La Chambre des communes teste le vote à distance en vue du discours du Trône

OTTAWA — La Chambre des communes procède actuellement à des essais visant à permettre aux députés de voter à distance en vue du retour au parlement prévu mercredi pour le discours du Trône.

Le gouvernement minoritaire libéral doit profiter de ce moment important pour présenter une mise à jour de sa gestion de la pandémie ainsi que de son plan pour diriger le pays après la COVID-19.

Sauf que pour permettre au parlement de fonctionner, une négociation constante entre les partis politiques est nécessaire pour déterminer comment les travaux vont se dérouler au cours des prochains mois.

Au cours de l’été, c’est une formule hybride de députés présents à Ottawa et d’autres en ligne qui a pris le relais des débats aux communes. Seuls certains comités ont pu se rencontrer.

La majorité des rencontres en chambre a été l’affaire d’un comité spécial dédié à la lutte contre la COVID-19. Les discussions étaient strictement réservées aux enjeux portant sur l’urgence sanitaire.

Lorsque des votes étaient nécessaires, un nombre limité de députés étaient conviés afin que chacun puisse respecter les règles de distanciation.

Toutefois, ce qui se prépare à compter de mercredi est une reprise totale des opérations du parlement fédéral.

Cette volonté augmente grandement le niveau de difficulté pour rassembler les parlementaires. Les débats seront quotidiens, tous les comités vont reprendre leurs travaux, le gouvernement devra respecter des délais précis pour la production de documents, et surtout, il doit trouver un moyen de permettre aux élus de voter.

Et puisque le discours du Trône sera suivi d’un vote de confiance, la nouvelle du début des tests cette semaine a de quoi inquiéter, fait remarquer la députée néodémocrate Rachel Blaney, qui siège au comité chargé d’élaborer un plan pour permettre au parlement de fonctionner en mode pandémie.

«Quand vous devez vous dépêcher à la dernière minute, ça donne le ton», a-t-elle critiqué en jetant le blâme sur le gouvernement pour ne pas avoir entrepris plus tôt les discussions sur le sujet.

Étant donné le statut minoritaire du gouvernement, l’assurance d’un vote sans accrocs est cruciale, a renchéri Mme Blaney, surtout si le tout premier vote est celui portant sur le discours du Trône.

«On ne devrait pas être dans cette situation, déplore la députée du NPD. On aurait dû avoir des mises à l’essai, des discussions, des travaux depuis des semaines.»

Alors que l’opposition conservatrice réclamait un retour complet en personne des activités du parlement, leurs espoirs se sont évaporés la semaine dernière quand le chef Erin O’Toole a reçu un diagnostic positif à la COVID-19. Il se trouve en isolement et ne pourra pas assister au discours.

Erin O’Toole présidera tout de même le caucus de son parti, mardi, mais de manière virtuelle.

Le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, a lui aussi reçu un diagnostic positif à la COVID-19 et doit demeurer en isolement.

Quand et comment les deux chefs de l’opposition vont formuler leur réponse au discours du Trône fait toujours l’objet de négociations. Il n’est pas écrit que la réplique des oppositions doit être prononcée le jour même. De plus, les six jours alloués au débat sur le discours n’ont pas non plus à être obligatoirement consécutifs.

On pourrait donc patienter jusqu’à la fin de la période d’isolement des deux chefs afin de leur permettre de livrer leur réponse en personne à la Chambre des communes.

Discours en mode pandémie

En ce qui concerne le fameux discours du Trône, prévu mercredi, la COVID-19 viendra à nouveau bousculer les traditions.

S’il s’agit typiquement d’une cérémonie pleine de grandeur, elle se fera plus discrète, cette fois-ci, afin de respecter les protocoles de santé publique visant à freiner la propagation du virus.

La gouverneure générale Julie Payette recevra toujours un salut de 21 coups de canon à son arrivée au Sénat, où elle prononcera le discours au nom du gouvernement du premier ministre Justin Trudeau.

Elle aura également droit à de la musique jouée par un groupe de militaires, bien qu’il sera réduit de plus du tiers de sa taille habituelle, à seulement cinq membres.

Et elle inspectera une garde de cérémonie de 15 membres des Forces armées canadiennes — qui porteront tous des masques et se tiendront à deux mètres l’un de l’autre.

Une fois dans la chambre du Sénat, Mme Payette s’adressera à une foule beaucoup moins nombreuse que d’habitude.

L’huissier du bâton noir, Greg Peters — le haut fonctionnaire du protocole du Sénat, qui est également responsable de la sécurité de la chambre — a informé les sénateurs qu’aucun invité spécial ne serait admis.

Les galeries publiques seront vides, à l’exception de seulement quatre journalistes qui seront autorisés à entrer.

Habituellement, lors d’un discours du Trône, la chambre est remplie de parlementaires et de dignitaires, y compris les neuf juges de la Cour suprême vêtus de leur toge d’apparat. Cette fois, selon Ross Ryan, un porte-parole du sénateur George Furey, il n’est pas certain que l’un des juges sera dans la chambre, ou s’ils seront représentés uniquement par le juge en chef Richard Wagner.

La plupart des sénateurs eux-mêmes n’occuperont pas leur siège habituel au premier rang. Au moins 15 des 105 sénateurs doivent être présents au Sénat pour atteindre le quorum. Mais il est conseillé aux autres de regarder la cérémonie à la télévision ou sur leur ordinateur.

Il en va de même pour les députés.

D’ordinaire, l’huissier du bâton noir et d’autres officiers du Sénat se rendent à la Chambre des communes, frappent à la porte et convoquent des députés pour assister au discours de la représentante de la reine au Sénat. Les députés se dirigent ensuite vers le Sénat pour l’écouter.

Ce rituel avait déjà été bouleversé lors du discours du Trône de décembre dernier, en raison des rénovations massives de l’édifice du Centre sur la colline du Parlement. Les deux chambres parlementaires étant désormais logées dans des bâtiments séparés de plusieurs pâtés de maisons très fréquentés, des navettes avaient été utilisées pour transporter les députés vers et depuis le Sénat.

Cette fois-ci, le whip du gouvernement Mark Holland négocie avec les partis d’opposition pour limiter le nombre de députés qui effectueront le court trajet entre les chambres.

«Les chiffres seront réduits au strict minimum», a-t-il assuré.

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