ressources en santé mentale, d’un manque de personnel à la suite de compressions, d’une culture d’établissement, d’abus et ainsi de suite.

«Tout est possible. On est à chercher une explication», a-t-elle dit.

Prenant l’exemple d’un centre jeunesse dans l’Outaouais, où les données à ce sujet ont été rendues publiques, elle signale que le nombre de jeunes qui ont fait l’objet d’une mesure d’isolement est passé de 35 en 2014-2015 à 87 l’année suivante.

Quant au nombre total de mesures d’isolement imposées dans le même établissement, il est passé de 36 à 213 durant la même période, un chiffre qui s’explique par le fait que certains jeunes ont été placés en isolement plusieurs fois.

La progression est similaire en matière de contention.

Mme Berardino rappelle toutefois que la mission de la Commission est de s’assurer du respect des droits de l’enfant et que le droit à des services de santé et des services sociaux adéquats en fait partie. À ce titre, la Commission note que l’isolement et la contention ne doivent pas être utilisés à titre de mesure disciplinaire.

La Commission entend livrer un rapport avant la fin de 2016 à la ministre responsable, Lucie Charlebois.

«S’il le faut, on fera des recommandations à la ministre. S’il le faut, on fera des recommandations aux centres jeunesse sur la façon d’utiliser l’isolement et la contention», conclut Mme Berardino.